Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]
- Автор: Гуин Урсула К. Ле
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0081-1
- Переводчик: Philippe R. Hupp
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:
Le corbeau d’Osskil, qui pendant trente ans lui avait tenu compagnie, s’envola cette nuit-là. Nul ne sut dans quelle direction. « Il vole précéder son maître », dit le Maître Modeleur tandis qu’il veillait avec ses compagnons.
Vint le jour, dans sa chaleur et sa clarté. Le silence régnait dans la Grande Maison comme dans les rues de Suif, et nulle voix ne s’éleva jusqu’aux environs de midi ; à ce moment, les cloches de fer firent retentir dans la Tour du Chantre leurs clameurs brutales.
Le lendemain, les Neuf Maîtres de Roke se rassemblèrent en un lieu, quelque part sous les arbres sombres du Bosquet Immanent. Et même en cet endroit ils élevèrent autour d’eux neuf murailles de silence de sorte que nulle personne ou puissance ne pût leur parler ou les épier tandis qu’ils choisiraient, parmi les mages de Terremer tout entière, celui qui serait le nouvel Archimage. Leur choix se porta sur Gensher de Wey. Aussitôt ils envoyèrent un navire franchir la Mer du Centre jusqu’à l’Ile de Wey pour ramener l’Archimage à Roke. Le Maître Ventier se plaça à la poupe, éleva le vent de mage pour gonfler la voile, et rapidement le bateau prit le large, avant de disparaître complètement.
De ces événements, Ged ne sut rien. Pendant quatre semaines de cet été torride il resta alité, aveugle, sourd, muet, gémissant cependant parfois et poussant des cris, tel un animal. Mais lorsqu’enfin les soins patients du Maître Herbier firent leur effet, ses plaies commencèrent à se refermer et la fièvre le quitta. Petit à petit, il parut entendre de nouveau ; mais il resta muet. Par une belle journée d’automne, le Maître Herbier ouvrit les volets de la chambre où se trouvait Ged, qui n’avait connu que les ténèbres depuis la terrible nuit du Tertre de Roke. Ce matin-là, il vit la lumière du jour, l’éclat du soleil, et, cachant de ses mains son visage couvert de cicatrices, il pleura amèrement.
Aux premiers jours de l’hiver, il parlait encore avec difficulté, trébuchant sur les mots. Le Maître Herbier le garda dans la chambre de guérison, s’efforçant de redonner de la force à son corps comme à son esprit. Le printemps avait déjà fait son apparition lorsqu’enfin le Maître le libéra et l’envoya tout d’abord offrir sa féauté à l’Archimage Gensher. Car, à l’arrivée de celui-ci, Ged n’avait pu se joindre aux autres élèves de l’École pour s’acquitter de ce devoir.
Aucun de ses compagnons n’avait obtenu la permission de lui rendre visite durant ses longs mois de maladie. Aussi certains, le voyant passer maintenant, demandèrent : « Qui est-ce donc ? » Jadis, il était vif, souple et vigoureux. Maintenant, rendu infirme par la douleur, il allait avec hésitation, la tête basse, car la moitié gauche de son visage était blanche de cicatrices. Il évita ceux qui le connaissaient, comme ceux qui ne le connaissaient pas, et se rendit tout droit à la cour de la Fontaine. En ce lieu où il avait un jour attendu Nemmerle, Gensher l’attendait.
Le nouvel Archimage, tout comme l’ancien, était drapé dans une cape blanche. Mais, comme la plupart des habitants de Wey et du Lointain Est, Gensher avait la peau noire ; et, sous ses épais sourcils, son regard également était noir.
Ged s’agenouilla et lui offrit féauté et obéissance. Gensher demeura silencieux, puis dit enfin :
« Je sais ce que tu as fait, mais non ce que tu es. Je ne puis accepter ta féauté. »
Ged alors se releva, et pour se soutenir s’appuya de la main contre le tronc du jeune arbre près de la fontaine. Il fut encore très lent à trouver ses mots. « Dois-je quitter Roke, mon seigneur ? »
— « Veux-tu quitter Roke ? »
— « Non. »
— « Que veux-tu faire ? »
— « Rester. Apprendre. Défaire… le mal… »
— « Nemmerle lui-même n’a pu y parvenir. Non, je ne pourrais te laisser quitter Roke, car pour toute protection tu n’as que le pouvoir des Maîtres qui vivent ici, et les murailles qui cernent cette île pour tenir à l’écart les créatures du mal. Si tu partais maintenant, la chose que tu as libérée te trouverait aussitôt, elle pénétrerait en toi et te posséderait. Tu ne serais plus un homme, mais un gebbet, un pantin aux ordres de l’ombre maléfique que tu as fait apparaître au jour. Tu dois rester ici jusqu’à ce que tu aies suffisamment de force et de sagesse pour te défendre face à elle ; et peut-être ne verras-tu jamais ce jour. En cet instant même, elle t’attend, elle t’attend assurément. L’as-tu vue depuis cette nuit fatale ? »
— « En rêve, mon seigneur. » Puis, au bout d’un moment, Ged reprit, parlant avec peine et honte : « Seigneur Gensher, j’ignore ce que c’était… cette chose née du sort qui s’est jetée sur moi… »
— « Je l’ignore moi aussi. Cela n’a pas de nom. Tu possèdes en ton sein un immense pouvoir, et tu as utilisé ce pouvoir à mal escient pour lancer un sort que tu ne pouvais maîtriser, sans savoir de quelle manière ce sort affecte l’équilibre de la lumière et des ténèbres, de la vie et de la mort, du bien et du mal. Et ce sont la haine et l’orgueil qui t’ont conduit à faire ce geste. Est-il étonnant que ses conséquences soient un désastre ? Tu as appelé un esprit d’entre les morts, mais avec lui est venue l’une des puissances de la non-vie. Sans avoir été appelée, elle est venue d’un endroit où les noms n’existent pas. Elle est le mal, et sa volonté est de faire le mal à travers toi. Le pouvoir que tu as exercé en la faisant venir lui donne un pouvoir sur toi : à présent, tu es lié à elle. Elle est l’ombre de ton arrogance, l’ombre de ton ignorance, l’ombre que tu projettes. Une ombre a-t-elle un nom ? »
Faible et hagard, Ged dit, après un instant de silence : « Il eût mieux valu que je meure. »
— « Qui es-tu pour en juger, toi pour qui Nemmerle a donné sa vie ? Tu ne crains rien, ici. Tu vas vivre à Roke et reprendre tes études. On me dit que tu étais intelligent ; remets-toi donc à l’ouvrage, et fais bien ton travail, car c’est la seule chose que tu puisses faire. »
Ainsi conclut Gensher, et soudain il disparut comme les mages ont coutume de le faire. Ged contempla un moment la fontaine qui jouait avec le soleil et écouta son chant en pensant à Nemmerle. Un jour, dans cette même cour, il avait eu le sentiment d’être un mot prononcé par le soleil. Mais aujourd’hui les ténèbres avaient parlé à leur tour, et leurs paroles ne pouvaient être contredites.
II quitta la cour et s’en alla dans son ancienne cellule de la Tour Sud, qui était restée vide. Il y demeura seul. Lorsque le gong annonça l’heure du souper, il vint s’asseoir à la Longue Table mais n’adressa guère la parole à ses compagnons et garda la tête basse, même devant ceux qui l’accueillirent avec la plus grande gentillesse. Aussi, au bout d’un jour ou deux, tous le laissèrent seul. Être seul était son désir, car il avait grande peur de faire ou dire du mal malgré lui.