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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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— « Pose ta question. »

— « Quel est votre nom ? »

Le Gardien sourit, et lui dit son nom ; et Ged, le répétant, pénétra dans la fameuse Maison pour la dernière fois.

Lorsqu’il la quitta, il portait une lourde cape bleu nuit, présent de la commune de Torning Bas vers laquelle il se dirigeait, car un sorcier y était désiré. Il tenait également un bâton haut comme lui, taillé dans une branche d’if et chaussé de bronze. Le Gardien lui dit adieu en lui ouvrant la porte de derrière de la Grande Maison, la porte de corne et d’ivoire, et il descendit les rues de Suif jusqu’au navire qui l’attendait sur les eaux claires du matin.

V. LE DRAGON DE PENDOR

À l’ouest de Roke, entre les vastes contrées d’Hork et d’Ensmer, se trouvent groupées les Quatre-Vingt-Dix Iles. La plus proche de Roke est Serd, la plus éloignée Seppish. Sont-elles au nombre de quatre-vingt-dix ? C’est une question à laquelle il n’est pas possible de répondre de manière définitive, car si l’on ne compte que les îles pourvues de sources d’eau fraîche, on peut en dénombrer soixante-dix, tandis qu’en comptant chaque rocher on peut parvenir à cent avant même d’en avoir achevé le compte… et il ne faut pas oublier la marée. Les passes entre les îlots sont resserrées et les douces marées de la Mer du Centre, désorientées, y montent haut et y descendent bas, de sorte que trois îles peuvent se trouver à marée basse là où, à marée haute, on n’en voit qu’une seule. Néanmoins, malgré le danger de ces marées, tous les enfants barbotent dès qu’ils sont en âge de marcher, et ils disposent chacun d’un petit bateau à rames. Les femmes traversent la passe en barque pour aller prendre un thé de roussevive chez la voisine : les marchands ambulants vantent leurs produits au rythme de leurs rames. Toutes les routes sont faites d’eau salée, uniquement entravées par les filets jetés d’une maison à l’autre à travers les goulets pour prendre les petits poissons qu’on appelle turbilles.

C’est leur huile qui fait la richesse des Quatre-Vingt-Dix Iles. Il y a peu de ponts, et aucune ville d’importance. Chaque îlot regorge de fermes et d’habitations de pêcheurs et appartient à une commune qui en regroupe une dizaine ou une vingtaine. L’une d’elles, la plus à l’ouest, était Torning Bas, tournée non pas vers la Mer du Centre mais vers l’océan désert, vers cette lugubre partie de l’Archipel où ne se voit que Pendor, l’île dévastée par les dragons, et, plus loin, les eaux désolées du Lointain Ouest.

Une maison était déjà apprêtée pour le nouveau sorcier de la commune. Bâtie sur une hauteur au milieu de verdoyants champs d’orge, elle était protégée du vent d’ouest par un bosquet d’arbres empourprés de fleurs. De la porte, on voyait les autres toits de chaume, les haies et les jardins, d’autres îlots, comportant également leurs toits, leurs collines et leurs champs, et au milieu d’eux tous les bras de mer aux méandres scintillants. C’était une pauvre demeure sans fenêtres, au sol de terre battue, et pourtant plus riche que celle dans laquelle Ged avait vu le jour. Les Iliens de Torning Bas, manifestant une crainte respectueuse à l’égard du sorcier de Roke, lui demandèrent de leur pardonner l’humilité de cette maison. « Nous n’avons pas de pierres pour bâtir nos maisons », lui dit l’un d’eux. « Aucun de nous n’est réellement riche, mais chacun de nous mange à sa faim », dit un autre, et un troisième ajouta : « Au moins, vous y serez au sec, car j’ai moi-même recouvert le toit de chaume, monsieur. » Et pour Ged, elle valait n’importe quel palais. Il remercia sincèrement les représentants de la commune, au nombre de dix-huit, de sorte que chacun d’entre eux repartit dans sa petite barque annoncer aux pêcheurs et aux femmes de son île que le nouveau sorcier était un jeune gars curieux à la mine sévère, qui parlait peu mais bien, et sans orgueil.

Peut-être Ged n’avait-il guère de raisons d’être fier de ce premier magistère. Très souvent, les sorciers éduqués à Roke partaient en effet pour des villes ou châteaux, où ils servaient de grands seigneurs qui les tenaient en haute estime. En temps ordinaire, ces pêcheurs de Torning Bas n’auraient eu pour eux tous qu’une sorcière ou un sorcier de village pour enduire de charmes les filets, chanter au-dessus des barques neuves, et guérir bêtes et hommes de leurs petits maux. Mais le vieux Dragon de Pendor avait eu des petits, sur le tard : neuf dragons, disait-on, hantaient les tours en ruine des Seigneurs de la Mer du Pendor et traînaient leurs panses couvertes d’écailles sur les escaliers de marbre et par les portes en ruine. Cette île morte ne pouvant leur offrir de nourriture, une prochaine année les verrait s’envoler lorsqu’ils seraient plus forts et affamés. Un vol de quatre bêtes avait déjà été aperçu au-dessus des côtes du sud-ouest d’Hosk, ne crachant pas le feu mais épiant les parcs à moutons, les granges et les villages. La faim du dragon est lente à venir, mais difficile à assouvir. Aussi les Iliens de Torning Bas étaient-ils venus à Roke implorer qu’on leur donne un sorcier pour les protéger de la menace qui pointait à l’horizon ; et l’Archimage avait jugé leurs craintes fondées.

Le jour où il l’avait fait sorcier, l’Archimage avait dit à Ged : « Il n’y a là-bas aucun confort, aucune gloire, aucune richesse, aucun risque non plus peut-être. Veux-tu y aller ? »

— « J’irai », avait répondu Ged, qui ne faisait pas simplement qu’obéir. Depuis la nuit du Tertre de Roke, il avait pour la gloire et la vanité autant de dédain qu’il avait eu de désir. Maintenant, il ne cessait de douter de sa force et il redoutait son pouvoir. Mais il faut dire que l’histoire des dragons avait aussi grandement attisé sa curiosité. À Gont, les dragons n’existent plus depuis des centaines et des centaines d’années, et jamais un dragon ne se fût aventuré à portée de nez, de vue ou de sort de Roke, ce qui fait que, là également, ils n’apparaissent que dans les contes et les chansons. Ged avait appris à Roke tout ce qu’il pouvait savoir sur les dragons ; mais rencontrer un dragon dans un texte et dans la réalité devaient être choses bien différentes. La chance qui se présentait devant lui était belle, et avec empressement il répondit : « J’irai. »

L’Archimage avait hoché la tête, mais son regard était sombre. « Dis-moi », dit-il enfin, « as-tu peur de quitter Roke ? Ou bien as-tu hâte d’être parti ? »

— « Les deux, mon seigneur. » Gensher hocha de nouveau la tête. « Je ne sais pas si je fais bien de t’envoyer hors de la sécurité que tu connais ici », dit-il d’une voix très basse. « Je ne vois pas le chemin qu’il te faut parcourir, il n’est que ténèbres. Et il y a dans le Nord une puissance, quelque chose qui est capable de te détruire, mais je ne puis dire ce que c’est ni où cela se trouve, sur ta route passée ou à venir, car tout est dans l’ombre. Quand les hommes de Torning Bas sont venus ici, j’ai aussitôt songé à toi, car l’endroit me paraissait sûr et à l’écart ; tu aurais le temps d’y recouvrer tes forces. Mais j’ignore s’il existe aucun endroit qui soit sûr pour toi ; j’ignore par où doit passer ton chemin. Et je ne veux pas t’envoyer dans les ténèbres… »

Au début, Ged trouva plaisante la maison sous les arbres en fleurs. Il y demeura, scrutant longuement le ciel à l’ouest et guettant de son oreille de sorcier le son des ailes couvertes d’écailles. Mais il ne vint aucun dragon. Ged péchait depuis sa jetée et s’occupait de son petit bout de jardin. Il passait des journées entières à méditer sur une page, une ligne ou un mot des Livres de Savoir qu’il avait apportés de Roke, assis en été sous les arbres tandis que l’otak dormait à côté de lui ou chassait la souris dans les forêts d’herbes et de marguerites. Il prêtait également son concours aux habitants de Torning Bas, en qualité de guéritout et de changeur de temps. Jamais il ne lui vint à l’esprit qu’un sorcier pourrait avoir honte de se livrer à des tâches aussi simples, car étant enfant il avait servi une sorcière chez un peuple plus pauvre encore que celui-ci. Toutefois, les villageois lui demandaient peu de choses, en partie parce que c’était un sorcier de l’île des Sages, en partie à cause de son silence et de son visage blessé. Voilà qui était bien curieux pour quelqu’un d’aussi jeune ; et cela mettait les gens mal à l’aise.

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