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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Min jeta sa prune, coula un coup d’œil apparemment distrait vers le haut de la rue, puis s’adossa à l’encadrement de la porte. Rien à signaler non plus… Sinon, elle aurait posé les mains sur ses genoux. Au contraire, elle les frottait nerveusement, et Elayne, de son côté, sautillait d’un pied sur l’autre.

Si elles nous font prendre, je cognerai leurs jolies petites têtes l’une contre l’autre…

De la vantardise ! Si les trois femmes étaient prises, les Seanchaniens dicteraient les règles du jeu, et celui-ci risquait de ne pas être très amusant.

Malgré son assurance de façade, Nynaeve ignorait si son plan avait l’ombre d’une chance de fonctionner. Dans ce contexte, ce serait peut-être elle qui commettrait la bévue fatale. De toute façon, si les choses tournaient mal, elle avait déjà décidé d’attirer l’attention sur elle afin qu’Elayne et Min puissent s’échapper. En leur donnant l’ordre de détaler en cas de problème, elle n’avait pas cru bon de préciser qu’elle ne suivrait pas ses jeunes compagnes. Ce qu’elle ferait ensuite ? Eh bien, elle le saurait le moment venu.

Mais fasse la Lumière qu’ils ne me prennent pas vivante ! Non, ça, je le refuse de toute mon âme !

La sul’dam et la damane remontèrent la rue jusqu’à ce que le piège se referme sur elles. Voyant qu’elles étaient attaquées par trois furies, les passants s’écartèrent encore plus des deux femmes.

Nynaeve mobilisa toute sa colère contre les deux Seanchaniennes, car leurs semblables avaient collaboré pour passer un collier autour du cou d’Egwene – et elles-mêmes n’auraient pas hésité à faire subir ce sort à la Fille-Héritière et à l’ancienne Sage-Dame si elles en avaient eu l’occasion. Pour mieux se motiver, Nynaeve avait demandé à Min de lui raconter comment les sul’dam imposaient leur volonté aux nouvelles « recrues ». La jeune femme avait certainement gardé un voile pudique sur les pires détails, mais ses révélations avaient suffi à faire bouillir le sang de Nynaeve. Du coup, la fleur blanche s’épanouit sans nulle difficulté au bout de sa tige hérissée d’épines. En d’autres termes, l’ancienne Sage-Dame n’eut aucun mal à accéder au saidar et le Pouvoir de l’Unique se déversa en elle comme un torrent.

La sul’dam blonde et la damane brune écarquillèrent les yeux de surprise et de terreur. Rien de plus normal, puisqu’elles voyaient l’aura qui enveloppait Nynaeve lorsqu’elle canalisait le Pouvoir. La prisonnière brune tenta de réagir, mais elle n’eut le temps de rien faire. Maniant une infime quantité de Pouvoir, Nynaeve en fit une sorte de lanière qui claqua dans l’air comme celle d’un fouet.

Le collier d’argent s’ouvrit et tomba sur le sol. En sautant de son tonneau, Nynaeve ne put retenir un soupir de soulagement.

La sul’dam baissa les yeux sur le collier, le regardant comme si un serpent venimeux rampait à ses pieds. La damane porta une main tremblante à sa gorge, s’assura qu’elle ne rêvait pas puis décocha une fantastique gifle à sa tortionnaire, dont les genoux se dérobèrent, comme si elle allait tomber.

— Bien fait ! cria Elayne.

Elle courait déjà vers Nynaeve, et Min l’imitait de son côté.

Mais la damane s’enfuit à toutes jambes avant que les « troupes » de l’ancienne Sage-Dame l’aient rejointe.

— Nous ne vous ferons pas de mal ! lança Elayne. Amies ! Nous sommes des amies !

— Silence ! cria Nynaeve.

Sortant un mouchoir froissé de sa poche, elle l’enfonça sans douceur dans la bouche de la sul’dam, toujours à moitié sonnée. Ouvrant le sac dans un nuage de poussière, Min le rabattit sur la tête de la femme blonde et l’emprisonna jusqu’à la taille.

— On s’est déjà assez fait remarquer comme ça, ajouta l’ancienne Sage-Dame.

C’était à la fois exact… et faux. Alors que la rue se vidait à toute allure, les passants détalaient sans jeter l’ombre d’un regard aux trois assaillantes et à leur prisonnière. Nynaeve avait compté sur cette réaction – un mélange d’instinct de survie et de réelle indifférence – pour leur gagner un répit non négligeable. Les Falmiens finiraient par raconter ce qu’ils avaient vu, mais il faudrait probablement des heures pour que ça arrive aux oreilles des Seanchaniens.

La sul’dam commença à couiner sous son sac, mais Nynaeve et Min lui passèrent les bras autour de la taille et la poussèrent, non sans peine, dans une ruelle latérale. Derrière elles, la laisse et le collier faisaient un boucan d’enfer sur les pavés.

— Ramasse-les ! cria Nynaeve à Elayne. Ils ne vont pas te mordre !

La Fille-Héritière prit une grande inspiration et obéit très lentement, comme si elle n’était pas sûre de ne rien risquer. Nynaeve éprouva une vague compassion pour sa pauvre petite amie – mais vraiment très vague, parce que le succès du plan reposait sur leur efficacité à toutes les trois.

La sul’dam se débattit comme une diablesse, mais Nynaeve et Min, impitoyables, la guidèrent jusqu’au bout de la ruelle, lui firent traverser un étroit passage entre deux maisons, remontèrent une autre ruelle et entrèrent dans des écuries abandonnées dont les très grandes stalles devaient avoir été prévues pour deux chevaux.

Depuis l’arrivée des Seanchaniens, posséder une monture était devenu un luxe presque inaccessible pour les Falmiens. En deux jours de surveillance, Nynaeve n’avait vu personne approcher des lieux. Et la poussière qui s’accumulait à l’intérieur militait en faveur de la thèse d’un abandon définitif.

Dès que tout le monde fut entré, Elayne lâcha la laisse et s’essuya les mains avec une poignée de brins de paille.

Nynaeve invoqua un autre filet de Pouvoir, et le bracelet s’ouvrit puis tomba sur le sol. Affolée, la sul’dam rua comme un cheval sauvage.

— Prêtes ? demanda Nynaeve.

Ses deux compagnes acquiescèrent, puis soulevèrent le sac avec un bel ensemble.

Ses yeux bleus pleins de larmes à cause de la poussière, la sul’dam était rouge comme une pivoine, et ça n’avait rien à voir avec son séjour sous le sac. Folle de colère, elle voulut courir vers la porte, mais ses trois adversaires ne la laissèrent pas faire plus d’un pas vers le salut. Ensuite, malgré une formidable résistance, la femme blonde se retrouva en sous-vêtements, bâillonnée et proprement saucissonnée avant d’être jetée sur la paille de la stalle choisie comme terrain d’opérations par les trois femmes.

Massant sa lèvre inférieure tuméfiée, Min étudia la robe à la poitrine zébrée d’un éclair et la paire de bottes souples que ses amies et elle venaient d’arracher de haute lutte à la furie.

— Elle pourrait t’aller, Nynaeve… Mais pas à Elayne, ni à moi…

Après l’échauffourée, la Fille-Héritière était occupée à retirer des brins de paille de ses cheveux.

— Je vois, oui… Min, je n’ai jamais pensé sérieusement à toi. Ces femmes te connaissent trop bien…

Nynaeve se déshabilla rapidement, jeta ses vêtements dans la paille et entreprit d’enfiler la tenue de la sul’dam. Compatissante, Min l’aida avec la multitude de boutons…

Comme l’ancienne Sage-Dame le redoutait, les bottes se révélèrent un rien trop petites. La robe aussi, du moins sur la poitrine, alors qu’elle était un peu trop ample ailleurs. La longueur ne collait pas non plus, mais l’ourlet aurait carrément traîné par terre avec les deux autres candidates au rôle.

Prenant le bracelet, Nynaeve se força à occulter ses appréhensions et le ferma sur son poignet gauche. Une fois à son bras, l’artefact ne se distinguait en rien d’un bijou ordinaire et son contact n’avait rien non plus de particulier.

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