Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]
- Автор: Гуин Урсула К. Ле
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0081-1
- Переводчик: Philippe R. Hupp
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:
Il trouva pourtant un ami, un charpentier qui fabriquait des bateaux et habitait sur la première île à l’est. Il s’appelait Pechvarry. Ils s’étaient rencontrés sur la jetée, où Ged s’était arrêté pour l’observer monter le mât d’une petite barque. Levant les yeux vers le sorcier en souriant, il lui avait dit : « Voilà presque la fin d’un bon mois de labeur. Je suppose que vous auriez pu faire ça en une minute, d’un seul mot, hein, monsieur ? »
— « J’aurais pu le faire », répondit Ged, « mais il aurait sans doute sombré la minute d’après, ou sinon j’aurais dû maintenir les sorts. Mais si vous voulez… » Il s’arrêta.
— « Oui, monsieur ? »
— « Oh, elle est bien jolie, votre petite barque, il ne lui manque rien ! Mais si vous voulez, je peux jeter sur elle un sort-liant pour qu’elle demeure bien étanche, ou un sort-trouvant pour que la mer la ramène toujours à son port. »
Il parlait avec hésitation, désireux de ne pas offenser l’artisan ; mais le visage de Pechvarry s’illumina. « Cette petite barque est pour mon fils, monsieur, et si vous acceptiez de lui jeter de tels charmes, ce serait de votre part une immense bonté, et un geste d’ami. » Ayant dit ces mots, il monta sur la jetée pour prendre la main de Ged et le remercier sur-le-champ.
Après cela, ils travaillèrent souvent ensemble, Ged ajoutant ses sortilèges à l’ouvrage de Pechvarry pour parfaire la construction ou la réparation des bateaux, et apprenant en retour comment bâtir, mais aussi comment gouverner une embarcation sans avoir recours à la magie, car à Roke ce genre de navigation simple était un peu considéré comme un talent sacré. Ged, Pechvarry et son jeune fils Ioet naviguèrent souvent à la voile comme à la rame dans les bras de mer ou les lagunes, à bord de différents bateaux. Ged finit par devenir un marin convenable, et son amitié avec Pechvarry se trouva scellée.
Un jour, vers la fin de l’automne, le fils du charpentier tomba malade. Sa mère envoya chercher la sorcière de l’Ile de Tesk, que l’on disait bonne guérisseuse, et tout sembla aller bien durant un jour ou deux. Mais au beau milieu d’une nuit de tempête, Pechvarry vint frapper à grands coups à la porte de Ged, le suppliant de venir sauver son fils. Ged le suivit en courant jusqu’à la maison du charpentier. En arrivant, Ged vit l’enfant sur sa couche, sa mère accroupie auprès de lui, silencieuse, et la sorcière en train de faire fumer des racines de courles et chantant le Chant Nage, le meilleur remède qu’elle possédât. Mais elle chuchota à Ged : « Seigneur Sorcier, je crois que cette fièvre est la fièvre rouge, et l’enfant en mourra cette nuit. »
Lorsque Ged s’agenouilla et posa ses mains sur le jeune malade, il comprit qu’elle avait raison et s’écarta un instant. Au cours des derniers mois de sa longue maladie, le Maître Herbier lui avait enseigné une bonne partie du savoir des guérisseurs, et la première et dernière leçon de ce savoir était celle-ci : Soigne la blessure et guéris la maladie, mais laisse partir l’esprit mourant.
Voyant son geste et sa signification, la mère se mit à hurler son désespoir, mais Pechvarry l’apaisa en disant : « Le Seigneur Épervier le sauvera, femme, inutile de pleurer. Il est auprès de lui, maintenant. Il peut le faire. »
Entendant les plaintes de la mère et voyant la confiance que lui vouait Pechvarry, Ged voulut ne pas les décevoir. Il répudia son propre jugement et se dit que l’enfant pourrait peut-être être sauvé s’il parvenait, lui, à faire tomber la fièvre. Il dit : « Je ferai de mon mieux, Pechvarry. »
Il commença à mouiller l’enfant d’eau de pluie froide fraîchement recueillie devant la maison, puis prononça l’une des formules destinées à calmer la fièvre ; mais le sort n’opéra pas, et brusquement Ged se dit que l’enfant était en train de mourir dans ses bras.
Requérant d’un seul coup la totalité de son pouvoir, sans la moindre pensée pour lui-même, il lança son esprit sur les traces de celui de l’enfant afin de le ramener chez lui. Il cria le nom de l’enfant : « Ioet ! » Pensant avoir perçu une très faible réponse à l’intérieur de sa tête, il poursuivit ses efforts et appela encore. Puis il vit, loin devant lui, le petit garçon dévalant à toute vitesse une pente noire, comme le versant d’une gigantesque colline. Il n’y avait pas un bruit, et les étoiles au-dessus du mont étaient des étoiles que ses yeux n’avaient jamais vues. Pourtant, il connaissait par cœur les constellations : la Gerbe, la Porte, Celle Qui Tourne, l’Arbre. C’étaient les étoiles qui ne se couchent pas, celles qui ne pâlissent jamais parce que le jour jamais ne les menace. Il avait suivi l’enfant mourant trop loin.
Sachant cela, il se retrouva seul sur le flanc de la colline ténébreuse. Il était difficile, très difficile, de revenir en arrière.
Il se retourna lentement. Lentement, il fit un pas pour remonter la pente, puis un autre, et progressa ainsi, lentement. Un immense effort de volonté accompagnait chaque pas. Et chaque pas était plus pénible que le précédent.
Les étoiles ne bougeaient pas. Pas un souffle de vent ne balayait le versant escarpé et desséché. Dans le vaste royaume des ténèbres, il était le seul être en mouvement, grimpant lentement. Lorsqu’il parvint au sommet de la colline, il vit un muret de pierres. Mais, derrière le muret, une ombre lui faisait face.
L’ombre n’avait pas la forme d’un homme ni celle d’une bête. Elle était informe, difficile à discerner ; mais elle murmurait, bien que ce murmure ne contînt pas de mots, et s’avançait vers lui. Elle se trouvait du côté des vivants, et lui se trouvait du côté des morts.
Ou bien il devait descendre la colline jusqu’aux terres désertes et aux villes obscures des morts, ou bien il devait franchir le muret pour rejoindre la vie, où l’attendait la chose informe et démoniaque.
Il leva bien haut le bâton d’esprit qu’il tenait à la main ; et, avec ce geste, la force lui vint. Mais comme il s’apprêtait à sauter par-dessus le muret juste en face de l’ombre, son bâton fut subitement embrasé d’une lumière blanche et éblouissante en ce lieu ténébreux. Il fit un bond, se sentit tomber et ne vit plus rien.
Et voici ce que virent Pechvarry, son épouse et la sorcière : le jeune sorcier s’était arrêté au milieu de son sort et avait un instant tenu l’enfant immobile. Puis il avait doucement déposé le petit Ioet sur sa couche et s’était relevé, silencieux, son bâton à la main. Puis, tout à coup, il avait levé bien haut son bâton, qui fut enveloppé d’un feu blanc, comme s’il eût dans sa main tenu un éclair ; et tous les objets qui se trouvaient à l’intérieur de la maison apparurent d’une façon étrange et inquiétante à la lumière de ce feu passager. Et lorsqu’ils cessèrent d’être éblouis, ils virent le jeune homme gisant sur le sol de terre battue, près du lit où gisait l’enfant mort.
Pechvarry pensait que le sorcier était mort, lui aussi. Sa femme fondit en larmes, mais il resta hébété, sans mouvement. Cependant la sorcière avait appris par ouï-dire certaines choses concernant la magerie et les diverses manières dont peut s’en aller un vrai sorcier ; elle veilla donc à ce que Ged, bien que froid et inerte, fût traité non comme un mort, mais comme un homme souffrant ou en transe. On l’emporta chez lui, et une vieille femme demeura à ses côtés pour voir s’il s’éveillerait ou s’il devait dormir à jamais.