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Le retour de Münchhausen

Электронная книга - «Le retour de Münchhausen». Краткое содержание книги:

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Les passants à présent, à peine entendaient-ils le martèlement du mystérieux équipage, se jetaient, éperdus, dans les ruelles transversales sans attendre ni la rencontre ni la sempiternelle question. Et le diable et son train tournaient vainement de carrefour en carrefour, sans rencontrer âme qui vive.

Adonné tout entier aux images de la vieille légende, je marchais par les rues qui avaient eu leur content de tintamarre, foulant ombres et taches de lumière, jusqu’à ce que le hasard me conduisît dans une impasse étroite et longue. Je fis demi-tour pour m’échapper de ce sac de pierre mais, à cet instant, là-bas, passé le coin, me parvint soudain un martèlement de roues, étouffé et cependant net, qui se rapprochait. J’accélérai le pas pour prendre de l’avance. Trop tard : une vieille voiture m’empêchait de quitter l’impasse. C’étaient bien eux : la rosse pantelante et, entre ses côtes fumantes, des rayons de lune étendant sur la chaussée un entrelacs d’ombres en forme de squelette ; le cocher tenant les rênes entre ses mains osseuses et la silhouette vague d’un homme chenu, scrutant, inquisiteur, la perspective des rues. Je me collai le dos au mur, cherchant de toutes mes forces à me dissimuler derrière une saillie de maison. On m’avait déjà remarqué : un haut-de-forme de voyage, un peu aplati, comme on n’en porte plus depuis longtemps, se souleva de la tête de l’homme aux cheveux blancs, et ses lèvres cadavériques bougèrent. Alors, devançant la question, je me lançai, d’une voix tonitruante, dans une logorrhée confuse et nasillarde :

— Écoutez-moi, vous, le fantôme ! Où vous avez les yeux ? Vous allez casser la légende. Vous cherchez l’église Pattes-de-Coq. Ici, yen a des milliers. Frappez à n’importe quelle porte, on vous laissera entrer. Vous savez pas que des crêtes rouges flottent au-dessus des toits ? Vous avez pas remarqué que des becs de fer brillent dans le ciel ? Chaque maison (à en croire leurs contes37), chaque idée (à en croire leurs livres) est perchée sur des pattes de coq. Essayez seulement d’y toucher, et tout cela, ébouriffant ses plumes, fondra sur nous et nous becquettera comme picotin, malgré toutes nos piques, nos lances et nos canons. Quant à votre cocher, moi je lui conseille d’entrer sur-le-champ au syndicat : que vous crachiez la monnaie, pour ces cent cinquante-deux ans ! Le beau diable que vous nous faites ! Exploiteur !

Sur ce, hors de moi, je passai d’un pas décidé et sans plus de cérémonie à travers le fantôme. Les événements de la journée m’avaient épuisé au-delà de toute expression. Le sommeil attendait mon retour depuis un bon moment. Au matin, je démêlai avec peine l’écheveau de réalité, de songe et de légende.

13

Ce que je viens de rapporter à l’honorable assemblée n’est que broutilles, juste quelques petits pennies recrachés par ma bouche comme par la fente d’une tirelire trop pleine. La Russie est là tout entière dans ce crâne, et il me faudra au moins une douzaine de volumes pour y loger l’expérience de mon Odyssée au Pays des Soviets.

Quoi qu’il en soit, sentant que la tirelire débordait, je décidai qu’il était temps de songer à rentrer. Bien peu réussissent, en URSS, à obtenir un passeport pour l’étranger. Le premier fonctionnaire auquel je m’adressai me répondit dans le style des inscriptions surmontant l’entrée de l’Enfer de Dante :

— Pas âme qui vive.

Je ne me laissai pas impressionner :

— Permettez, en quoi suis-je une âme vivante, si on m’a conditionnellement fusillé ?

Et produisant, séance tenante, les attestations nécessaires, j’empêchai que l’affaire en restât au point mort. Après quelques semaines de démarches, j’eus en poche un billet et un laissez-passer.

Vint le dernier jour. Mon train partait à six heures et quelques. Le soleil de juillet était au zénith. Je disposais de quelques heures et résolus de les passer à faire mes adieux à Moscou. Je gagnai d’un pas tranquille un des ponts enjambant le fleuve et, penché au-dessus du parapet, j’observai une ultime fois les vagues et l’écume emportées par un flot rapide comme le temps. Des berges vaseuses me parvenait le « kva, kva, kva » des grenouilles russes qui, une ultime fois, me remit en mémoire la légende de la construction de cette surprenante ville (légende dont vous pouvez lire le commencement chez le célèbre historien russe Zabeline). Cela remonte au temps lointain où, au lieu de maisons, il n’y avait là que mottes de terre informes, au lieu de places des marécages herbeux, et au lieu d’hommes des grenouilles. En ce temps-là, donc, apparut, venu d’on ne sait où, le tsarévitch Mos qui, on ne sait pourquoi, demanda la main de la princesse Kva. On érigea alors, au milieu des marais et des fondrières, un palais pour la noce que l’on célébra. Or, à peine Mos et Kva se retrouvèrent-ils seuls, que la jeune mariée entendit qu’on l’appelait par son nom. « Va donc voir – dit-elle à son époux (qui eût mieux fait d’aller vers elle que de répondre à sa demande) – qui m’appelle ainsi. » Mos en conçut quelque dépit ; il sortit néanmoins et découvrit sur une motte de terre un crapaud, des « kva-kva » plein la bouche. Mos chassa le crapaud, mais à peine revenait-il à sa femme que, d’une autre motte de terre, quelqu’un appelait de nouveau celle-ci par son nom. Et de nouveau, la princesse : « Va donc voir. » Furieux, Mos ordonna de construire le palais en un autre lieu. Là encore, à peine se retrouva-t-il en tête-à-tête avec sa jeune épouse que de partout, de la moindre motte de terre, on se mit à appeler la princesse par son nom, à seule fin de la séparer de son époux. La princesse Kva fondit en larmes et supplia de transporter le palais en un troisième endroit. À grand renfort de haches et de cognées, les maisons poussèrent les unes après les autres, et les unes semblables aux autres. Alors, en lieu de mottes de terre, on eut des toits, en lieu de lacs des places ; en lieu de marais et de fondrières et de grenouilles des « kva-kva » pleins la bouche, on eut une grande ville avec des gens parlant le pur dialecte plein de a de la plus pure langue russe38. Désormais, nul ne pouvait plus s’opposer à ce que Mos et Kva s’unissent enfin jusque dans leurs noms : « Moskva39 ».

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Главный герой
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