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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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Toutefois, il lui fallait d’abord retourner à Torning Bas pour conter son aventure aux Iliens. Lorsque se répandit la nouvelle qu’il était de retour, cinq jours après son départ, ceux-ci, ainsi que la moitié de la commune, vinrent se rassembler autour de lui, à pied ou en bateau, pour le regarder et l’écouter. Après qu’il eut conté son histoire, un homme dit : « Mais qui donc a été témoin de ce miracle ? Des dragons tués, des dragons réduits à l’impuissance ? Mais qui nous dit qu’il n’a pas… »

— « Tais-toi ! » lui dit rudement le chef ilien ; car, comme la plupart de ses compagnons, il savait qu’un sorcier peut avoir de subtiles manières de dire la vérité, qu’il peut garder la vérité pour lui, mais que s’il dit une chose, cette chose est telle qu’il la dit. Car c’est en cela qu’il est maître. Alors ils manifestèrent leur étonnement, commencèrent à se sentir soulagés du poids de leurs craintes, et enfin ils se réjouirent. Ils se pressèrent autour de leur jeune sorcier et lui demandèrent de conter son histoire une fois encore. D’autres habitants des îles arrivèrent ensuite, qui firent la même demande. Mais à la tombée de la nuit, il n’eut plus besoin de conter son aventure, car les insulaires pouvaient le faire à sa place, et même mieux que lui. Les chantres des villages, reprenant un air ancien, fredonnaient déjà la Chanson de l’Épervier. Des feux de joie lançaient leurs escarbilles non seulement sur les îles de Torning Bas, mais également dans des communes vers le sud et vers l’est. Les pêcheurs se criaient la nouvelle de barque à barque, d’île en île : Le mal est écarté, les dragons ne viendront jamais à Pendor !

Cette nuit-là, cette seule nuit, fut pleine de joie pour Ged. Nulle ombre ne pouvait s’approcher de lui devant l’éclat de tous ces feux de reconnaissance qui brûlaient sur toutes les collines, sur toutes les plages. Nulle ombre ne pouvait franchir les rondes de danseurs qui tournaient autour de lui en riant, chantant ses louanges, faisant tournoyer dans la brise de cette nuit d’automne leurs torches pour semer des myriades de grosses lucioles vives et éphémères.

Le lendemain, il alla voir Pechvarry, qui lui dit : « Je ne savais pas que vous étiez si puissant, mon seigneur. » Il y avait de la crainte dans ces paroles parce qu’il avait eu l’audace de faire de Ged son ami, mais également du reproche. Ged avait terrassé des dragons, mais il n’avait pas été capable de sauver un petit enfant. Après cela, Ged retrouva tout le malaise et l’impatience qui l’avaient poussé à aller à Pendor, et le poussaient maintenant à quitter Torning Bas. Le lendemain, bien que les Iliens l’eussent volontiers gardé tout le restant de sa vie pour chanter ses louanges et parler de lui avec fierté, il quitta sa maison de la colline sans autre bagage que ses livres, son bâton, et l’otak pelotonné sur son épaule.

Il monta à bord d’une barque à rames en compagnie de quelques, jeunes pêcheurs de Torning Bas qui briguaient l’honneur de naviguer en sa compagnie. Partout où ils ramèrent, entre les embarcations qui encombraient les passes orientales des Quatre-Vingt-Dix Iles, sous les fenêtres et les balcons des maisons penchées au-dessus, de l’eau, devant les appontements de Nesh, les pâtures pluvieuses de Dromgan, les magasins d’huile malodorants de Geas, partout la nouvelle de son exploit l’avait précédé. On sifflait à son passage la Chanson de l’Épervier, on l’invitait à passer la nuit et à conter son histoire de dragons. Lorsque enfin il parvint à Serd, le patron de navire auquel il s’adressa pour embarquer à destination de Roke s’inclina devant lui en répondant : « Un privilège pour moi, Seigneur Sorcier, et un honneur pour mon bateau ! »

Ged tourna donc le dos aux Quatre-Vingt-Dix Iles ; mais à peine le navire fut-il sorti du Petit Port de Serd et la voile hissée qu’un fort vent d’est vint la fouetter. C’était étrange car le ciel, aux marches de l’hiver, était clair, et, ce matin-là, le temps était doux. Mais cinquante kilomètres seulement séparaient Serd de Roke, aussi maintinrent-ils le cap, même lorsque le vent se mit à souffler plus fort encore. Comme la plupart des navires marchands de la Mer du Centre, le petit bateau avait une haute voile aurique qui lui permettait de naviguer par vent debout, et son maître était un habile marin, fier de connaître son métier. Alors, en louvoyant, ils réussirent à poursuivre leur route vers l’est. Bientôt vinrent également des nuages et de la pluie, et des sautes de vent si furieuses que le danger devint considérable, car le navire risquait d’empanner. « Seigneur Épervier », dit le patron du bateau au jeune homme qui se tenait à ses côtés à la place d’honneur de la poupe, bien qu’ils pussent conserver bien peu de dignité sous la pluie battante qui les trempait, jusqu’aux os et les rendait pitoyables sous leurs vêtements ruisselants, « Seigneur Épervier, vous serait-il possible de dire un mot à ce vent ? »

— « À quelle distance de Roke sommes-nous ? »

— « Nous avons parcouru plus de la moitié du chemin, mais depuis une heure nous ne progressons plus, monsieur. »

Ged parla au vent, qui souffla moins fort. Pendant un certain temps ; ils progressèrent à une allure respectable. Mais soudain le vent se mit à souffler également du sud par rafales, repoussant la barque vers l’ouest. Dans le ciel, les nuages s’éventrèrent et bouillonnèrent. Le patron du bateau, furieux, rugit : « Ce vent est complètement fou, il souffle de tous les côtés à la fois ! Avec un temps pareil, seul le vent de mage pourra nous faire avancer, Seigneur. »

Devant cette requête, Ged se renfrogna, mais puisque marins et navire étaient en danger à cause de lui, il fit appel au vent de mage pour gonfler la voile. Aussitôt, la barque se mit à filer droit vers l’est, et son maître retrouva sa bonne humeur. Mais peu à peu, bien que Ged ne cessât de maintenir le sort, le vent de mage faiblit et tomba. Finalement, le bateau parut s’arrêter sur les flots et se mit à ballotter une minute durant au milieu du tumulte de la pluie et du vent, la voile flottante. Puis, dans un épouvantable fracas, le tangon fouetta l’air et la barque, après un instant d’hésitation, bondit en avant vers le nord, comme un chat effrayé.

Ged dut s’accrocher à une épontille, car le bateau était presque couché sur le flanc. « Retourner à Serd, maître ! », cria-t-il.

Le patron poussa un juron et hurla son refus : « Un sorcier à bond, moi qui suis le meilleur marin de la corporation, le bateau le plus maniable que j’aie jamais eu… et vous voulez que nous fassions demi-tour ? »

Mais la barque se mit à tourner sur elle-même comme si sa quille eût été prise dans un tourbillon, et lui aussi dut se cramponner à l’étambot pour ne pas basculer par-dessus bord. Ged lui dit : « Laissez-moi à Serd et allez où il vous plaira. Ce n’est pas contre votre bateau que souffle ce vent, mais contre moi. »

— « Contre vous, un sorcier de Roke ? »

— « Avez-vous déjà entendu parler du vent de Roke, maître ? »

— « Oui, celui qui tient les puissances maléfiques à l’écart de l’Ile des Sages ; mais qu’est-ce que cela a à voir avec vous, avec un Dompteur de Dragons ? »

— « C’est entre moi et mon ombre », répondit Ged laconiquement, à la manière des sorciers, et il n’en dit pas plus. Poussés par un vent constant tandis que le ciel s’éclaircissait, ils retournaient maintenant à Serd, fendant les flots à vive allure.

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