Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 1 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30488-4
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 1 [The Urth of the New Sun - fr]». Краткое содержание книги:
Dans cette première partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian, simple passager d’un voilier stellaire géant, formant un monde à lui tout seul, devra d’abord affronter les avatars déroutants de mystérieux assassin à la solde de ceux qui ne veulent pas du Nouveau Soleil...
— Ne dis pas “depuis le temps”, Sévérian. Tu n’aurais aucune idée du temps, si nous nous arrêtions près d’un soleil. Nous avons beaucoup parlé et tu as l’air fatigué. Ne veux-tu pas t’allonger et te reposer ?
— Seulement si tu te couches à côté de moi, répondis-je. Tu es aussi fatiguée que moi, sinon plus. Tu as couru pour me trouver des médicaments et de la nourriture. Repose-toi, maintenant, et parle-moi encore des gabiers. » La vérité m’oblige à avouer que je me sentais suffisamment bien pour avoir envie de passer un bras autour des épaules d’une femme et même pour m’enfoncer dans une femme. Et avec beaucoup de femmes (et Gunnie, je crois, en faisait partie) il n’y a pas de meilleur moyen d’entrer dans leur intimité que de les laisser parler et de les écouter.
Elle s’allongea à côté de moi. « Je t’ai déjà dit tout ce que je savais. La plupart sont des marins qui ont mal tourné, d’autres sont leurs enfants, nés sur le vaisseau et cachés jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour se battre. Et puis, tu te souviens, quand nous avons capturé l’apport ?
— Bien sûr.
— Tous les apports ne sont pas des animaux, même s’ils le sont en majorité. Ce sont parfois des gens, et ils vivent parfois assez longtemps pour pénétrer dans le vaisseau, là où il y a de l’air. » Elle marqua un temps d’arrêt et pouffa. « Tu sais, les autres, sur leur planète d’origine, doivent vraiment se demander où ils sont passés lorsqu’ils ont été apportés. En particulier lorsqu’il s’agit de quelqu’un d’important. »
Il me semblait étrange d’entendre pouffer une femme aussi massive, et moi qui souris rarement, je ne pus retenir un sourire.
« Il y en a qui prétendent que certains gabiers se faufilent sur le vaisseau avec la cargaison, que ce sont des criminels qui cherchent à fuir leur monde et ont embarqué de cette façon. Ou bien que ce ne sont que des animaux sur leur planète et qu’ils ont été pris en tant que cargaison vivante, alors que ce serait des personnes comme nous. Nous ne serions que des animaux sur ces mondes-là, c’est ce que je crois. »
Ses cheveux, qui effleuraient maintenant mon visage, dégageaient un parfum entêtant ; et il me vint à l’esprit qu’il ne devait pas toujours en être ainsi, qu’elle s’était parfumée pour moi avant de revenir dans notre niche.
« On les appelle parfois les muets parce qu’ils sont nombreux à ne pas pouvoir parler. Peut-être possèdent-ils un langage à eux ; mais ils ne peuvent pas nous parler et si on en prend un, il faut s’adresser à lui par signes.
Mais Sidero raconte que muet voulait dire autrefois rebelle.
— À propos de Sidero, était-il dans le coin, lorsque Zak t’a fait venir au fond du conduit d’aération ?
— Non, il n’y avait personne en dehors de toi.
— Est-ce que tu as vu mon pistolet, ou le poignard que tu m’as donné quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois ?
— Non, il n’y avait rien non plus. Les avais-tu avec toi lorsque tu es tombé ?
— Sidero les avait. J’espérais qu’il aurait été assez honnête pour me les rendre, mais au moins il ne m’a pas tué. »
Gunnie secoua la tête en la faisant rouler sur les chiffons, ce qui amena une joue ronde et fleurie contre la mienne. « Il ne l’aurait pas fait. Il peut être brutal, parfois, mais je n’ai jamais entendu dire qu’il ait tué quelqu’un.
— Je crois qu’il a dû me frapper pendant que j’étais inconscient ; il me semble que je n’aurais pas pu me faire aussi mal à la bouche à cause de la chute. J’étais à l’intérieur de lui, je ne te l’ai pas dit ? »
Elle se recula pour me regarder. « Vraiment ? Tu es capable de ça ?
— Oui. Ça ne lui a pas plu, mais je pense qu’il doit y avoir quelque chose dans son mécanisme qui l’empêche d’expulser un hôte tant qu’il est conscient. Après notre chute, il s’est sans doute ouvert le torse et m’a sorti avec le bras qui lui restait. J’ai de la chance qu’il ne m’ait pas cassé les deux jambes. C’est en me sortant qu’il a dû me frapper. Je le tuerai pour cela, la prochaine fois que je le verrai.
— Ce n’est qu’une machine », objecta doucement Gunnie. Elle glissa la main sous ma chemise en lambeaux.
« Je suis surpris que tu le saches, dis-je. J’aurais pensé que tu le prenais pour une personne.
— Mon père était pêcheur, et j’ai grandi sur les bateaux. On donne un nom aux bateaux, on leur met des yeux ; souvent ils agissent comme des personnes et même ils vous parlent, parfois. Ce ne sont pourtant pas vraiment des personnes. Les pêcheurs sont parfois amusants, mais mon père avait l’habitude de dire que lorsqu’un homme était réellement fou, il coulait son bateau au lieu de le vendre. Un bateau possède un esprit, mais il faut plus qu’un esprit pour faire une personne.
— Ton père était-il d’accord pour que tu t’engages sur ce vaisseau ? demandai-je.
— Il s’est noyé avant. Tous les pêcheurs se noient. Ça a tué ma mère. Je suis revenu sur Teur pas mal de fois, mais jamais quand ils étaient en vie.
— Qui était autarque lorsque tu étais enfant, Gunnie ?
— Je ne sais pas. Ce n’était pas le genre de chose qui nous intéressait. »
Elle pleura un peu. J’essayai de la réconforter, et à partir de là, nous aurions pu très rapidement et naturellement faire l’amour ; mais sa brûlure couvrait une bonne partie de sa poitrine et de son abdomen, et même si nous nous caressâmes mutuellement, le souvenir de Valéria vint aussi se glisser entre nous.
« Cela ne t’a pas blessé ? finit-elle par me demander.
— Non. Je suis seulement désolé de t’avoir fait mal autant que je l’ai fait.
— Mais pas du tout !
— Mais si, Gunnie. C’est moi qui t’ai brûlée dans la coursive, devant la suite autarchique, comme nous le savons bien l’un et l’autre. »
D’une main elle chercha sa dague, mais elle s’en était séparée en se déshabillant. Elle gisait sous ses autres vêtements, hors de portée.
« Idas m’a dit qu’elle avait loué les services d’un marin pour l’aider à se débarrasser du cadavre du steward. Elle a parlé de ce marin au masculin, mais hésité avant de dire “il”. Tu faisais partie de ses compagnons de travail, et même si tu ne savais pas quel était son véritable sexe, il était tout à fait naturel de sa part de chercher l’aide d’une femme, si elle n’avait pas d’amant masculin.
— Depuis combien de temps as-tu compris ? » murmura Gunnie. Elle ne s’était pas remise à sangloter, mais dans le coin de son œil, j’aperçus une larme grosse et ronde comme elle l’était elle-même.
« Dès le début, dès que tu m’as apporté ce gruau. Comme il était sans protection, mon bras a été brûlé par les sucs digestifs de la créature volante ; tout le reste de mon corps était à l’abri dans l’armure de Sidero et j’ai bien entendu aussitôt pensé à cela en reprenant conscience. Tu as dit avoir été brûlée par un éclair d’énergie, mais ce genre de choses ne fait pas de discrimination. Ton visage et tes bras, pourtant exposés, n’ont rien eu. En revanche, tu as été brûlée en des endroits normalement protégés par une chemise et un pantalon. »
J’attendis sa réaction, mais elle ne dit rien.
« Dans le noir, j’ai appelé à l’aide, mais personne n’a répondu. J’ai alors tiré en réglant l’énergie au plus bas, pour avoir de la lumière. Je tenais l’arme à hauteur des yeux lorsque j’ai fait feu, mais je ne voyais rien, et le rayon a dû partir un peu vers le bas. C’est comme ça que je t’ai atteinte à la taille. Pendant que je dormais, tu es partie à la recherche d’Idas, j’imagine, afin de pouvoir me vendre à elle pour un autre chrisos. Évidemment, tu ne l’as pas trouvée. Elle était morte, et son corps se trouvait enfermé dans ma cabine.