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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Ysole était brune. Ses splendides cheveux noirs auxquels la lumière arrachait un reflet fauve, s’ondulaient naturellement sur un front plutôt bas, mais modelé selon d’adorables lignes. Ses yeux, long fendus, noirs et rendus plus noirs encore par l’ombre de ses sourcils veloutés, avaient une exquise douceur, quand elle voulait. Quand elle voulait, leur regard fascinait ou domptait.

Son nez droit, à la moindre émotion, relevait en frémissant ses ailes fières; sa bouche était un sourire enchanté ou un impérieux commandement.

Elle était grande. Rien ne peut dire les délicieuses mollesses de sa ceinture. Chacun de ses mouvements appelait et charmait.

Et certes, il y avait quelque chose de pénible à voir la victorieuse et vivante perfection de ce chef-d’œuvre auprès de cette autre enfant, belle aussi, mais vaincue, mais frappée, et qui s’en allait mourant, comme une pauvre fleur que le baiser de la larve a touchée.

C’était un contraste insolent, d’autant plus que le triomphe de l’une rabaissait davantage la détresse de l’autre.

Aux derniers mots d’Ysole: Ce soir, nous allons embrasser notre père, les joues de Suavita étaient devenues plus pâles; mais tout son sang remonta bien vite, et un souriant éclair s’alluma dans ses grands yeux.

– Mon père! dit-elle, mon bien-aimé père!

– Si tu savais comme tu es gentille ainsi, amour! s’écria Ysole dans un sincère élan de tendresse. Oh! que je te voudrais guérie, afin que notre père fût heureux!

– Tu es bonne, murmura l’enfant; il n’y a rien sur la terre de si bon que toi.

Ysole était peut-être bonne, en effet, mais il y avait en elle, à ce moment, une joie profonde qui la faisait meilleure. Et cette joie ne se rapportait pas tout entière à la délivrance de son père.

Elle s’assit auprès du lit de repos, bien près, et prit les mains de sa petite sœur entre les siennes.

– J’ai besoin de causer, dit-elle, je suis heureuse!

– Et moi donc! s’écria Suavita. Il me semble que je n’ai plus mal. Mon Dieu! tu as raison, Ysole, tu es heureuse! C’est toi qui as tout préparé pour le salut de notre père. Oh! je ne suis pas jalouse de toi, ma sœur, mais ce doit être si bon de travailler pour ceux qu’on aime!

– Pour ceux qu’on aime! répéta Ysole dont les grands yeux rêvaient.

– Dis-moi ce que tu as fait, reprit Suavita. C’est à peine si jusqu’ici tu m’as glissé quelques paroles en passant. N’est-il pas temps de me mettre au fait?

– C’est vrai; tu as le droit de tout savoir; et désormais rien ne peut plus nous faire obstacle. J’ai bien travaillé depuis quelques semaines, mais j’ai été si bien aidée. Écoute… tu ne comprendras peut-être pas tout, ma pauvre petite sœur, car ce sont des choses au-dessus de ton âge. Il y a des gens puissants qui s’intéressent à nous. Sais-tu ce que c’est que conspirer, Suavita?

– Oui, répondit l’enfant, j’ai vu des conspirations dans l’histoire romaine.

– Catilina! s’écria Ysole, un jeune homme vaillant et brave qui joue avec des milliers d’existences! Oui, c’est bien cela… Et c’est magnifique, n’est-ce pas?

– Dans les conspirations, dit Suavita, je crois qu’on court danger de perdre la vie.

– Certes! toujours! c’est le grand et terrible enjeu de ces parties. Eh bien! notre père conspirait, et le prince conspire.

– Quel prince? demanda l’enfant.

Au lieu de répondre, Ysole mit ses lèvres sur le front de la petite malade et murmura d’une voix que l’émotion faisait trembler:

– Serais-tu bien contente, si ta sœur devenait princesse?

La fillette ouvrit de grands yeux étonnés.

– Si tu étais bien contente d’être princesse… commença-t-elle.

Ysole l’interrompit par une caresse nouvelle et reprit en riant:

– Quand je cause avec toi, je deviens aussi enfant que toi. Ce n’est pas là ce que tu voulais savoir. Notre père fut donc mis en prison pour avoir conspiré, et l’État lui prit ses biens. Il a beaucoup d’amis dans le gouvernement, qui pensent que sa condamnation fut injuste. J’ai vu une lettre de lui qui disait: «Si j’étais en liberté, à l’étranger, je serais bien assez riche encore des fonds que j’ai placés en Angleterre et en Allemagne; les débats de mon affaire ont laissé une impression de doute dans tous les esprits: il ne se passerait pas un an sans que j’obtinsse amnistie.»

– Cela veut dire qu’il aurait sa grâce? demanda Suavita.

Ysole releva sa belle tête mutine.

– Ceux qui conspirent, dit-elle avec fierté, ne prononcent jamais ce mot-là.

– Alors, insista l’enfant, quand on leur fait grâce, ils refusent?

Ysole rougit, puis sourit.

– Tu es trop jeune, dit-elle, pour comprendre ces choses…

«Mais songe donc, interrompit-elle, précipitamment, à ce que je serais devenue, si j’avais été toute seule! Notre cousine de Clare a été charmante, oh! charmante. Tu l’aimeras, quand tu la connaîtras mieux. Elle m’a dit une fois: «Ma fille, vous avez un grand devoir à remplir; vous êtes bien jeune, mais Dieu vous a donné la force d’âme et l’intelligence. Moi, j’ai les mains liées par mon mari à qui je dois obéissance…»

– Il a l’air de souffrir et ne commande jamais, dit Suavita.

– Qui? Le comte de Clare? le Breton Joulou du Bréhut! un sauvage du Morbihan! un homme terrible quand on lui résiste! Ah! pauvre amour, tu ne connais pas les maris! Notre cousine pleure bien souvent… Mais voilà tes jolis yeux qui battent, tu as sommeil.

– Je ne veux pas dormir! s’écria la fillette, je veux attendre notre père!

– C’est que tu attendras longtemps, et le docteur défend bien qu’on te fatigue. Sais-tu, quand notre père viendra, je te promets de t’éveiller.

Suavita secoua sa blonde tête.

– Quelle pauvre créature je suis! murmura-t-elle. Mes yeux sont las, ma tête est lourde, et cependant je ne pourrais dormir, si je ne prenais la potion qui m’assoupit tous les soirs.

Ysole glissa un regard vers la pendule; le jour allait baissant.

– Veux-tu prendre ta morphine? demanda-t-elle.

– Pas encore… tu ne m’as rien dit. Raconte, je t’en prie.

Ysole désormais semblait préoccupée.

– Où en étais-je? reprit-elle d’un ton distrait et déjà fatigué. Ah! j’allais te dire que notre bonne cousine de Clare, ne pouvant rien par elle-même à cause de son mari, fit venir le prince. Il y a des secrets qu’on ne peut révéler même à sa chère petite sœur. Le nom du prince dont je parle est un secret de cette sorte. Mais je peux bien te dire que c’est un prince comme il y en a peu, un prince de sang royal…

– Un fils du roi! interrompit Suavita, dont la curiosité enfantine s’éveillait.

– Le fils d’un roi! rectifia Ysole avec une singulière emphase.

Puis, s’animant malgré elle et cédant au courant d’une mystérieuse émotion, elle poursuivit d’une voix altérée:

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