Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 1 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30488-4
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Dans cette première partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian, simple passager d’un voilier stellaire géant, formant un monde à lui tout seul, devra d’abord affronter les avatars déroutants de mystérieux assassin à la solde de ceux qui ne veulent pas du Nouveau Soleil...
Plus sage, le chef au torse en barrique s’était jeté au sol dès le premier coup de feu, à environ une coudée de mon pied. Il sauta sur moi. Un pignon constituait la tête de la massue ; je frappai à la jointure de l’épaule et du cou, avec tout ce que je possédais de force.
J’aurais pu tout autant cogner sur un arsinothérium. Toujours conscient et toujours vigoureux, il me frappa comme cet animal frappe le loup-garou. La massue vola de mes mains et le poids de son corps me coupa la respiration.
Il y eut un éclair aveuglant. Je vis se lever ses mains à sept doigts, mais il n’y avait entre elles que la racine d’un cou, qui cramait comme se consume en brasillant le chicot d’un arbre après un incendie de forêt. Il chargea de nouveau – non pas vers moi mais vers le mur contre lequel il s’écrasa, et fonça à nouveau, sauvagement, à l’aveuglette.
Un deuxième coup de feu le coupa presque en deux.
J’essayai de me relever et m’aperçus que mes mains étaient poisseuses de sang. Un bras, immensément fort, m’encercla à la taille et me souleva. Une voix familière me demanda : « Pouvez-vous tenir debout ? »
C’était Sidero et j’eus brusquement l’impression de retrouver un vieil ami. « Je crois, répondis-je. Merci.
— Vous les avez combattus.
— Sans grand succès. » Je me souvins des jours où j’étais général. « Pas très bien.
— Mais vous vous êtes battu.
— Si vous voulez. » Autour de nous, les marins grouillaient maintenant ; certains arboraient des fusils, d’autres des couteaux ensanglantés.
« Les combattrez-vous encore ? Attendez ! » Il fit avec son fusil un geste qui m’intimait de me taire. « J’ai gardé le poignard et le pistolet. Prenez-les maintenant. » Il portait toujours ma ceinture, avec mes armes dans leur fourreau respectif. Coinçant le fusil sous ce qui restait de son bras droit, il défit la boucle et me tendit le tout.
« Merci », répétai-je. Je ne savais quoi dire d’autre et commençai à me demander s’il m’avait assommé, comme je l’avais supposé.
La visière de métal qui constituait son visage ne donnait aucune indication sur ses sentiments et sa voix rude à peine davantage. « Maintenant, repos. Mangez. On parlera plus tard. » Il se tourna pour faire face à la cohue de ses troupes. « Repos ! On mange ! » lança-t-il d’une voix de stentor.
J’avais bien l’intention de faire l’un et l’autre, beaucoup moins de me battre pour Sidero ; mais l’idée de partager un repas avec des camarades qui monteraient ensuite la garde pendant mon sommeil était irrésistible. J’aurais toujours l’occasion (espérais-je) de leur fausser compagnie par la suite.
Les matelots avaient apporté leurs rations, auxquelles vinrent s’ajouter les provisions des gabiers que nous avions tués. En peu de temps, nous nous retrouvâmes assis autour d’un repas parfumé, fait de lentilles bouillies avec du porc, accompagnées d’épices brûlantes, de pain et de vin.
Peut-être se trouvait-il des lits ou des hamacs dans le secteur, comme il s’était trouvé un fourneau et des provisions, mais j’étais trop épuisé pour m’en soucier. Mon bras droit avait beau me faire encore souffrir, je savais que ce n’était pas au point de me tenir éveillé ; quant à mon mal de tête, le vin avait beaucoup contribué à le dissiper. J’étais sur le point de m’étendre à l’endroit même où j’étais assis (j’aurais bien aimé que Sidero eût aussi conservé mon manteau) lorsqu’un marin bâti en force vint s’accroupir à côté de moi.
« Tu te souviens de moi, Sévérian ?
— Je le devrais, répondis-je, puisque tu connais mon nom. » Le fait était que je ne voyais pas de qui il s’agissait, alors qu’il y avait quelque chose de familier dans ses traits.
« Pourtant, tu m’appelais Zak. »
J’écarquillai les yeux. La lumière était mauvaise, mais même lorsque j’eus digéré l’information, j’eus la plus grande difficulté à admettre qu’il était le Zak que j’avais connu. « Sans mentionner un sujet dont ni l’un ni l’autre nous ne souhaitons discuter, finis-je par dire, je ne peux m’empêcher de remarquer que tu as considérablement changé.
— Ce sont les vêtements ; j’ai pris ceux d’un mort. Je me suis aussi rasé la figure. Et Gunnie a des ciseaux. Elle a coupé une partie de mes poils.
— Gunnie est ici ? »
D’un mouvement de la tête, Zak m’indiqua une direction.
« Tu veux lui parler. Je crois qu’elle aimerait aussi te parler.
— Pas tout de suite, répondis-je. Va lui dire que je la verrai demain matin. » J’essayai de trouver quelque chose à ajouter, mais tout ce qui me vint à l’esprit fut : « Dis-lui aussi que ce qu’elle a fait pour moi compense plus que largement le mal qu’elle a pu occasionner. »
Zak acquiesça et s’éloigna.
La présence de Gunnie m’avait rappelé les chrisos d’Idas. J’ouvris la pochette du fourreau et jetai un coup d’œil à l’intérieur pour vérifier qu’ils étaient toujours bien là, puis m’allongeai et dormis.
Lorsque je m’éveillai (j’hésite à dire « le matin » car il n’y avait rien de semblable sur le vaisseau) la plupart des matelots étaient déjà debout et mangeaient les restes de nourriture du festin de la veille. Deux automates plus minces avaient rejoint Sidero, des créatures similaires, me sembla-t-il, à ce qu’avait été Jonas. Tous trois se tenaient un peu à l’écart du reste de la troupe et parlaient trop bas pour que je pusse les entendre.
Rien ne me disait si ces mécanismes doués de volition se trouvaient plus près du capitaine et des officiers supérieurs que Sidero, et tandis que j’hésitais à les approcher et à m’identifier, les deux robots disparurent en un clin d’œil dans le labyrinthe des passages. Comme s’il avait lu dans mes pensées, Sidero vint vers moi.
« Nous pouvons parler, maintenant », dit-il.
J’acquiesçai, et lui expliquai que j’avais été sur le point de dire aussi aux autres qui j’étais.
« Ça n’aurait servi à rien. J’ai appelé, la première fois. Vous n’êtes pas ce que vous dites. L’autarque est en sécurité. »
Je commençai à protester, mais il leva son unique main pour me faire taire. « Ne nous querellons pas maintenant. Je sais ce que l’on m’a dit. Laissez-moi l’expliquer avant de discuter encore. Je vous ai fait mal. Il est de mon droit et de mon devoir de corriger et châtier. Mais j’en ai ressenti de la joie. »
Je lui demandai s’il faisait allusion au fait qu’il m’avait frappé lorsque j’étais inconscient, et il acquiesça. « Je ne dois pas. » Il paraissait sur le point d’en dire davantage, mais ne put qu’avouer, au bout de quelques instants, qu’il ne pouvait s’expliquer.
« Nous savons ce que sont les considérations morales, l’encourageai-je.
— Pas comme nous. Vous croyez le savoir. Nous savons, nous, et faisons souvent des erreurs, pourtant. Il arrive que nous sacrifiions des hommes pour préserver notre existence. Nous pouvons transmettre et donner des ordres aux hommes. Nous pouvons corriger et châtier. Mais nous ne pouvons pas devenir comme vous êtes. C’est ce que j’ai fait. Je dois expier. »
Je lui dis qu’il avait déjà remboursé sa dette lorsqu’il m’avait sauvé des gabiers.
« Non. Vous vous êtes battu et je me suis battu. Voici mon paiement : nous nous préparons pour un plus grand combat, peut-être le dernier. Les gabiers volaient déjà, auparavant. Maintenant, ils se soulèvent pour tuer et prendre le commandement du vaisseau. Le capitaine les a tolérés trop longtemps. »