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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Enfin, la Turquie reconnaît que les deux Kabarda, la Grande et la Petite, terres situées dans la plaine du Nord-Caucase et dans la principale chaîne du Caucase, peuplées de tribus montagnardes indépendantes, appartiennent à l’Empire de Russie. Ces montagnards musulmans bénéficiaient de la protection de la Turquie et des khans de Crimée. Le traité de Koutchouk-Kaïnardji accepte ainsi de très anciennes revendications territoriales de la Russie et cède à cette dernière toute la région comprise entre le Terek et la chaîne du Caucase. Une base est créée pour la progression en Transcaucasie. L’ampleur des victoires russes dans cette zone saute aux yeux, dès lors qu’on compare avec les conditions du traité de Belgrade (1739), qui stipulait que « les deux Kabarda demeuraient libres, qu’elles n’étaient soumises à aucun des deux empires et servaient de barrière entre eux ».

Catherine n’obtient pourtant pas tout ce qu’elle désirait. Elle manque de forces pour cela. Elle doit payer pour la neutralité des puissances européennes. Au bout du compte, les résultats sont malgré tout remarquables. La Russie devient l’un des plus forts États d’Europe. Elle élargit considérablement ses frontières à l’ouest, au sud et à l’est. La décennie suivante sera consacrée à consolider les acquis.

L’époque d’« assimilation du butin » est très étroitement liée au nom de Grigori Potemkine (1736-1791). Négligeant d’achever ses études à l’université de Moscou, Potemkine devient l’ordonnance du prince Georges de Holstein à Pétersbourg, et participe au coup de force qui porte Catherine sur le trône. Il sert ensuite pendant dix ans au Synode, au sein de la Commission chargée d’élaborer le projet d’Oulojénié (1767), combat les Turcs avec le grade de général-lieutenant, sans manifester, d’ailleurs, de talents militaires particuliers. La rupture de Catherine avec Orlov ouvre la voie à Potemkine. Le 20 mars 1774, Fonvizine annonce à Obrezkov, ambassadeur à Istanbul : « … Le général-lieutenant Potemkine est nommé général-aide de camp et colonel du régiment Preobrajenski. Sapienti sat27. »

Pour les « initiés » tout est clair. Une ère nouvelle commence dans le règne de Catherine : l’ère Potemkine. Elle se divise en deux périodes. La première – 1774-1776 – n’est qu’intimitié, engouement passionné de Catherine pour son chevalier borgne, qui se révèle un conseiller intelligent, sûr et dévoué. Et quand la romance s’achève, comme dans le cas d’Orlov, sans que l’impératrice y soit pour quelque chose, la faveur de Potemkine reste intacte. La seconde période dure treize ans, de 1776 à 1789. Durant toutes ces années, Grigori Potemkine, honoré du titre de prince sérénissime, demeure le plus proche ami de l’impératrice, son principal conseiller, le deuxième personnage de l’État. En 1789, toutefois, un nouveau favori de Catherine, le juvénile Platon Zoubov, éclipse Potemkine. Rentré à Pétersbourg en 1791, ce dernier comprend bientôt que le passé ne reviendra plus ; il retourne dans le sud où il ne tarde pas à mourir.

L’ère Potemkine peut être qualifiée de période de consolidation des acquis de Koutchouk-Kaïnardji, principalement dans le sud. Les steppes situées entre le Boug et le Dniepr, auxquelles la Turquie a renoncé, sont le territoire de la Sietch zaporogue. Tant que les Zaporogues ont été utiles pour lutter contre les khans de Crimée, Catherine les a tolérés. La guerre à peine terminée, l’impératrice décide de s’en débarrasser. À la demande de Nikita Panine, Gerhard Friedrich Miller, membre de l’Académie des sciences de Russie, rédige une note démontrant que les Zaporogues n’ont pas de statut politique particulier et n’en ont jamais eu. La Sietch zaporogue, elle, affirme le contraire, se fondant généralement sur les chartes qu’elle tient d’Étienne Bathory et de Bogdan Khmelnitski. Miller démontre que ces chartes sont des faux, que les Zaporogues sont une composante des Cosaques ukrainiens et qu’en conséquence, leurs prétentions à des droits politiques spéciaux sont nulles et non avenues.

Catherine, en l’occurrence, ne se soucie guère des précédents historiques. Elle estime simplement que la Sietch zaporogue empêche la consolidation du pouvoir central en Nouvelle-Russie, territoire gigantesque, situé entre la mer Noire et celle d’Azov, encore agrandi par les récentes conquêtes. Le manifeste signé le 5 août 1775 déclare : « Nous voulons par le présent manifeste annoncer aux fidèles sujets de notre Empire que la Sietch zaporogue est définitivement démantelée et qu’à l’avenir, le nom même de Cosaque zaporogue sera interdit, car l’outrecuidance de ces Cosaques, qui ont enfreint Nos ordres Suprêmes, a offensé Notre Majesté Impériale28. » L’interdit mis sur le nom est une trouvaille de Catherine. Après l’écrasement de la révolte de Pougatchev, le Iaïk devient le fleuve Oural, car les Cosaques du Iaïk ont été les premiers à répondre à l’appel du Faux-Pierre III.

Grigori Potemkine obtient des pleins pouvoirs élargis pour transformer les steppes désertiques en Nouvelle-Russie, mettre en œuvre les plans fantastiques d’agrandissement de l’empire en direction du sud. Il bâtit des villes, des ports, conclut des accords au nom de l’impératrice. On juge d’ordinaire l’action de Potemkine, tantôt sur ses projets, tantôt sur ses résultats. Le gouverneur-général d’Astrakhan et de Saratov prévoit ainsi de construire dans la steppe une ville baptisée Iekaterinoslav (dont il deviendra aussi gouverneur) où il a l’intention d’édifier des églises semblables à Saint-Pierre de Rome, de fonder une Académie de musique, une université dotée d’un observatoire, douze manufactures de laine, de soie et autres. Ces rêves resteront sur le papier, mais la ville, elle, est construite, de même que celles de Nikolaïev et de Kherson. En 1783, la Crimée devient russe. L’annexion de la presqu’île est, là encore, effectuée à l’initiative de Potemkine, soutenu par Alexandre Bezborodko (1746-1815), secrétaire particulier de Catherine à partir de 1775 et son principal conseiller pour les questions de politique étrangère, après la mort de Nikita Panine. Le 8 avril 1783, l’impératrice signe un acte proclamant la « soumission à la puissance russe de la presqu’île de Crimée, de Taman et de toute la rive du Kouban ». Potemkine entreprend aussitôt de bâtir Sébastopol et de créer la flotte militaire de la mer Noire.

Sous la haute surveillance de Potemkine, des pourparlers sont engagés avec Irakli II, tsar de Kartli et de Kakhétie, régions de Géorgie orientale. Le 5 août 1783, le traité de Saint-Georges est conclu, qui reconnaît « ad vitam aeternam » le protectorat et l’autorité suprême de la Russie dans cette zone. Un oukaze spécial de Catherine exprime sa satisfaction à Grigori Potemkine : « Après la nouvelle de la prise de la Crimée et de toutes les terres tatares sous notre puissance, effectuée par vous afin de nous complaire, vos rapports nous sont parvenus… sur la conclusion, sous votre direction, d’un traité avec le tsar de Kartli et de Kakhétie… Le plaisir que nous tirons de l’accomplissement de cette œuvre est égal à la gloire qui nous en échoit et au profit que nous en attendons sûrement ; c’est pourquoi nous sommes fondés à vous témoigner, en tant qu’initiateur et responsable de cette affaire, notre souveraine reconnaissance29. »

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