La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Mademoiselle Greenberg, merci.
Il ponctua ces mots d’un sourire. Un sourire dont Andie eut le sentiment qu’il n’usait pas souvent.
— James ! Quel plaisir de vous revoir ! fit Jacobsen en lui serrant la main. Et voilà votre fils ?
Elle serra également la main à Michael. La fermeté de sa poigne était aussi impressionnante que son air autoritaire. Vêtue d’un sobre tailleur gris, elle régnait sur son bureau avec une aisance manifeste. Elle leur désigna les chaises de cuir rouge capitonnées qui se trouvaient devant sa table de travail. Michael remarqua qu’elle ne portait pas le badge de l’unité des mutants ; ce n’était sans doute pas son style. Elle lui faisait l’effet d’un conservateur modéré, bien plus modéré qu’il ne s’y attendait. Quant à son bureau, il dégageait une impression surannée, que venaient renforcer les lambris de bois patiné, la superbe tapisserie bleue du canapé et le tapis oriental lie-de-vin. Pour le sénateur Jacobsen, pas question de ce mobilier XXIe siècle débordant d’acrylique.
Un homme de belle allure, menton carré et yeux dorés, était déjà assis près du bureau. Un badge de l’unité brillait sur le revers de son complet bleu marine. Le père de Michael lui adressa un signe de tête.
— Vous connaissez Stephen Jeffers ? demanda Jacobsen.
— Nous nous sommes rencontrés au rassemblement de la côte Ouest il y a trois ans, répondit Ryton.
— Ravi de vous revoir, James. (Jeffers lui serra la main, puis se tourna vers Michael.) Ainsi tu as rejoint la compagnie, depuis. Une excellente idée. C’est l’une des meilleures sociétés sur le marché de la recherche spatiale, d’après ce que j’entends dire.
— James, si je ne m’abuse, c’est vous qui détenez le contrat du collecteur solaire, dit Jacobsen.
— Oui.
— Il était temps que le programme spatial américain redevienne compétitif.
— Eh bien, nous souhaiterions qu’il le reste. Mais ces damnés règlements nous paralysent.
Jeffers approuva d’un geste.
— L’héritage de l’accident du Groenland.
— Les réglementations sur la sécurité sont devenues pour nous un véritable nœud coulant. J’emploie déjà une douzaine de personnes rien que pour démêler ces nouvelles spécifications. Il est impossible de rester compétitifs dans ces conditions. Je ne peux même pas sous-traiter avec la Corée, comme le font la Russie et le Japon.
— James, les réglementations en matière de sécurité sont une réalité incontournable dans l’industrie spatiale, déclara Jacobsen.
— La sécurité, bien sûr. Et tout notre travail relève de l’art pur et simple dans ce contexte. Mais la plupart des dernières réglementations ne sont que des façades, des chimères que vos collègues peuvent offrir à la vindicte populaire chaque fois que ces crétins crient haro sur le programme spatial et la sécurité.
— Une minute, James…
— Sénateur, vous n’avez pas idée du casse-tête que représentent les règlements aujourd’hui. C’est ce qui motive notre présence ici. Avec le coût croissant des pièces et de la main-d’œuvre, et la concurrence étrangère, si de nouvelles restrictions en matière de sécurité venaient s’ajouter à la législation actuelle, il me serait impossible de maintenir l’entreprise à flot.
Jacobsen secoua la tête.
— Le problème est délicat, vous le savez. Je ne peux quand même pas arriver et annoncer que je m’oppose à la réglementation fédérale concernant la sécurité sur la base de Mars. On me rirait au nez au Sénat. À tort ou à raison, nous devons, c’est une exigence politique, nous plier aux critiques formulées à l’égard du programme spatial ; ou alors il n’y aura plus de programme spatial. Nous reviendrons à la situation des années 80. Et ce sera bien pire pour votre entreprise.
— Je serais ravi de porter témoignage quant à l’impact qu’ont pu avoir les mesures de sécurité existantes, déclara Ryton. Nous avons dû décupler nos tarifs simplement pour nous retrouver dans la même position qu’avant l’affaire du Groenland. Je suis convaincu que si vous faisiez un tour d’horizon de mes concurrents américains, vous vous apercevriez qu’il en est de même pour eux. Peut-être cela intéresserait-il les contribuables de savoir combien ça leur coûte de financer le confort psychologique que représente un dispositif aussi excessif.
— Bref, vous avez le sentiment que ces règlements sur la sécurité ne sont pas nécessaires ?
— Certains, en effet.
Michael se sentit envahi d’un immense respect pour ce père qui défendait si bien ses idées.
— Et vous, qu’en pensez-vous ? demanda Jacobsen au jeune homme.
— Je suis d’accord avec mon père. Il est évident que la réglementation n’est intervenue que pour faire taire les critiques après l’accident du Groenland. Mais franchement, ce n’est qu’un gaspillage de temps, et d’argent pour les contribuables. Qui plus est, on ne rend pas vraiment le système plus sûr qu’il ne l’est déjà. Il est très sûr. Nous avons apporté des documents qui montrent à quel point il est sûr, avant même d’y intégrer ces nouvelles mesures.
Michael sortit une cartouche mémoire de sa poche et la tendit à Jacobsen. Celle-ci poussa un soupir.
— Vous êtes tout aussi persuasif que votre père. Très bien, messieurs. Je ne promets pas de miracle. Mais je vais voir ce que je peux faire.
James Ryton se leva.
— Nous vous serions reconnaissants de nous tenir au courant du vote, sénateur.
— Andie, mon assistante, prendra contact avec vous.
Michael serra à nouveau la main du sénateur et quitta le bureau l’esprit détendu, presque euphorique. Au moment où il passait devant le bureau de la jolie assistante rousse de Jacobsen, celle-ci lui fit un petit signe pour lui souhaiter bonne chance, et il eut même la surprise de voir son père la remercier d’un hochement de tête.
Ainsi, c’était elle la fameuse Eleanor Jacobsen. Eh bien, elle se révélait assurément digne de sa réputation : vive, intelligente et avisée en matière de politique. Le bon mutant à la bonne place. Il mourait d’envie d’en parler à Kelly.
5
La navette de nuit filait sans bruit au-dessus des nuages. Au-delà de la limite de l’atmosphère. Avec la navette intercontinentale, on avait réduit la durée de vol, qui prenait auparavant toute la nuit, à une demi-heure. À peine le temps de défaire sa mallette-écran, songeait Andie. Elle regarda à travers le hublot la toile sombre de l’espace, constellée d’étoiles. Au-dessous, la sphère bleu marbré de la Terre dormait sous sa couverture de nuages. La lune ronde, argentée, tremblotait à l’horizon, comme une veilleuse à la présence rassérénante. La jeune femme s’imagina un instant ce que serait la vie sur ce satellite aride et privé d’air, pour un être condamné à habiter, enfermé sous un dôme, cette surface réfléchissante soumise à une lente et douloureuse terraformation, sachant que ses enfants hériteraient de l’œuvre qu’il aurait accomplie et qu’ils en profiteraient. Elle n’était jamais allée sur la station lunaire. Pas encore. Quant à la base de Mars, elle espérait bien la voir dès qu’elle serait terminée. Certes, elle ne pourrait jamais vivre ailleurs que sur Terre, mais une petite visite là-bas ne serait pas pour lui déplaire.
Andie feuilleta une brochure jointe au billet d’embarquement, qui l’invitait à investir dans Lunaparc, une station « actuellement en construction dans la magnifique région des monts jouxtant la Mer de la Tranquillité. Réservée aux seuls membres, bien entendu ». Elle se retint de ricaner. Que ce fût en photo ou à la télévision, le paysage lunaire lui avait toujours paru à la fois étrange et spectaculaire. Inquiétant. Mais en aucun cas magnifique.