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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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XVI

Ainsi de la vertu. Mes g�n�raux, dans leur solide stupidit�, me venaient parler de la vertu:

�Voil�, me disaient-ils, que leurs m�urs se corrompent. Et c'est pourquoi l'empire se d�compose. Il importe de durcir les lois et d'inventer des sanctions plus cruelles. Et de trancher les t�tes de ceux-l� qui auront failli.�

Moi, je songeais:

�Il importe peut-�tre en effet de trancher des t�tes. Mais la vertu est d'abord cons�quence. La pourriture de mes hommes est avant tout pourriture de l'empire qui fonde les hommes. Car s'il �tait vivant et sain il exalterait leur noblesse.�

Et je me souvenais des paroles de mon p�re: �La vertu c'est la perfection dans l'�tat d'homme et non l'absence de d�fauts. Si je veux b�tir une cit� je prends la p�gre et la racaille et je l'ennoblis par le pouvoir. Je lui offre d'autres ivresses que l'ivresse m�diocre de la rapine, de l'usure ou du viol. Les voil�, de leurs bras noueux, qui b�tissent. Leur orgueil devient tour et temple et rempart. Leur cruaut� devient grandeur et rigueur dans la discipline. Et voil� qu'ils servent une ville n�e d'eux-m�mes et contre laquelle ils se sont �chang�s dans leur c�ur. Et ils mourront, pour la sauver, sur ses remparts. Et tu ne d�couvriras plus chez eux que vertus les plus �clatantes.

�Mais toi qui fais le d�go�t� devant la puissance de la terre, devant la grossi�ret� de l'humus et de sa pourriture et de ses vers, tu demandes d'abord � l'homme de n'�tre pas et de ne point montrer d'odeur. Tu bl�mes en eux l'expression de leur force. Et tu installes des �mascul�s � la t�te de ton empire. Et ils pourchassent le vice qui n'est que puissance sans emploi. C'est la puissance et la vie qu'ils pourchassent. Et � leur tour ils deviennent gardiens de mus�e et veillent un empire mort.�

�Le c�dre, disait mon p�re, se nourrit de la boue du sol, mais la change en �pais feuillage qui se nourrit, lui, de soleil.

�Le c�dre, disait encore parfois mon p�re, c'est la perfection de la boue. C'est la boue devenue vertu. Si tu veux sauver ton empire cr�e-lui sa ferveur. Il drainera les mouvements des hommes. Et les m�mes actes, les m�mes mouvements, les m�mes aspirations, les m�mes efforts, b�tiront ta cit� au lieu de la d�truire.

�Et maintenant je te le dis:

�Ta cit� mourra d'�tre achev�e. Car ils vivaient non de ce qu'ils recevaient mais de ce qu'ils donnaient. Pour se disputer les provisions faites ils redeviendront loups dans leurs tani�res. Et si ta cruaut� parvient � les r�duire ils deviendront au lieu b�tail dans l'�table. Car une cit� ne s'ach�ve point. Je dis qu'est achev�e mon �uvre simplement quand manque ma ferveur. Ils meurent alors parce qu'ils sont d�j� morts. Mais la perfection n'est point un but que l'on atteigne. C'est l'�change en Dieu. Et je n'ai jamais achev� ma ville��

C'est pourquoi je doutais qu'il suff�t de trancher des t�tes. Car si, �videmment, celui-l� s'est g�t�, il importe de le trancher de peur qu'il ne corrompe les autres, comme on jette le fruit blet hors du cellier ou hors de l'�table l'animal malade. Mais mieux vaut changer de cellier ou d'�table car ce sont eux d'abord les responsables.

Pourquoi ch�tier celui que l'on peut convertir? C'est pourquoi j'adressai � Dieu cette pri�re: �Seigneur, pr�tez-moi une coupure de votre manteau pour y abriter tous les hommes avec leurs bagages de grands souhaits. Je suis las d'�trangler, de peur qu'ils ne ruinent mon �uvre, ceux que je ne sais point couvrir. Sachant qu'ils menacent les autres et les discutables bienfaits de ma v�rit� provisoire, mais les sachant nobles aussi et porteurs aussi de v�rit�.�

XVII

C'est pourquoi j'ai toujours m�pris� comme vain le vent des paroles. Et je me suis d�fi� des artifices du langage. Et quand mes g�n�raux, dans leur solide stupidit�, me venaient dire: �Le peuple se r�volte, nous te proposons d'�tre habile�� je renvoyais mes g�n�raux. Car l'habilet� n'est qu'un vain mot. Et il n'est point de d�tour possible dans la cr�ation. On fonde ce que l'on fait et rien de plus. Et si tu pr�tends, poursuivant un but, tendre vers un autre, et qui diff�re du premier, celui-l� seul qui est dupe des mots te croira habile. Car ce que tu fondes, en fin de compte, c'est ce vers quoi tu vas d'abord et rien de plus. Tu fondes ce dont tu t'occupes et rien de plus. M�me si tu t'en occupes pour lutter contre. Je fonde mon ennemi si je lui fais la guerre. Je le forge et je le durcis. Et si je pr�tends vainement au nom des libert�s futures renforcer ma contrainte, c'est la contrainte que je fonde. Car on ne biaise point avec la vie. On ne trompe point l'arbre: on le fait pousser comme on le dirige. Le reste n'est que vent de paroles. Et si je pr�tends sacrifier ma g�n�ration pour le bonheur des g�n�rations futures ce sont les hommes que je sacrifie. Non ceux-ci ou d'autres mais tous. Je les enferme tous tout simplement dans le malheur. Le reste n'est que vent de paroles. Et si je fais la guerre pour obtenir la paix, je fonde la guerre. La paix n'est point un �tat que l'on atteigne � travers la guerre. Si je crois � la paix conquise par les armes et si je d�sarme, je meurs. Car la paix, je ne puis l'�tablir que si je fonde la paix. C'est-�-dire si je re�ois ou j'absorbe et si chaque homme trouve dans mon empire l'expression de ses souhaits particuliers. Car l'image peut �tre la m�me que chacun aime � sa fa�on. Seul un langage insuffisant oppose les hommes les uns aux autres, car ce qu'ils souhaitent ne varie point. Je n'ai jamais rencontr� celui-l� qui souhait�t ou le d�sordre, ou la bassesse, ou la ruine. L'image qui les tourmente et qu'ils aimeraient fonder se ressemble d'un bout � l'autre de l'univers, mais les voies par lesquelles ils cherchent � l'atteindre diff�rent. Celui-l� croit que la libert� permettra � l'homme de s'�panouir, l'autre que la contrainte le b�tira grand, et tous deux souhaitent sa grandeur. Celui-l� croit que la charit� les unira, l'autre m�prise la bont� qui n'est que respect de l'ulc�re et il oblige l'homme de b�tir une tour en quoi ils se fondent l'un dans l'autre. Et tous deux travaillent pour l'amour. Celui-l� croit que la prosp�rit� domine tous les probl�mes car l'homme d�livr� de ses charges trouve le temps de cultiver son c�ur, son �me et son intelligence. Mais l'autre estime que la qualit� de leurs c�urs, de leurs intelligences et de leurs �mes n'est point li�e aux aliments qu'on leur fournit ni aux facilit�s qu'on leur accorde mais aux dons qu'on sollicite d'eux. Il croit que seuls sont beaux les temples n�s des exigences de Dieu, et remis en ran�on. Mais tous deux souhaitaient d'embellir l'�me, l'intelligence et le c�ur. Et tous deux ont raison, car qui peut grandir dans l'esclavage, la cruaut� et l'abrutissement d'un lourd travail? Mais qui peut grandir dans la licence, le respect de la pourriture et l'�uvre vaine qui n'est plus que passe-temps d'oisifs?

Les voil� qui prennent les armes � cause de mots inefficaces, au nom du m�me amour. Et c'est la guerre, qui est recherche et lutte et mouvement incoh�rent dans l'imp�rieuse direction, comme de l'arbre de mon po�te qui, n� aveugle, cogna les murs de sa prison jusqu'� crever une lucarne pour jaillir droit vers le soleil, enfin rectiligne et glorieux.

La paix je ne l'impose point. Je fonde mon ennemi et sa rancune si je me borne � le soumettre. Il n'est grand que de convertir et convertir c'est recevoir. C'est offrir � chacun, pour qu'il s'y sente � l'aise, un v�tement � sa mesure. Et le m�me v�tement pour tous. Car toute contradiction n'est qu'absence de g�nie.

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