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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Muller… marmonna-t-il.

Ses yeux s’ouvrirent, mais il semblait ne rien voir. Puis le processus de réveil se poursuivit, accélérant les réactions du métabolisme jusqu’au rythme actif.

— Ned ? dit-il d’une voix rauque. Que faites-vous ici ? J’ai rêvé que…

— Ce n’était pas un vrai rêve, Charles. C’est moi-même qui l’ai programmé. Nous sommes entrés dans la zone A et nous avons trouvé Muller.

Boardman débrancha le système de revitalisation et se redressa aussitôt sur son lit, alerte et conscient :

— Quelle heure est-il ?

— Tout juste l’aube.

— Quand l’avez-vous découvert ?

— Il y a à peu près un quart d’heure. J’ai figé le robot et je suis tout de suite venu vous chercher. Mais je ne voulais pas précipiter votre réveil, alors je…

— Très bien, très bien.

Boardman se dressa et tituba légèrement sur ses pieds. Rawlins réalisa que le vieillard n’avait pas encore tout à fait récupéré sa vitalité et que son âge se révélait cruellement.

Il fit mine d’étudier le système de revitalisation pour ne pas avoir à regarder le corps adipeux et informe.

Quand j’aurai son âge, pensa le jeune homme, je me ferai faire des remodelages corporels régulièrement. En vérité, ce n’est pas une question de vanité, mais plutôt de la courtoisie envers les autres. Pourquoi avoir l’air vieux si on ne veut pas passer pour vieux. Pourquoi choquer ?

— Allons-y, dit Boardman. Remettez en marche le robot. Je veux le voir tout de suite.

Rawlins se servit du récepteur placé dans le hall. L’écran s’alluma et leur montra l’image de la zone A du labyrinthe, nettement plus agréable que les zones précédentes. Muller n’était plus là.

— Branchez le système d’audition, ordonna Boardman.

— Il l’est.

— Où est-il parti ?

— Il a dû se cacher, dit Rawlins.

Il fit décrire une rotation sur lui-même au robot. Le panoramique fit apparaître des bâtiments bas et cubiques, de hautes voûtes et des gradins. Un petit animal ressemblant à un chat décampa devant l’appareil, mais aucun signe de Muller.

— Il était là, insista Rawlins, tristement. Il…

— Je sais. Mais vous n’espériez pas qu’il allait gentiment vous attendre pendant que vous veniez me réveiller. Faites faire un tour au robot.

Rawlins mit le moteur en marche et l’engin commença une lente exploration de la galerie dans laquelle il se trouvait. Instinctivement, pendant les premières minutes, il prenait de grandes précautions, s’attendant à chaque instant à tomber victime de quelque piège, puis il réalisa que les constructeurs du labyrinthe n’avaient certainement pas dû rendre dangereux les quartiers destinés à l’habitation. Tout à coup, Muller sortit d’un édifice dépourvu de toute fenêtre et se planta devant le robot.

— Encore ? dit-il. On t’a remis en vie, n’est-ce pas ? Pourquoi ne parles-tu pas ? De quelle expédition fais-tu partie ? Qui t’envoie ?

— Répondons-nous ? demanda Rawlins.

— Non.

Boardman était presque collé contre le récepteur. Il repoussa Rawlins des leviers de commande et s’activa pour améliorer la mise au point de l’image. Parallèlement, il continuait à faire bouger le robot devant Muller, comme s’il voulait garder son attention et éviter qu’il ne reparte.

— C’est horrible, dit-il à voix basse. Cette expression sur son visage…

— Je trouve qu’il a l’air plutôt calme.

— Qu’en savez-vous ? Je me souviens de cet homme, Ned. Ce visage est celui de quelqu’un qui a connu l’enfer. Ses pommettes sont deux fois plus proéminentes qu’avant. Ses yeux sont terribles. Vous avez vu comme la bouche tombe… sur la gauche ?

Peut-être même a-t-il reçu un jet de lumière ou quelque chose d’aussi horrible.

Complètement ahuri, Rawlins fouillait ces traits pour trouver les signes de cette déchéance. Il ne les remarqua pas mieux que la première fois. Mais naturellement, il ne pouvait se souvenir de l’ancienne apparence de Muller. Et, sans aucun doute, Boardman devait être un bien meilleur expert que lui dans la lecture des caractères.

— Ce ne sera pas simple de le faire sortir de là, dit Boardman. Il voudra rester. Mais il nous le faut, Ned. Nous avons besoin de lui. Nous avons besoin de lui.

Toujours aussi apparemment calme, Muller s’adressa une nouvelle fois au robot, mais d’une voix rude et profonde :

— Je te donne trente secondes pour m’expliquer ta raison d’être ici. Après cela, tu auras intérêt à faire demi-tour et retourner d’où tu viens.

— Vous ne voulez pas lui parler ? demanda Rawlins. Il va détruire le robot !

— Laissez-le faire, dit Boardman. La première parole qu’il entendra doit lui être adressée par un homme en chair et en os qui devra se trouver en face de lui. C’est le seul moyen. Vous comprenez, Ned, nous devons lui faire la cour. Nous ne pouvons passer par des haut-parleurs.

— Dix secondes, laissa tomber Muller.

Il glissa la main dans sa poche et la ressortit, tenant un globe de métal noir brillant de la taille d’une pomme, portant une petite ouverture carrée sur une face. Rawlins n’avait encore jamais rien vu d’identique. Peut-être était-ce quelque arme étrange trouvée par Muller dans le labyrinthe, pensa-t-il, quand il vit Muller lever rapidement la boule noire et pointer la petite ouverture vers le robot.

L’écran s’obscurcit instantanément.

— J’ai l’impression que nous venons de perdre un autre robot, dit Rawlins.

— Oui, opina Boardman. C’est d’ailleurs le dernier. À partir de maintenant, nous allons commencer à perdre des hommes.

* * *

Le moment était arrivé de risquer des vies humaines dans le labyrinthe. C’était inévitable. Boardman le regrettait, comme il regrettait d’avoir à payer des impôts, ou le vieillissement, ou les voyages et le fait d’avoir à supporter les effets désagréables de la gravitation. Les impôts, l’âge, les voyages et la gravité étaient des aspects permanents de la condition humaine, bien que les progrès de la science moderne en eussent considérablement diminué les désagréments. Ainsi en allait-il des risques de mourir. Ils avaient correctement utilisé les moyens offerts par les robots et cela avait certainement épargné une douzaine de vies humaines ; mais ils en étaient arrivés à un point où il n’y avait pas d’autre solution. Boardman n’en était pas enchanté outre mesure, mais cela ne le dérangeait pas très profondément. Depuis des dizaines d’années, il avait demandé à des hommes de risquer leur vie et beaucoup d’entre eux étaient morts. Lui-même était prêt à mettre la sienne en jeu, au bon moment et pour la bonne cause.

À présent, le labyrinthe leur était parfaitement connu. L’ordinateur de bord tenait un plan détaillé de la voie d’accès sur lequel étaient marqués les pièges repérés. Boardman était sûr de pouvoir envoyer un robot dans le labyrinthe avec quatre-vingt-quinze pour cent de chances d’atteindre la zone A sain et sauf. Il restait à découvrir si un homme pouvait accomplir le même trajet avec une sécurité égale. Même relié à l’ordinateur chargé de lui dicter le moindre de ses pas, un homme, filtrant les informations à travers ses sens et son esprit, ne verrait peut-être pas les choses de la même manière qu’un robot manufacturé et compenserait et corrigerait son itinéraire de son propre chef, s’acheminant de lui-même vers sa mort. Il fallait donc que les renseignements qu’ils avaient collectionnés soient soigneusement vérifiés avant que Ned Rawlins ou lui-même pénètre.

Il y avait des volontaires pour cette mission.

Ils savaient qu’ils risquaient de mourir. Personne ne le leur avait caché et ils avaient librement accepté. On leur avait dit qu’il était important pour l’humanité que Richard Muller sorte du labyrinthe volontairement. Or, pour le convaincre, deux personnes étaient les mieux indiquées : Charles Boardman et Ned Rawlins ; eux seuls pouvaient lui parler, ils étaient donc irremplaçables. C’était le devoir des autres de leur frayer un chemin. Très bien. Les explorateurs étaient prêts, sachant que leur destruction ne risquait pas de compromettre le succès de l’opération. Ils étaient aussi conscients que la mort de quelques-uns d’entre eux pourrait être utile. Chaque mort serait une source de nouvelles informations et permettrait aux suivants d’arriver sains et saufs jusque-là. Chaque étape marquée d’un cadavre.

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