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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Les adversaires de Potemkine à la Cour tentent de persuader Catherine que l’empire n’a besoin ni de la Crimée ni de la Nouvelle-Russie et que les dépenses qu’elles engendrent sont insensées. Au cours de l’été 1787, l’impératrice se rend dans le sud pour y contempler de ses yeux les fruits de l’action de son favori. À Kaniev, elle est accueillie par Stanislas-Auguste, puis l’empereur d’Autriche, Joseph II, se joint au cortège. Von Helbig, diplomate de Saxe, nous brosse le tableau du voyage de Catherine à travers une contrée fabriquée de toutes pièces par Potemkine, où l’on montre à l’impératrice des villages peints sur du carton. Le récit de von Helbig donnera naissance à la fameuse expression : « villages de Potemkine ». Certes, sa relation ne reflète pas vraiment la réalité, mais elle est si ingénieuse qu’elle s’impose plus que la vérité. De fait, on ne pouvait duper Catherine que si elle le voulait bien.

L’action de Potemkine dans le sud est importante pour l’impératrice, qui y voit un pas de plus dans la réalisation de son « projet grec ». En 1779, quand un second fils naît à Paul, on le baptise – par hasard, affirme Catherine – Constantin. En 1781, l’impératrice ordonne de graver une médaille où le petit Constantin est représenté sur les rives du Bosphore, avec les trois vertus chrétiennes, l’Espérance lui désignant de surcroît une étoile dans la partie orientale du firmament. Catherine passe une nuit à Bakhtchisaraï, l’ancienne capitale des khans tatars, et calcule qu’il ne faut pas plus de quarante-huit heures pour gagner Constantinople par la mer. Elle en informe aussitôt son petit-fils Constantin, dans une lettre.

L’annexion de la Crimée est une violation manifeste du traité passé avec l’Empire ottoman. Istanbul prend le voyage de Catherine dans le sud pour une provocation.

La Turquie déclare la guerre à la Russie. Aussitôt, le traité russo-autrichien d’aide mutuelle entre en vigueur. Joseph II, qui s’était empressé de rallier le cortège de Catherine, partie visiter les nouvelles provinces de l’empire, ne cachait pas ses craintes. L’empereur devait confier au comte de Ségur que l’Autriche ne soutiendrait pas la poursuite de l’expansion russe, en particulier l’occupation de Constantinople. Au demeurant, l’Autriche jugeait « le voisinage des turbans moins dangereux que celui des chapkas ».

L’alliance avec la Russie est cependant nécessaire à l’Autriche, avant tout pour affronter la Prusse qui s’intéresse de près à la Bavière. La menace pointe d’un rapprochement entre la Prusse et l’Angleterre. Cette dernière, alliée traditionnelle de la Russie – sauf pendant la guerre de Sept Ans –, met un point final à son conflit avec la France au Canada ; soucieuse de la situation du Hanovre et alarmée par l’irrépressible progression de Pétersbourg en direction de Constantinople, elle fait quelques tentatives d’approche du côté de la Prusse.

La deuxième guerre turque de Catherine commence dans un contexte international très différent de la première. L’été 1787 est une catastrophe agricole pour les gouvernements centraux de Russie ; c’est le début de la famine. Catherine prend des mesures pour assurer le transport du blé depuis le sud de la Russie et consolide ses plans pour la conduite de la guerre. Elle veut concentrer le gros de ses forces sur la prise de la forteresse d’Otchakov, qui contrôle l’embouchure du Dniepr, et sur une offensive dans les territoires compris entre le Boug et le Dniestr. Le plan prévoit de tenter, une nouvelle fois, de soulever les populations orthodoxes des possessions turques et de renvoyer les escadres russes dans la Méditerranée. Des émissaires vont appeler à la révolte en Moldavie, en Valachie, en Grèce et dans les Balkans. L’Angleterre, toutefois, refuse d’apporter son aide à la flotte russe ; or, sans elle, l’expédition dans l’Archipel devient d’une immense difficulté. Catherine, pourtant, ne veut pas renoncer. Mais, en mai 1788, la Suède entame une guerre contre la Russie.

Une fois de plus, Catherine est contrainte de se battre sur deux fronts. De plus, l’absence des troupes dirigées vers le sud, met en danger la capitale de l’Empire. Secrétaire de Catherine, Alexandre Khrapovitski tient un journal détaillé des événements, dans lequel il consigne, le 10 juillet 1788, cette remarque de l’impératrice : « À dire vrai, Pierre Ier a fait sa capitale bien près… »

En supprimant, en 1772, l’ancienne Constitution qui donnait tout le pouvoir aux magnats, pour en promulguer une nouvelle accordant au monarque le pouvoir absolu, le roi de Suède Gustave III s’était heurté à la résistance de la Russie, qui défendait les « libertés » des seigneurs contre le souverain. Dans un ultimatum à la Russie, il exige l’abolition des traités de Nystadt et de Koutchouk-Kaïnardji. La lenteur des Suédois, les victoires de la flotte russe dans la Baltique, l’opposition à Gustave III et une révolte antimonarchique contraignent cependant la Suède à conclure la paix avec la Russie, en août 1790. Les frontières restent inchangées, mais Catherine reconnaît la nouvelle Constitution de Gustave III.

En 1790, meurt Joseph II. Son plus jeune frère, Léopold II, lui succède. Il s’entend avec la Prusse et sort du conflit contre la Turquie. La première année de guerre antiturque n’apporte pas de grandes victoires à la Russie. Le commandant suprême, Grigori Potemkine, perd à plusieurs reprises tout espoir de succès et suggère à Catherine de quitter la Crimée, autrement dit de la rendre aux Turcs pour la reconquérir ensuite, avec plus de forces. L’impératrice refuse catégoriquement. Elle entreprend de convaincre, de réconforter, de rassurer son principal conseiller.

En 1788, Otchakov est enfin prise. Commandées par Alexandre Souvorov, les troupes russes franchissent le Prouth et mettent en pièces les armées turques à Fokchany et Rymnik (1790). La flotte de la mer Noire, placée sous le commandement de l’amiral Fiodor Ouchakov, défait une escadre turque entre Hadjibey et l’île de Tendra, éliminant la menace d’un débarquement ennemi à Kertch. Le 23 novembre 1790, l’armée de Souvorov assiège Izmaïl, la plus puissante forteresse turque sur le Danube, et l’une des plus importantes d’Europe. Le 7 décembre, Souvorov adresse au commandant de la forteresse un ultimatum rédigé dans un style à la César : « Vingt-quatre heures de réflexion pour la reddition, et c’est la liberté ; au premier de mes tirs, c’est la captivité et, dès l’assaut, la mort. » Le commandant choisit le combat et la forteresse est prise d’assaut. Vainqueur, le général russe laisse la ville trois jours entiers à ses soldats.

Le 9 janvier 1792, un traité de paix est signé à Iassy. La Turquie confirme les pertes enregistrées par le traité de Koutchouk-Kaïnardji ; elle renonce définitivement à la Crimée, accepte la présence russe dans le bassin de la mer Noire. Catherine, de son côté, renonce à son projet d’obtenir l’indépendance des principautés du Danube. La Russie agrandit ses possessions sur le littoral de la mer Noire et celui de la mer d’Azov (embouchure du Dniestr et du Boug), elle acquiert une vaste région comprise entre la mer d’Azov et le Kouban (les Cosaques zaporogues y sont déportés).

À l’emplacement de la petite forteresse turque de Hadjibey, commence, sur proposition du vice-amiral de Ribas, Espagnol au service de la Russie, l’édification d’un port. Par la suite, des colons grecs s’y installent et Catherine lui trouve un nouveau nom (en prenant conseil de l’Académie des sciences) qui, pour elle, sonne grec : Odessa. L’impératrice, on le voit, ne renonce pas à son « projet grec ». Un grand avenir attend la ville. Ce port que jamais les glaces n’emprisonnent, favorisera le développement du commerce russe et l’essor agricole de la Nouvelle-Russie.

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