Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 1 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30488-4
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Dans cette première partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian, simple passager d’un voilier stellaire géant, formant un monde à lui tout seul, devra d’abord affronter les avatars déroutants de mystérieux assassin à la solde de ceux qui ne veulent pas du Nouveau Soleil...
— Je voulais répondre lorsque tu as appelé, se défendit Gunnie. Mais Idas m’avait dit que nous faisions quelque chose de secret. Tout ce que je savais, c’était que tu te trouvais perdu dans l’obscurité, et j’ai pensé que les lumières n’allaient pas tarder à revenir. C’est alors qu’Idas a mis son couteau contre mon cou. Il était – je devrais dire “ elle ” – tout contre moi, si près qu’il n’a même pas été touché quand tu as fait feu sur moi.
— Quoi qu’il en soit, je veux que tu saches qu’Idas avait neuf chrisos sur elle lorsque je l’ai fouillée. Je les ai mis dans la pochette du fourreau de ce poignard que tu as trouvé. Sidero détient mon pistolet et le poignard ; si tu peux me les rendre, je te laisse volontiers l’or. »
Gunnie ne voulut plus parler après cela. Je fis semblant de dormir, mais en réalité je la surveillais entre mes paupières pour voir si elle n’allait pas essayer de me frapper.
Au lieu de cela elle se leva, s’habilla puis se glissa hors de la salle en enjambant Zak, qui s’était endormi. J’attendis un long moment, mais elle ne revint pas, et je trouvai à mon tour le sommeil.
CHAPITRE XI
Escarmouche
Je gisais dans le néant du sommeil, et cependant quelque chose en moi restait éveillé, flottant dans les golfes de l’inconscience, qui contiennent ceux qui ne sont pas nés et tellement de morts.
« Sais-tu qui je suis ? »
Je n’aurais su dire comment, mais effectivement je le savais. « Vous êtes le capitaine.
— Oui. Mais qui suis-je ?
— Maître », répondis-je, car j’avais l’impression d’être redevenu apprenti. « Maître, je ne comprends pas.
— Qui commande ce vaisseau ?
— Je ne sais pas, maître.
— Je suis ton juge. On a confié à ma garde cet univers en train de s’épanouir. Mon nom est Tzadkiel.
— Ceci est-il mon procès, maître ?
— Non. Et c’est mon propre procès qui se rapproche, et non le tien. Tu as été un roi-guerrier, Sévérian. Combattras-tu pour moi ? Combattras-tu volontairement ?
— Avec joie, maître. »
Ma propre voix semblait se réverbérer en écho dans mon rêve : « Maître… Maître… Maître… » Il n’y eut pas de réponse après le roulement de cet écho. Le soleil était mort, et je me trouvais seul dans l’obscurité glaciale.
« Maître ! Maître ! »
Zak me secouait l’épaule.
Je m’assis, songeant pendant un instant qu’il pouvait s’exprimer mieux que je l’avais cru. « Chut, je suis réveillé, dis-je.
— Chut ! fit-il en me singeant.
— Est-ce que j’ai parlé en dormant, Zak ? C’est ce qui a dû se produire, car tu as entendu ce mot. Je me souviens… »
Je me tus, car il venait de porter une main en coupe à son oreille. À mon tour j’écoutai, et j’entendis des cris et un bruit de bousculade. Quelqu’un lança mon nom.
Zak eut franchi l’entrée avant moi, d’une espèce de saut tendu plutôt qu’en courant. Je n’étais pas loin derrière lui et, après m’être fait mal à la main contre une première paroi, j’appris à tourner sur moi-même et à rebondir dessus comme lui, avec les pieds.
Nous franchîmes une jonction à angle droit, puis une autre et tombâmes sur une mêlée confuse d’hommes en train de se battre. D’un autre bond nous fûmes sur eux, sans savoir quel bord était le nôtre, ni même si nous en avions un.
Un marin, tenant un couteau à la main gauche, sauta vers moi. Je le saisis comme maître Gurloes m’avait jadis appris à le faire et le projetai contre le mur, ne me rendant compte qu’à cet instant-là qu’il s’agissait de Purn.
Je n’avais le temps ni de m’excuser ni de l’interroger. Le poignard d’un géant indigo plongeait en direction de ma poitrine. Je frappai son poignet massif à deux mains et vis – mais trop tard – un second poignard dont la lame dépassait de son autre poing. Elle brilla. J’essayai de l’esquiver en me tortillant. Deux autres qui se bagarraient me poussèrent en arrière, et j’eus en face de moi le nénuphar au cœur d’acier bleu de la mort.
Comme si les lois de la nature ne jouaient pas pour moi, la lame ne descendit pas. Le mouvement en arrière du géant se poursuivit, poing et lame prolongeant leur trajectoire jusqu’à ce qu’il ployât lui-même en arrière ; j’entendis alors un craquement dans ses épaules et le hurlement sauvage qu’il poussa lorsque les os déchiquetés le déchirèrent de l’intérieur.
Le pommeau du poignard dépassait de son énorme main. Je le saisis d’une main, pris le quillon de la garde de l’autre et lui arrachai l’arme – puis l’enfonçai entre ses côtes. Il tomba en arrière comme tombe un arbre, tout d’abord lentement, jambes encore droites sous lui. Zak, accroché à son bras tendu, arracha le deuxième poignard comme j’avais fait pour le premier.
Les deux lames faisaient presque la longueur d’une petite épée, et nous fîmes pas mal de dégâts avec. J’en aurais fait davantage si je n’avais pas dû intervenir entre Zak et un matelot qui le prenait pour un gabier.
Les bagarres de ce genre finissent aussi soudainement qu’elles commencent. Un homme s’enfuit, puis un deuxième et tous les autres doivent alors les imiter, se trouvant en trop petit nombre pour résister. C’est ce qui nous arriva. Un gabier échevelé exhibant des dents d’atrox voulut faire tomber le poignard de ma main à l’aide d’une massue faite d’un tuyau. Je lui tranchai à moitié le poignet puis le frappai à la gorge – c’est alors que je me rendis compte qu’en dehors de Zak, tous mes autres camarades avaient fui. Je vis un marin filer comme l’éclair, tenant son bras ensanglanté. Je le suivis, criant à Zak d’en faire autant.
Si nous avons été poursuivis, ce fut avec peu de zèle. Nous nous engageâmes dans un passage tortueux avant de traverser une salle pleine d’échos où étaient remisées des machines silencieuses, puis de nous engager dans un deuxième passage (suivant la piste des premiers fuyards grâce au sang frais maculant le sol et les cloisons, sans compter le cadavre d’un marin que nous enjambâmes) et enfin dans une salle plus petite où se trouvaient de l’outillage et des établis ainsi que cinq matelots, qui ne cessaient de gémir et de jurer en se soignant mutuellement leurs blessures.
« Qui êtes-vous ? demanda l’un d’eux avec un geste menaçant de son poignard.
— Je le connais, répondit Purn. C’est un passager. » Il avait la main enroulée dans un pansement de gaze que tachait déjà du sang.
« Et celui-là ? » demanda de nouveau le matelot en pointant son arme vers Zak.
« Touchez-le et je vous tue.
— Ce n’est pas un passager, lui, fit le matelot, dubitatif.
— Je ne vous dois aucune explication et ne vous en fournirai aucune. Si vous pensez que nous ne sommes pas capables de vous tuer tous, venez vous y frotter. »
Un marin qui n’avait pas encore pris la parole intervint. « Ça suffit, Modan. Si le S’gneur se porte garant…
— Je me porte garant.
— Alors, c’est très bien. Je vous ai vu tuer des gabiers, ainsi que votre ami velu. Que pouvons-nous faire pour vous ?