La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— La robe, Elayne ! lança Nynaeve.
Les trois femmes avaient teint deux robes – une appartenant à la Fille-Héritière et l’autre à l’ancienne Sage-Dame – pour qu’elles ressemblent autant que possible au « sac » gris dont étaient affublées les damane. Puis elles les avaient cachées dans une stalle. Mais, les yeux rivés sur le collier et la laisse, Elayne ne semblait pas disposée à bouger.
— Tu dois la porter ! s’écria Nynaeve. Min est trop connue pour jouer le rôle d’une damane… Si la robe de la sul’dam t’était allée, je m’y serais collée, tu le sais bien…
Certes, mais en crevant de peur à la simple idée de devoir porter le collier. Une raison pour ne pas se montrer trop sévère avec la Fille-Héritière.
— Je sais…, soupira Elayne. Mais j’aurais bien aimé voir ce que ça te faisait de porter le collier… (Elle écarta ses cheveux de son cou.) Min, tu veux bien m’aider ?
La jeune femme s’attaqua à une impressionnante rangée de boutons.
Sans trop savoir comment elle réussit un exploit pareil, Nynaeve parvint à s’emparer du collier sans tressaillir.
— Il y a moyen de faire une expérience…, murmura-t-elle.
Après une brève hésitation, elle se pencha et referma le collier sur le cou de la sul’dam ligotée.
Si quelqu’un mérite un tel châtiment, c’est bien elle !
— Au minimum, ça l’incitera à nous révéler quelques informations utiles…
La femme aux yeux bleus regarda la laisse qui reliait son cou au poignet de Nynaeve, puis elle dévisagea sa geôlière avec un mépris non dissimulé.
— Ça ne fonctionne pas comme ça…, dit Min, mais son amie ne l’entendit pas.
Soudain, Nynaeve eut conscience de ce que l’autre femme éprouvait. Elle sentit les liens qui mordaient ses chevilles et blessaient ses poignets attachés dans son dos. Elle reconnut sur sa langue le goût de poisson dont était imprégné le mouchoir – subtilisé dans la fameuse chambre – et s’aperçut que la paille lui irritait la peau à travers le tissu trop fin de ses sous-vêtements. Ce n’était pas comme si ces choses lui étaient arrivées à elle, cependant. Mais le vécu de la sul’dam était en quelque sorte transféré tel quel dans un coin de son cerveau.
Devinant que le phénomène ne disparaîtrait pas, elle se racla la gorge et parla d’un ton dur à la prisonnière :
— Si tu me réponds franchement, je ne te ferai aucun mal. Sinon…
Histoire de se faire comprendre, elle souleva la laisse, l’air menaçant.
Sous le bâillon, les lèvres de la sul’dam s’étirèrent, et ses épaules tremblèrent de plus en plus fort. D’abord perplexe, Nynaeve comprit que la prisonnière se tordait de rire.
Elle faillit abandonner, mais une pensée lui traversa l’esprit. Les sensations qui avaient envahi sa tête semblaient être la somme de tout ce que la sul’dam éprouvait au niveau physique. Curieuse de voir ce qui se passerait, elle tenta de les amplifier.
Les yeux exorbités, la prisonnière poussa un cri que le bâillon ne parvint pas à étouffer entièrement. Écartant les doigts dans son dos comme si elle voulait se protéger de quelque chose, elle se tortilla sur la paille en un vain effort pour fuir ce qui la torturait.
Elle-même secouée, Nynaeve poussa un petit cri et se débarrassa des sensations supplémentaires qu’elle avait ajoutées à celles de la sul’dam – qui devint toute molle et éclata en sanglots.
— Que lui as-tu fait ? demanda Elayne.
Bouche bée, Min ne parvenait pas à détourner le regard de la prisonnière.
— Ce que t’a fait Sheriam quand tu as jeté une tasse à la figure de Marith.
Par la Lumière ! cet artefact est répugnant !
— Vraiment ? s’étrangla la Fille-Héritière.
— Mais un a’dam ne devrait pas fonctionner comme ça…, dit Min. Les sul’dam affirment qu’il n’aurait d’effet sur aucune femme incapable de canaliser le Pouvoir.
— Je me fiche des détails, répondit Nynaeve, tant que ça va dans mon sens… (Elle saisit la laisse métallique à l’endroit où elle s’accrochait au collier et souleva assez la prisonnière pour pouvoir la regarder dans les yeux.) Je vois que tu es morte de peur, alors écoute-moi bien, si tu tiens à ta peau. Je veux des réponses et, si je ne les obtiens pas, je t’écorcherai vivante.
Les yeux écarquillés, la sul’dam céda visiblement à la panique. Révulsée, Nynaeve comprit qu’elle avait pris sa menace au pied de la lettre.
Si elle pense que j’ai vraiment cette intention, c’est parce qu’elle sait que c’est faisable. Ces laisses sont des instruments de torture…
L’ancienne Sage-Dame dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas retirer le bracelet de son poignet et l’envoyer au loin.
— Alors, tu es prête à parler ? demanda-t-elle sèchement. Ou veux-tu une démonstration de mes talents d’accoucheuse ?
La sul’dam secoua frénétiquement la tête… Et, quand Nynaeve lui eut retiré son bâillon, elle prit à peine le temps de déglutir avant de débiter un discours frénétique :
— Je ne vous dénoncerai pas… C’est juré ! Enlevez-moi cette horreur du cou, par pitié ! J’ai pas mal de pièces d’or sur moi. Prenez-les. Je n’en parlerai jamais à personne…
— Tais-toi ! cria Nynaeve. (La prisonnière obéit en un clin d’œil.) Bien, j’aime mieux ça… Comment t’appelles-tu ?
— Seta… S’il vous plaît, le collier… Si quelqu’un le voit sur moi…
La sul’dam baissa les yeux sur la laisse, puis les ferma comme si elle ne supportait pas de voir ça.
Nynaeve comprit alors qu’elle ne parviendrait jamais à convaincre Elayne de porter l’a’dam.
— Bon, si on en finissait ? demanda justement la Fille-Héritière, désormais en sous-vêtements. Sinon, Egwene aura le temps de mourir de vieillesse… La robe de la sul’dam te va, Nynaeve, et Min ne peut pas jouer le rôle de la damane. Donc, il ne reste plus que moi.
— Remets tes vêtements, mon amie… Quelqu’un d’autre va jouer le rôle de l’Enchaînée…
Nynaeve tira sur la laisse, arrachant un petit cri à Seta.
— Non ! Non ! Par pitié, si on me voit…
— Silence ! cria l’ancienne Sage-Dame. À mes yeux, tu es pire qu’un criminel et encore plus méprisable qu’un Suppôt des Ténèbres. Je ne puis imaginer quelqu’un de plus indigne que toi… Porter ce bracelet et te ressembler, même pendant une heure, me donne la nausée. Donc, si tu crois que je ferai montre de clémence, détrompe-toi. Tu ne veux pas qu’on te voie ? Eh bien, nous désirons aussi passer inaperçues. Mais qui regarde de près une damane ? Tant que tu garderas la tête basse, comme toutes ces pauvres femmes, aucune de tes collègues ne te reconnaîtra. Mais je te conseille de faire tout ce qui te sera possible pour qu’on ne nous remarque pas non plus. Parce que, si on nous démasque, on verra aussi à quel point tu es tombée bas. Et si ça ne te suffit pas, comme menace, je jure de te faire regretter le jour où ton père a embrassé ta mère pour la première fois.
— Compris…, gémit Seta. J’obéirai…
Nynaeve dut retirer provisoirement le bracelet de son poignet afin qu’Elayne et Min puissent glisser la robe grise de damane le long de la laisse puis la faire enfiler à la prisonnière. Trop ample sur la poitrine et trop serrée sur les hanches, la robe n’allait pas vraiment à Seta, qui avait l’air de l’avoir empruntée à une amie. Restait à espérer que les gens aient pour de bon tendance à ne pas regarder les damane.