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Blood Wedding [Robe de marié]

Электронная книга - «Blood Wedding [Robe de marié]». Краткое содержание книги:

Sophie Duguet - young, successful, and happily married - thought at first she was becoming absentminded when she started misplacing her mail and forgetting where she'd parked her car the night before. But then, as her husband and colleagues pointed out with increasing frustration, she began forgetting things she'd said and done, too. And when she was detained by the police for shoplifting, a crime she didn't remember committing, the confusion and blackouts that had begun to plague her took on a more sinister cast. Her marriage started to come apart at the seams.
Now Sophie is in much deeper water: The young boy she nannies is dead while in her care, a tragedy of which she has no memory. Afraid for her sanity and of what the police will do to her when the body is discovered, Sophie goes on the run, changing her identity and appearance to evade the law. Forced to lead a very different kind of life, one on the margins of society, Sophie wonders where everything went wrong.
Still, with a new name and a new life, she hopes that she'll be able to put her demons to rest for good. It soon becomes clear, however, that the real nightmare has only just begun.
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M. Auverney remonte tranquillement le boulevard jusqu’à la station de taxis et se fait conduire à la gare.

Sophie écrase la dernière cigarette de son paquet. Depuis le matin, le temps est couvert. Un ciel de coton. Et du vent. Le garçon, désœuvré à cette heure, flâne près de la porte, à côté de la table où Sophie a commandé un café.

— C’est du vent d’ouest, ça… Pleuvra pas.

Sophie lui répond par un sourire en demi-teinte. Ne pas discuter, mais ne pas se faire remarquer non plus. Après un ultime coup d’œil sur le ciel qui lui semble confirmer son diagnostic, le garçon retourne à son comptoir. Sophie observe sa montre. Depuis des mois qu’elle vit en cavale, elle est rompue à l’autodiscipline. Se lever à 14 h 25. Pas avant. Il y a exactement cinq minutes de parcours à pied. Elle feuillette, sans rien lire, les pages d’un magazine de filles. Prévisions pour les scorpions. Êtes-vous tendance ? La play-list de Brit. Comment le rendre fou de vous ? Perdre cinq kilos tout de suite, c’est possible !

Il est enfin 14 h 55. Sophie se lève après avoir déposé sa monnaie sur la table.

Vent d’ouest peut-être, mais sacrément froid. Elle relève le col de son blouson et traverse le boulevard. À cette heure-ci, la gare routière est quasi déserte. Sophie n’a qu’une angoisse : que son père n’ait pas fait preuve d’autant de discipline qu’elle. Qu’il soit encore là. Qu’il ait voulu la voir. Avec un soulagement mêlé, elle constate que ses instructions ont été suivies à la lettre. Aucun visage connu parmi les rares consommateurs de la buvette. Le temps de traverser la salle, de descendre une volée de marches, et elle retire avec soulagement l’enveloppe marron de derrière le réservoir de la chasse d’eau. Lorsqu’elle rejoint la rue, les premières gouttes de pluie s’écrasent sur le trottoir. Vent d’ouest.

Le chauffeur de taxi est patient.

— Moi, du moment que le compteur tourne…, a-t-il dit.

Il y a près d’un quart d’heure qu’il est garé là, son client regarde distraitement au dehors. Il a dit : « J’attends quelqu’un. » Il vient de passer le revers de la main sur la vitre embuée. C’est un homme qui prend de l’âge mais qui se tient droit. Une jeune femme qui attendait le passage au feu rouge traverse la chaussée d’un pas rapide en remontant le col de son blouson, parce que la pluie a commencé de tomber. Elle tourne rapidement la tête vers le taxi mais poursuit sa route et disparaît.

— Tant pis…, dit le client avec un soupir. On ne va pas attendre toute la journée. Ramenez-moi à l’hôtel.

Drôle de voix.

15

Marianne Leblanc. Un vrai tour de force que de parvenir à s’y faire. Sophie a toujours détesté ce prénom, sans savoir pourquoi. Une copine d’école qui lui a laissé de mauvais souvenirs, sans doute. Mais Sophie n’a pas choisi. On lui a donné ça : Marianne Leblanc, et une date de naissance éloignée de la sienne de plus de dix-huit mois. Aucune importance, d’ailleurs, Sophie n’a plus vraiment d’âge. On lui donnerait aussi bien trente ans que trente-huit. L’extrait d’acte de naissance est daté du 23 octobre. « Il n’est valable que trois mois. Ça va vous laisser le temps de vous retourner », a dit le fournisseur.

Elle le revoit cette nuit-là posant devant elle l’extrait d’acte de naissance puis comptant l’argent lentement. Il n’a même pas eu l’air satisfait des commerçants qui font une bonne affaire. Il est technique. C’est un homme froid. Sophie n’a sans doute pas dit un mot. Elle ne se souvient plus. Après, tout ce qu’elle voit, c’est son retour chez elle, les placards ouverts, la valise ouverte et elle qui fourre tout là-dedans sans ménagement, qui relève une mauvaise mèche, qui est prise de malaise et qui se retient à la porte de la cuisine. Elle prend à toute vitesse une douche froide, glacée même. Tout en se rhabillant, écrasée de fatigue, hébétée, elle fait rapidement le tour de l’appartement, vérifie si elle n’a rien oublié d’essentiel, mais de toute manière, elle ne voit plus rien. Elle est déjà dans l’escalier. C’est une nuit lente et claire.

16

Depuis quinze mois, Sophie a appris à flairer les studios illégaux, les sous-locations douteuses, les boulots au noir, en clair, toutes les combines foireuses qui lui permettent de s’immerger dans une nouvelle ville. Ici, elle a passé au crible les offres d’emploi, cherchant systématiquement les plus mauvais coups, ceux pour lesquels aucune référence ne sera exigée. Deux jours plus tard, elle rejoignait une équipe de nettoyage de bureaux composée de femmes africaines et arabes et menée de main ferme par une Alsacienne sadico-maternante. La paie est distribuée chaque quinzaine, en espèces. On estime, à Vit’Net’, que le quota de travailleuses déclarées est atteint lorsque la moitié d’une équipe peut disposer de feuilles de paie. Sophie fait partie du lot de celles qui n’en ont pas. Pour la forme, mais en priant le ciel de n’avoir pas gain de cause, elle a fait semblant de renâcler.

Vers 22 heures, Sophie descend sur le trottoir. Le véhicule de ramassage passe la prendre, conduisant tour à tour chaque équipe, par roulement, d’une société d’assurances à une autre d’informatique. La « journée » se termine sur le coup de 6 heures du matin. Le casse-croûte de milieu de nuit se prend dans le véhicule, sur le chemin entre deux sites.

Le 1er octobre avance à grand pas. Elle n’a plus que deux mois et demi pour mener à bien son projet et il est absolument vital qu’elle y parvienne. Dès le début du mois, elle a commencé à faire ses premières rencontres. Elle s’est inscrite dans une seule agence. On verra plus tard s’il faut démultiplier, mais déjà une agence, ce n’est pas donné. Elle a raflé mille quatre cents euros dans le bureau du gérant, juste de quoi alimenter ses premières recherches.

L’identité de Marianne Leblanc lui a été garantie pour « un délai raisonnable », autant dire pas longtemps. Elle ne s’est donc fixé qu’un mot d’ordre : elle prendra le premier. On a beau être aux abois, trembler en permanence des pieds à la tête, maigrir à vue d’œil et dormir trois heures par jour, dès sa première rencontre, Sophie a compris que « premier » était un mot vide de sens. Elle avait établi sa check-list : un homme sans enfant, une vie transparente et pour le reste, elle ferait avec. Pour l’agence, elle a fait mine de n’être pas très arrêtée sur son choix d’homme. Elle a dit des mots idiots : « un homme simple », « une vie tranquille ».

17

René Bahorel, quarante-quatre ans, homme simple et tranquille.

Le rendez-vous a été pris dans une brasserie. Elle l’a reconnu tout de suite, un agriculteur joufflu qui exhale une terrible odeur de transpiration. Il ressemble à sa voix au téléphone. C’est un jovial.

— Je suis de Lembach, dit-il d’un air entendu.

Elle mettra vingt minutes à comprendre que cette référence signifie qu’il est viticulteur dans un recoin de la campagne profonde. Sophie a allumé une cigarette. Il a posé son doigt sur le paquet.

— Je vous le dis tout de suite, avec moi, faudra arrêter…

Il sourit largement, visiblement fier de manifester son autorité d’une manière qui lui semble délicate. Il est bavard, comme tous les gens qui vivent seuls. Sophie n’a pas grand-chose à faire, elle écoute et le fixe calmement. Ses pensées sont ailleurs. Elle a vraiment besoin de fuir. Elle se projette dans les premières concessions physiques avec cet homme et elle a aussitôt besoin d’une nouvelle cigarette. Il parle de lui, de son exploitation, son annulaire n’a jamais porté d’alliance, ou alors c’est très vieux. C’est peut-être la chaleur de la brasserie, le bruit dense qui monte des tables où les consommateurs commencent à commander des plats chauds, un vague malaise la saisit, lentement, et monte en passant par le ventre.

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