Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]
- Автор: Гуин Урсула К. Ле
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0081-1
- Переводчик: Philippe R. Hupp
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:
À la fin de l’hiver, il revint à la Grande Maison. Il fut alors fait sorcier, et cette fois l’Archimage Gensher accepta sa féauté. Ensuite, il put étudier les hauts arts et les enchantements, délaisser les arts d’illusion pour se tourner vers les œuvres de vraie magie et apprendre ce qu’il lui fallait savoir pour obtenir son bâton de magicien. Ses difficultés à prononcer les formules se dissipèrent au fil des mois et ses mains recouvrèrent leur adresse ; toutefois il n’apprenait plus aussi rapidement qu’avant, car la peur lui avait enseigné une longue et dure leçon. Mais nul présage ou rencontre néfaste ne se manifesta à la suite de ses travaux, même lors des Grands Sorts de Création et de Forme, qui sont des plus périlleux. Il en vint parfois à se demander s’il était possible que, d’une manière ou d’une autre, l’ombre qu’il avait libérée se fût affaiblie ou enfuie hors du monde, car elle avait cessé d’apparaître dans ses rêves. Mais, en son cœur, il savait que cet espoir n’était que folie.
Les Maîtres et les antiques livres de savoir apprirent à Ged le peu qu’il y avait à apprendre sur les êtres tels que l’ombre qu’il avait libérée. Jamais une créature de ce genre n’était décrite ou mentionnée directement. Tout au plus était-il fait allusion, çà et là, dans les vieux ouvrages, à certaines choses qui pouvaient être semblables à l’ombre-bête. Ce n’était pas le spectre d’un être humain, ni une créature des Anciennes Puissances de la Terre, et cependant quelques liens semblaient exister. Dans La Question des Dragons ; que Ged lut très attentivement, se trouvait l’histoire d’un Maître des Dragons tombé jadis sous l’emprise de l’une des Anciennes Puissances, une pierre parlante sise dans une bien lointaine contrée du Nord. « Après que la Pierre lui en eut donné l’ordre, disait le livre, il parla et appela un esprit mort du royaume des morts, mais la Pierre ayant détourné son sortilège, il vint également avec l’esprit mort une chose qu’il n’avait point appelée. Elle le dévora tout entier de l’intérieur et, cachée dans son corps, détruisit les hommes. » Mais le livre n’indiquait pas quelle était cette chose, et il ne racontait pas la fin de l’histoire. Les Maîtres, quant à eux, ignoraient d’où pouvait provenir une telle ombre : de la non-vie, avait dit l’Archimage ; de la mauvaise face du monde, disait le Maître Changeur, et le Maître Appeleur répondit : « Je ne sais pas. » L’Appeleur était souvent venu s’asseoir auprès de Ged durant sa maladie. Il était toujours aussi grave, toujours aussi sombre, mais Ged l’aimait bien car il connaissait maintenant sa compassion. « Je ne sais pas. De cette chose, je ne sais que ceci : seul un pouvoir immense a pu la faire venir, et peut-être même un seul pouvoir, une seule voix, la tienne, était capable de le faire. Ce que cela signifie en retour, je l’ignore. Un jour, la réponse te sera donnée. Elle te sera donnée, ou bien il te faudra mourir, et pire encore que mourir… » Il parlait doucement en contemplant Ged de ses yeux sinistres. « Étant enfant, tu pensais qu’un mage peut tout faire. Il m’est également arrivé de le croire, et il en va de même pour nous tous. Et la vérité est qu’à mesure que le véritable pouvoir d’un homme augmente et que s’étend son savoir, le chemin qu’il peut suivre se fait plus étroit : jusqu’au jour où enfin il ne choisit rien, mais fait seulement et pleinement ce qu’il doit faire… »
L’Archimage envoya Ged, après son dix-huitième anniversaire, travailler avec le Maître Modeleur. On ne parle guère en d’autres lieux de ce qui s’apprend au Bosquet Immanent. La rumeur prétend qu’aucun sort n’y est formulé, et pourtant l’endroit est en lui-même un enchantement. Parfois les arbres de ce Bosquet sont visibles, parfois ils ne le sont pas, et ils ne se trouvent pas toujours au même endroit et dans la même région de l’île de Roke. La rumeur prétend que les arbres du Bosquet eux-mêmes sont sages. Elle prétend aussi que le Maître Modeleur apprend sa suprême magie à l’intérieur du Bosquet et que, si les arbres devaient un jour mourir, sa sagesse mourrait de la même façon, et que ce jour-là les eaux monteront et engloutiront toutes les îles de Terremer où vivent hommes et dragons, toutes les terres que Segoy a tirées des profondeurs, en des temps immémoriaux.
Mais ce ne sont là que rumeurs. Les sorciers répugnent à en parler.
Les mois passèrent, et finalement, par une journée de printemps, Ged retourna à la Grande Maison sans avoir la moindre idée de ce qu’on allait lui demander maintenant. Un vieil homme l’attendait sur le pas de la porte qui donne sur le sentier menant à travers champs au Tertre de Roke. Ged ne le reconnut pas immédiatement, mais ensuite il se souvint : c’était lui qui l’avait fait entrer dans l’École le jour de son arrivée, cinq ans plus tôt.
Le vieil homme sourit, lui souhaita la bienvenue en prononçant son nom et lui demanda : « Sais-tu qui je suis ? »
Ged avait déjà remarqué auparavant qu’on parlait toujours des Neuf Maîtres de Roke ; or il n’en connaissait que huit : Maître Ventier, Manuel, Herbier, Chantre, Changeur, Appeleur, Nommeur, Modeleur. Il semblait que les gens parlaient de l’Archimage comme du neuvième. Et pourtant, lorsqu’on nouvel Archimage avait, été désigné, neuf Maîtres s’étaient concertés pour faire leur choix.
— « Je pense que vous êtes le Maître Gardien », répondit Ged.
— « Tu ne te trompes pas. Ged, tu as réussi à entrer à Roke en disant ton nom. Maintenant, tu peux obtenir ta liberté en disant le mien. » Ainsi parla le vieil homme. Il se tut et attendit en souriant. Ged demeura immobile, désemparé.
II connaissait mille façons, arts et moyens de découvrir des noms de choses et de personnes ; cette discipline faisait partie de tout ce qu’il avait appris à Roke, car sans elle on ferait bien peu de magie utile. Mais trouver le nom d’un Mage et Maître était une autre question. Le nom d’un mage, en effet, est mieux caché qu’un hareng dans la mer, mieux gardé que l’antre d’un dragon. Si l’on emploie un charme inquisiteur, on se heurte à un charme plus puissant. Les procédés subtils restent sans résultats. Les interrogations sournoises sont sournoisement détournées. Toute force se retourne contre elle-même au prix de grands dommages.
— « La porte que vous gardez est bien étroite, Maître », dit enfin Ged. « Je crois que je vais devoir m’asseoir par ici dans les prés, et jeûner jusqu’à ce que je devienne suffisamment maigre pour m’y glisser. »
— « Reste aussi longtemps que tu le désires », répondit le Gardien en souriant.
Alors Ged alla s’asseoir un peu plus loin au bord de la Suifburne, sous un aulne ; il laissa l’otak jouer dans le courant et chasser l’écrevisse le long des rives boueuses. Descendant vers l’horizon, le soleil brillait encore, malgré l’heure tardive, car le printemps allait déjà vers l’été. Aux fenêtres de la Grande Maison, il vit bientôt briller la lumière des lanternes et des lueurs-de-feu, tandis que, plus bas, les rues de Suif étaient plongées dans les ténèbres. Des chouettes hululaient au-dessus des toits, et aux alentours de la rivière des chauves-souris voletaient dans le crépuscule. Assis sans bouger, Ged cherchait comment apprendre le nom du Gardien, par force, par ruse ou par sorcellerie. Mais plus il réfléchissait, moins il voyait, parmi tous les arts de sorcellerie qu’il avait appris en cinq ans à Roke, lequel pouvait lui servir à arracher un tel secret à un tel mage.
Il se coucha dans l’herbe et dormit à la belle étoile, l’otak niché dans sa poche. Après le lever du soleil, n’ayant toujours rien mangé, il alla frapper à la porte de la Maison. Le Gardien ouvrit.
« Maître », lui dit Ged, « je ne puis vous prendre votre nom de force, n’étant pas assez robuste, et je ne puis l’obtenir par la ruse, n’étant pas assez intelligent. Je me contenterai donc de demeurer ici, d’apprendre ou de servir, selon votre désir, à moins que vous n’acceptiez de répondre à une question. »