Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le retour de Münchhausen - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le retour de Münchhausen

Электронная книга - «Le retour de Münchhausen». Краткое содержание книги:

Downloaded from z-lib.org
1 ... 22 23 24 25 26 27 28 29 30 ... 38
Перейти на страницу:

— Où tout cela va-t-il ? s’enquiert le baron d’une voix rauque.

Rayonnant, se frottant les mains de bonheur, l’évêque répond :

— Rejoindre les reliques de Westminster. En vérité, il est des rois qui n’ont…

C’est alors que survient l’imprévu, l’inconvenant, le non intégré dans le cérémonial. Virant soudain au pourpre, Münchhausen ôte sa pantoufle droite et la balance au milieu de la foule en liesse. Décrivant une parabole, la pantoufle vient s’écraser entre les bannières et les brocarts étincelants, creusant au sein du cortège, tel un obus heurtant le sol, un large cratère de gens qui reculent.

— Peut-être vous faut-il aussi mon vase de nuit ! braille le baron, penché par-dessus l’appui de la fenêtre, à la foule soudain moins expansive.

Des milliers de visages effrayés se lèvent vers la fenêtre largement ouverte qu’ils ont tout juste le temps de voir se refermer avec fracas. Ne sachant plus où se mettre, l’évêque prend furtivement la porte. Les organisateurs se démènent pour tout faire rentrer dans l’ordre, mais comme la queue du cortège, qui n’a pas encore passé le tournant, vient donner dans la tête, la procession, par inertie, continue d’avancer ; toutefois, privé de direction, le chœur chante faux, les bannières s’agitent chaotiquement de côté et d’autre, et toute la cérémonie pâlit et se ternit.

Les journaux du soir rapportent l’événement avec force circonvolutions, évitant ou taisant purement et simplement le désolant imprévu. Mais ce n’est, pour le baron de Münchhausen, que le début d’une série de bizarreries qui vont faire passer l’âme des Londoniens par toute la gamme des sentiments : tonique / liesse, médiante / perplexité, octave / indignation.

La procession s’en va, laissant Bayswater road déserte. L’homme qui a chassé l’enthousiasme d’un bon millier de têtes, fait les cent pas chez lui, marmonnant avec colère quelque chose dans sa barbe ; puis il s’assied et se met à biffer paragraphes et pages de ses brouillons. Ce n’est qu’un peu calmé qu’il se livre à sa deuxième bizarrerie : deux heures après le dépôt des reliques à Westminster, l’abbaye reçoit un message livré par express ; c’est une lettre aux armes des Münchhausen qui, en termes laconiques et abrupts, exige le retour immédiat du pourpoint usurpé à son légitime propriétaire. « J’ose croire, conclut la missive, que le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et des Deux Indes ne cherchera pas à s’enrichir en retirant à un pauvre homme jusqu’à son linge de corps. »

Affreusement ennuyé, le père gardien s’en va demander conseil au vicaire, le vicaire rapporte l’affaire au père trésorier qui, à son tour… Bref, Londres n’a pas le temps d’allumer ses feux pour la nuit que, franchissant l’enceinte crénelée de l’abbaye, les odieuses paroles sinuent le long des fils téléphoniques et sifflent dans les membranes, menaçant de plonger jusque dans le câble transatlantique. L’atmosphère devient tendue. Peu avant la minuit, parvient un ordre d’en haut : « Conformément à la demande du sujet étranger Münchhausen, retirer à la relique n° (suit un chiffre) tous les droits et privilèges qui lui ont été concédés et retourner ladite relique à l’étranger susmentionné. »

Au matin, pas un reporter n’ose approcher le seuil du cottage de Bayswater road, excepté Jim Chilcher, employé d’une feuille de troisième ordre, pour lequel n’importe quel seuil est, de toute façon, inaccessible. Chilcher n’a pas les moyens de prendre l’autobus, c’est pourquoi il effectue chaque matin le trajet d’Oxford Street à Moscow road, plus tôt que les autres et à pied. Aujourd’hui, comme tous les jours, le voici qui longe la longue courbe de Bayswater road, laissant vaguer ses yeux sur les grilles de Kensington Park. Sa tête, que la fraîcheur matinale a fait rentrer dans ses épaules, est occupée à résoudre un problème mathématique : si l’on soustrait des pence quotidiennement économisés sur l’autobus ceux prévus pour amortir les chaussures qui n’en peuvent plus, par combien de jours faudra-t-il multiplier le résultat obtenu pour arriver à un total de douze shillings cinquante, somme nécessaire à l’acquisition d’une nouvelle paire de bottines ? Somme toute, un problème semblable à celui de Newton et des vaches : dans un pré, des vaches mangent inlassablement une herbe qui, cependant, continue de pousser… Chilcher est donc à ce point plongé dans son casse-tête qu’il ne s’aperçoit pas tout de suite que quelqu’un le tire doucement par la manche droite de son manteau, interrompant ainsi la succession de ses pas et des chiffres. Au demeurant, il ne s’agit pas de quelqu’un, car en regardant par-dessus son épaule, Jim Chilcher ne voit pas âme qui vive, et pourtant une poigne solide reste accrochée aux boutons de sa manche. Chilcher libère son bras d’un coup sec : une longue spirale verte se déroule à sa suite, refusant obstinément de desserrer ses souples tortillons qui évoquent un piège à ressorts. Le journaliste lève les yeux, découvre un mur tendu de boucles vertes et comprend qu’il est posté devant le cottage des pois fous. Au même instant, les portes du cottage s’ouvrent toutes grandes et un vieux laquais, risquant un regard au-dehors, s’enquiert aimablement :

— Vous êtes reporter ?

— Oui-i… Vos pois…

— Le baron vous demande, coupe le domestique en saluant et en ouvrant plus largement la porte.

Médusé par l’invite, Jim Chilcher ne remarque pas comment les pois fous finissent par le lâcher. Ses jambes flageolantes le portent par l’escalier dans le hall et, déjà, le domestique ouvre la porte menant au cabinet du baron qui se lève aimablement pour accueillir le reporter complètement désorienté. Un fauteuil obligeamment avancé dans son dos lui coupe les jambes au ras des genoux, le contraignant à s’asseoir, tandis qu’une question posée à brûle-pourpoint oblige ses doigts à bondir de poche en poche à la recherche d’un crayon et d’un papier.

— Vous avez oublié votre bloc ? demande le baron en souriant. Ne prenez pas la peine de le chercher, le petit carnet que voici le remplacera aisément. Inutile de me remercier. Le crayon ? Il a déjà rempli son office, posant les questions et y répondant. N’aimeriez-vous pas savoir… pardonnez-moi, votre nom?… enchanté… donc, monsieur Chilcher, n’aimeriez-vous pas savoir pourquoi Münchhausen a absolument tenu à récupérer son pourpoint ? Si, n’est-ce pas ? Vous avez entre les mains la preuve autographe que ce n’est pas à moi qu’il fait besoin. Mais vous êtes pressé, sans doute. Moi aussi.

Jim Chilcher se précipite au-dehors, empli d’un sentiment d’effarement joyeux, et ne remarque pas avec quelle fougue les longues moustaches vertes des pois, entourant le cottage de leurs fines volutes, se balancent au vent matinal.

L’édition spéciale de la feuille reptilienne pour laquelle travaille Chilcher coûte cinq pence à dix heures du matin ; vers midi, elle vaut déjà un shilling ; à deux heures de l’après-midi, impossible de s’en procurer un numéro, fut-ce pour une demi-livre. Le reptile propose des informations sur la fameuse relique, et cela suffit pour que des millions d’yeux se tournent vers l’interview sensationnelle qui retourne littéralement comme un gant la question du pourpoint. Il apparaît que le baron de Münchhausen cherchait, non point à piquer méchamment le lion britannique mais à donner une leçon de générosité à la piquante étoile à cinq branches : le cadavre conditionnel fait montre d’un sentiment de reconnaissance assez vif pour sacrifier son pourpoint bicentenaire en faveur de la Commission chargée de l’amélioration des conditions de vie des savants d’URSS ; « L’ARA41, conclut l’interview, ne refusera pas, je pense, d’envoyer là-bas mon textile*, afin qu’il soit remis au plus nécessiteux des jeunes savants russes. »

1 ... 22 23 24 25 26 27 28 29 30 ... 38
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)