La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
De l’autre côté de l’allée centrale, Karim avait la même brochure sous les yeux. Andie attira son attention et lui lança un clin d’œil. Il sourit, puis tourna la tête vers la rangée en face de lui, où son patron, l’auguste sénateur Léon Craddick, avait trouvé le moyen de s’endormir. Son crâne imposant, couvert de cheveux blancs en broussaille, oscillait doucement vers l’avant au rythme de ses ronflements. Eleanor Jacobsen jeta un regard vers son collègue, se renfrogna et revint au dossier qu’elle était en train d’étudier. Quelle résistance et quelle force de concentration ! songea Andie pleine d’admiration. Vertus qui devaient assurément s’avérer payantes au Sénat.
Elle aperçut le sénateur Joseph Horner assis plusieurs rangées en arrière, marmonnant dans son giron, le crâne luisant entre ses mèches clairsemées. Probablement occupé à prier Dieu pour qu’il lui envoie davantage de convertis pleins aux as. Pour quelle raison faisait-il partie du voyage ? Il n’était même pas censé croire à l’évolution, encore moins aux mutants évolués. Non que cela l’empêchât de solliciter des mutants pour les convertir à l’Église. Andie était prête à parier qu’il avait graissé plus d’une patte pour obtenir un billet sur la navette. En dépit de ses convictions personnelles, Horner ne pouvait permettre que les recherches concernant le prochain stade de l’évolution humaine commencent sans la présence dans l’équipe du représentant de Dieu au Congrès. La tentation de le pousser dans un sas d’aération était grande, mais Andie écarta cette idée et résolut de rester aussi loin de lui que possible.
Elle ferma les yeux et s’imagina dans un bistro brésilien en train de commander un Cuba Libre. Quel dommage que Stephen Jeffers ne soit pas venu avec eux ! Elle aurait bien aimé s’asseoir avec lui à une table de café. Bon, Karim serait peut-être de bonne compagnie. Les données sur Rio qu’on lui avait implantées dans la mémoire lui montraient des plages à perte de vue, une flore luxuriante en plein épanouissement, une ville étincelant d’une multitude de tours blanches s’élançant à l’assaut du ciel, vivant sur un rythme à la sensualité trépidante, qui semblait ne jamais devoir prendre fin. La navette entama lentement sa descente. Andie repassa dans sa tête son portugais, tout en guettant les lumières blanches de la piste d’atterrissage située non loin de Rio.
Depuis le mur opposé, l’écran projetait sa lumière ambrée sur Sue Li Ryton. Celle-ci posa les sacs des courses sur les frais carreaux bleus du vestibule et pianota sur le clavier pour faire défiler les messages. Le premier apparut, dont elle aurait pu pratiquement deviner le contenu. En s’inscrivant sur l’écran, les mots confirmèrent ses soupçons.
« Maman, j’ai pris les clefs et le glisseur. Je reviens vers onze heures. Michael. »
Sue Li poussa un soupir et ôta son manteau rose. Elle n’ignorait pas que Michael sortait à nouveau avec Kelly McLeod. Devait-elle le dire à James ? Moins il en saurait, mieux cela vaudrait. Il était trop monté contre cette idée. Rien de bien méchant, à son avis à elle, encore que Michael semblât vouloir passer tout son temps libre avec cette fille. Sue Li ne pourrait pas le couvrir indéfiniment. Surtout avec la venue prochaine du rassemblement d’été du clan. Il était prévu qu’ils retournent aux Hauts de la Plage en juin.
Sur l’écran, défila le deuxième message : James était prié de contacter Andréa Greenberg, code 3 015 552 244. Andréa Greenberg ? Sue Li sentit la suspicion la ronger. James n’avait pas l’habitude de recevoir à la maison des messages de femmes. De qui pouvait-il bien s’agir ? Une relation de travail ?
Elle faisait confiance à son mari, plus ou moins. Depuis le temps qu’ils étaient mariés, ce n’était d’ailleurs quasiment plus une question de confiance. Leur union était de celles que le temps et la famille finissent par cimenter.
Jadis, elle avait espéré davantage. Du temps de Vinar. La façon dont elle frissonnait à son contact, dont elle ne vivait que pour les moments où ils se retrouvaient. Évidemment, elle était très jeune. On ne peut pas s’attendre à semblable passion une fois atteinte la maturité. Néanmoins, après la disparition de Vinar, Sue Li avait espéré qu’elle et James connaîtraient une véritable harmonie spirituelle et physique. Il est vrai que, grâce à la télépathie, ils pouvaient au moins communiquer mentalement, même si elle trouvait souvent l’expérience perturbante. Surtout maintenant, avec l’arrivée des crises psychiques de James. Quant au physique, disons qu’elle avait renoncé depuis longtemps à connaître le grand frisson avec son mari ; ce qui ne l’empêchait pas d’éprouver à son égard un sentiment de possession.
Sue Li suspendit son manteau dans le placard du vestibule, essuya du dos de la main la sueur qui lui perlait au front, et remonta les manches de son tailleur. L’indicateur de température de l’horloge murale indiquait 15 degrés. Chaud pour un mois d’avril. Elle pressa le bouton de l’interphone.
— Mélanie ?
Pas de réponse. Sa fille était sans doute quelque part en train de bouder. Depuis l’incident du bar il y a deux mois, elle se montrait encore plus apathique et renfermée que d’habitude. Sue Li réprima un pincement coupable. Que pouvait-elle dire à une fille dans sa situation ? Était-ce sa faute si Mélanie était née sans pouvoir et connaissait pour cette raison des moments tellement durs ? Sue Li avait fait tout ce qu’elle pouvait pour sa fille. Elle se débarrassa de ses chaussures et agita les orteils, fermant les yeux de soulagement.
— Jimmy ?
— Oui, m’man.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Rien.
Comme d’habitude, songea Sue Li. Il était probablement en train de faire léviter les meubles dans la chambre de ses parents, savourant par avance l’effet de surprise lorsque sa mère monterait.
— Bon, puisque tu ne fais rien, voudrais-tu porter les commissions dans la cuisine et les ranger, s’il te plaît ?
— O.K., m’man.
Les sacs s’élevèrent au-dessus du sol et flottèrent jusqu’à l’angle du vestibule. Quand Sue Li arriva dans la cuisine, les boîtes étaient en train de disparaître dans les meubles de rangement et les légumes dans le réfrigérateur. Jusque-là rien à dire. Elle se tourna pour poser un verre dans l’évier. Une boîte orange passa à hauteur de son visage, manqua son nez de peu et décrivit une courbe autour de sa tête, puis une autre, à la manière d’un satellite. Elle voulut s’en saisir, mais la boîte resta hors de portée, dansant dans l’espace. Avec un soupir, Sue Li ferma les yeux pour concentrer toute sa colère en l’équivalent mental d’une gifle, puis projeta l’image à mi-puissance vers son plus jeune fils. La boîte tomba par terre avec un bruit mat. L’interphone grésilla.
— Maman ! Ce n’est pas bien d’avoir fait ça !
— J’ai passé la journée avec des marchands d’art acariâtres et des conservateurs ultra-susceptibles. Je ne suis pas d’humeur à apprécier tes plaisanteries.
Elle ramassa l’objet. Une boîte de préservatifs. Ouverte.
— Jimmy, où as-tu trouvé ça ? fit-elle en essayant de garder son calme.
— Dans le tiroir de Michael.
— Eh bien, remets-le. Il faut respecter l’intimité physique des gens, pas seulement leurs droits mentaux.
— Tu vas le dire à papa ?
Avait-elle détecté un soupçon de jubilation dans le ton de son jeune fils ? Elle se devait de mettre bon ordre à cela et tout de suite. D’une voix dure, elle le réprimanda.
— Tu ferais mieux de t’occuper de tes propres affaires, jeune homme, ou je pourrais bien forcer sur la fessée. À moins que tu ne préfères réciter les dix-sept psaumes pour t’apprendre à rester sage et discret pendant quelques heures ? C’est encore de ton âge, dit la mère en laissant la menace planer plusieurs secondes. Je veux que tu remettes cette boîte là où tu l’as trouvée. Immédiatement !