La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Puisque vous savez ce qu’elle représente…, dit Nynaeve avec un calme que Min lui envia.
Elle se dégagea et remit la lanière autour de son cou.
— Pour le savoir, je le sais… Et, dans ce cas, nous avons peut-être une chance de… Quatre passagères, dites-vous ? Mon amie ici présente, qui aime tant m’écouter parler, fera partie du lot, je suppose ? Vous serez là, bien sûr, et… (Domon désigna Elayne.) Cette enfant n’est sûrement pas… hum… quelqu’un comme vous ?
La Fille-Héritière se redressa, piquée au vif, mais Nynaeve lui posa sur le bras une main apaisante.
— Elle voyage avec moi, capitaine… Vous seriez étonné de savoir de quoi nous étions capables avant même d’avoir droit à la bague. Quand vous lèverez l’ancre, il y aura avec vous trois femmes aptes à combattre les damane, si besoin est.
— Trois… Alors, oui, c’est jouable… (Domon se détendit un peu, mais ça ne dura pas bien longtemps.) Je devrais vous emmener sur le Poudrin et appareiller sans tarder… Mais que la bonne Fortune m’emporte si je ne vous expose pas d’abord ce que vous risquez en restant ici – et peut-être même en partant avec moi. Ouvrez les oreilles et n’en perdez pas une miette.
Domon regarda une nouvelle fois autour de lui, puis il baissa encore la voix et se jeta à l’eau :
— J’ai vu une… une femme qui avait une bague comme la vôtre se faire capturer par les Seanchaniens. C’était un joli petit bout de femme, avec à ses côtés un Champ… hum… un gaillard sacrément costaud qui semblait savoir se servir d’une épée. Un des deux avait dû se montrer négligent, pour que les Seanchaniens aient pu leur tendre une embuscade. Avant de succomber, le guerrier a bien embroché six ou sept types… Quant à la femme… Six damane sont sorties de nulle part et l’ont encerclée. J’ai cru qu’elle allait se défendre… Enfin, vous voyez ce que je veux dire ? Bon, je n’y connais pas grand-chose mais, au début, elle semblait pouvoir écrabouiller ses adversaires. Puis elle a eu l’air horrifiée, et elle a crié à s’en casser les cordes vocales.
— Les autres l’ont coupée de la Source Authentique, dit Elayne, très pâle.
— Sans doute, oui, fit Nynaeve, inébranlable, mais nous ne nous laisserons pas faire la même chose.
— Je veux bien le croire, mais, moi, ce souvenir me hantera tant que je vivrai. « Ryma, aide-moi ! », voilà ce que la pauvre femme a crié. Une des damane s’est bel et bien écroulée, mais les autres ont mis un collier autour du cou de leur victime, et… Eh bien, je n’en sais pas plus, parce que je me suis enfui. (Domon haussa les épaules, les yeux baissés sur son gobelet de vin.) J’ai assisté à trois scènes de ce genre, et je n’en peux plus. Pour filer d’ici, j’abandonnerais jusqu’à ma vieille grand-mère sur les quais, mais il fallait bien que je vous prévienne…
— Egwene m’a parlé de deux prisonnières…, dit Min. Ryma, une sœur jaune, et une autre dont elle ne sait rien de précis.
Nynaeve foudroya la jeune femme du regard, la réduisant au silence. À voir la réaction de Domon, qui s’était rembruni, apprendre que deux Aes Sedai s’étaient fait capturer, et non une seule, ne faisait rien pour raffermir sa détermination.
Pourtant, après avoir bu une longue gorgée de vin, il regarda de nouveau Nynaeve.
— C’est pour les libérer que vous êtes ici ? Ces deux-là plus vous, c’est ça les trois dont vous parliez ?
— Vous en savez déjà trop pour votre propre bien, répondit sèchement Nynaeve. Soyez prêt à lever l’ancre à n’importe quel moment dans les trois jours qui viennent. Jouerez-vous le jeu ? Ou préférez-vous attendre que Turak décide de vous faire couper la tête ? Il y a d’autres bateaux, capitaine, et je suis bien décidée à avoir traité avec l’un d’entre eux aujourd’hui.
Min croisa les doigts sous la table et retint son souffle.
— Marché conclu…, souffla enfin Domon.
Lorsque les trois femmes furent sorties, Min s’inquiéta de voir Nynaeve chanceler et s’appuyer à la façade de l’auberge dès que la porte se fut refermée.
— Tu es malade ? s’enquit-elle.
L’ancienne Sage-Dame inspira à fond, se redressa et tira sur les plis de sa cape.
— Avec certaines personnes, dit-elle, il faut y aller à l’esbroufe… Une ombre d’indécision, et tout est fichu ! Par la Lumière ! j’avais si peur qu’il refuse ! Bien, à présent, nous avons un plan à mettre au point… Il reste quelques petits problèmes à régler.
— Elayne, demanda Min, j’espère que tu n’as rien contre le poisson ?
Quelques petits problèmes ? J’espère qu’elle ne nous fait pas le coup de l’esbroufe…
44
Cinq chevauchent en avant
Se grattant distraitement sous une cape bien trop courte, ornée de broderies sur la poitrine et constellée de trous même pas reprisés, Perrin regardait d’un air méfiant les villageois qui se congratulaient. Malgré son étrange tenue et la hache glissée à sa ceinture, aucun ne lui accorda plus d’une seconde d’attention.
Hurin portait sous sa cape une veste décorée sur le devant de spirales bleues et Mat était affublé d’un pantalon bouffant dont les ourlets dépassaient du haut de ses bottes, où il avait pourtant bataillé pour les faire entrer. En matière de déguisement, c’était tout ce que les trois hommes avaient déniché dans le village abandonné.
Perrin se demanda si ce bourg-là connaîtrait le même sort. C’était probable, puisque la moitié des maisons étaient déjà vides. Devant l’auberge, au bout de la rue, plusieurs familles attendaient autour de trois grandes charrettes lestées au maximum, leur cargaison protégée par de la toile goudronnée.
Alors qu’il regardait les futurs exilés faire leurs adieux à leurs amis et parents qui avaient décidé de rester – au moins provisoirement –, Perrin comprit que tous ces gens évitaient sciemment de tourner la tête vers ses compagnons et lui, comme s’ils avaient appris à se défier des étrangers, y compris lorsqu’ils n’étaient pas seanchaniens. De fait, les étrangers pouvaient être dangereux par les temps qui couraient. Sur la pointe de Toman, tous les villageois avaient fait montre de la même indifférence calculée. Jusqu’à l’arrivée des Seanchaniens, ces gens avaient vécu en paix, chaque agglomération se mêlant de ses affaires sans fourrer son nez dans celles des autres. Mais ces temps paisibles étaient révolus…
— On devrait repartir avant qu’ils se décident à nous poser des questions, proposa Mat.
Hurin ne leva pas les yeux du grand cercle noirci qui s’étendait au milieu de la place du village telle une cicatrice sur l’étendue d’herbe déjà brunie. Visiblement, personne n’avait rien fait pour effacer du sol ce stigmate géant.
— Ça remonte à six mois, peut-être sept ou huit, et ça pue encore…, murmura le renifleur. Tous les membres du Conseil et leur famille… Pourquoi les Seanchaniens ont-ils fait une chose pareille ?
— Qui peut deviner leurs motivations ? répliqua Mat. Pour tuer des gens, ils semblent ne pas avoir besoin de raisons…
— Hurin, tu es sûr au sujet de Fain ? demanda Perrin, qui évitait de regarder la zone carbonisée. Hurin ?
Depuis leur arrivée, le renifleur semblait en état de choc. Et, contrairement à Perrin, il ne parvenait pas à détourner le regard du sinistre site.
— Pardon ? Hein ? Fain… Oui, oui… (Hurin huma l’air et plissa le nez.) C’est bien sa puanteur. À côté, la piste d’un Myrddraal sent la rose. Il est passé par là, mais je crois qu’il était seul. Sans Trollocs, à coup sûr. Et, s’il avait des Suppôts avec lui, ils n’étaient pas très nombreux…