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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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C'est pourquoi je r�p�te ma pri�re:

�Seigneur, �clairez-moi. Faites-moi grandir en sagesse afin que je r�concilie non par abandon, exig� des uns et des autres, de quelque souhait de leur ferveur. Mais par visage nouveau qui leur appara�trait le m�me. Ainsi du navire, Seigneur! Ceux-l� qui, sans comprendre, tirent les cordages de b�bord luttent contre ceux qui tirent � tribord. Ils se ha�raient dans l'ignorance. Mais s'ils savent, ils collaborent et tous deux servent le vent.�

La paix est arbre long � grandir. Il nous faut de m�me que le c�dre, aspirer encore beaucoup de rocaille pour lui fonder son unit�

B�tir la paix c'est b�tir l'�table assez grande pour que le troupeau entier s'y endorme. C'est b�tir le palais assez vaste pour que tous les hommes s'y puissent rejoindre sans rien abandonner de leurs bagages. Il ne s'agit point de les amputer pour les y faire tenir. B�tir la paix c'est obtenir de Dieu qu'il pr�te son manteau de berger pour recevoir les hommes dans toute l'�tendue de leurs d�sirs. Ainsi de la m�re qui aime ses fils. Et celui-l� timide et tendre. Et l'autre ardent � vivre. Et l'autre peut-�tre bossu, ch�tif et malvenu. Mais tous, dans leur diversit�, �meuvent son c�ur. Et tous, dans la diversit� de leur amour, servent sa gloire.

Mais la paix est arbre long � b�tir. Il faut plus de lumi�re que je n'en ai. Et rien n'est encore �vident. Et je choisis et je refuse. Il serait trop facile de faire la paix s'ils �taient d�j� semblables.

Ainsi �choua l'habilet� de mes g�n�raux car, dans leur solide stupidit�, ils me vinrent pour me tenir des raisonnements. Et je me souvenais des paroles de mon p�re: �L'art du raisonnement qui permet � l'homme de se tromper��

�Si nos hommes d�laissent les charges de l'empire, c'est qu'ils s'amollissent. Nous leur m�nagerons donc des embuscades et ils se durciront et l'empire sera sauv�.�

Ainsi parlent les professeurs qui Vont de cons�quence en cons�quence. Mais la vie est. Comme est l'arbre. Et la tige n'est pas le moyen qu'a trouv� le germe pour devenir branche. Tige, germe et branche ne sont qu'un m�me �panouissement.

Je les corrigeai donc: �Si nos hommes s'amollissent, c'est que l'empire en eux est mort qui alimentait leur vitalit�. Ainsi du c�dre quand il a us� son don de vivre. Il ne change plus la rocaille en c�dre. Et il commence de se disperser dans le d�sert. Il importe donc pour les animer de les convertir�� Toutefois, dans mon indulgence, les g�n�raux ne pouvant me comprendre, je les laissais jouer leur jeu et ils exp�di�rent des hommes se faire tuer autour d'un puits que nul ne convoitait car il �tait sec, mais o�, par hasard, campait l'ennemi.

Et certes, est belle la fusillade autour du puits, cette danse autour de la fleur, car celui qui obtient le puits �pouse la terre et retrouve le go�t des victoires. Et l'ennemi tourne par le revers d'un grand mouvement de corbeaux, quand ta marche les a fait lever, et qu'ils commencent leur orbe, pour se poser l� o� ils n'auront plus � te craindre. Alors le sable qui les a bus en arri�re de toi se charge de poudre. Et tu joues la vie et la mort dans ta virilit�. Et tu danses autour d'un centre et tu t'�loignes et tu t'approches de quelque chose.

Et s'il n'est l� qu'un puits tari le jeu n'est plus le m�me. Aussi tu sais qu'il est inutile ce puits et vide de sens comme les d�s du jeu quand tu n'engages point sur eux ta fortune. Mes g�n�raux ayant vu les hommes jouer aux d�s et s'assassiner pour une fraude, ont cru aux d�s. Et ils ont jou� du puits comme d'un d� vide. Mais personne n'assassine pour une fraude sur un d� vide.

Mes g�n�raux n'ont jamais tr�s bien compris l'amour.

Car ils voient l'amoureux exalt� par l'aube qui lui rapporte en le r�veillant son amour. Et ils voient le guerrier exalt� par l'aube qui lui rapporte en le r�veillant sa victoire en marche. Celle qui d�j� s'�tire en lui et le fait rire. Et ils croient que l'aube est puissante et non l'amour.

Mais moi je dis qu'il n'est rien � faire sans l'amour. Car le d� t'ennuie qui n'est point charg� d'un sens souhaitable. Et l'aube t'ennuie si simplement elle te fait rentrer dans ta mis�re. Et la mort pour le puits inutile t'ennuie.

Certes, plus est rude le travail o� tu te consumes au nom de l'amour, plus il t'exalte. Plus tu donnes, plus tu grandis. Mais il faut quelqu'un pour recevoir. Et ce n'est point donner que de perdre.

Mes g�n�raux, ayant vu donner avec joie, n'en avaient pas tout simplement d�duit qu'il �tait quelqu'un pour recevoir. Et ils ne comprenaient pas qu'il ne suffit pas pour exalter l'homme de le d�pouiller.

Mais ce bless� je le surpris dans son amertume. Et il me dit:

�Je vais mourir, Seigneur. Et j'ai donn� mon sang. Et je ne re�ois rien en �change. L'ennemi que j'ai �tendu d'une balle au ventre avant qu'un autre ne le venge�t, je l'ai observ� quand il mourait. Il me sembla qu'il s'accomplissait dans la mort, tout entier donn� � ses croyances. Et sa mort fut payante. Quant � moi, pour avoir respect� la consigne qui �tait de mon caporal et non de quelqu'un d'autre dont l'enrichissement l'e�t pay�, je meurs avec dignit� mais ennui.�

Quant aux autres, ils s'�taient enfuis.

XVIII

Et c'est pourquoi ce soir-l�, du haut du roc noir que je gravis, je consid�rai les taches noires de mon campement dans l'�tendue, toujours form� selon la figur� triangulaire, toujours orn� de sentinelles aux trois sommets, toujours dot� de fusils et de poudre, et cependant pr�s d'�tre souffl� et dispers� et r�pandu comme l'arbre mort, et je pardonnai aux hommes.

Car je compris. La chenille meurt quand elle forme sa chrysalide. La plante meurt quand elle monte en graine. Quiconque mue conna�t la tristesse et l'angoisse. Tout en lui se fait inutile. Quiconque mue n'est que cimeti�re et regrets. Et cette foule attendait la mue, ayant us� le vieil empire que nul ne saurait rajeunir. On ne gu�rit ni la chenille ni la plante, ni l'enfant qui mue et r�clame pour se retrouver bienheureux de rentrer dans l'enfance et de voir rendues leurs couleurs aux jeux qui l'ennuient et leur douceur aux bras maternels, et le go�t du lait � mais il n'est plus de couleur des jeux, ni de refuge dans les bras maternels ni de go�t du lait � et il va, triste. Ayant us� le vieil empire, les hommes, sans le conna�tre, r�clamaient l'empire nouveau. L'enfant qui a mu� et perdu l'usage de la m�re ne conna�tra point de repos qu'il n'ait trouv� la femme. Seule, de nouveau, elle l'assemblera. Mais qui peut montrer leur empire aux hommes? Qui peut, dans le disparate du monde, par la seule vertu de son g�nie, tailler un visage nouveau et les forcer de tourner les yeux en sa direction et de le conna�tre? Et le connaissant, de l'aimer? Ce n'est point �uvre de logicien mais de cr�ateur et de sculpteur. Car celui-l� seul forge dans le marbre qui n'a point � se justifier et imprime dans le marbre le pouvoir d'�veiller l'amour.

XIX

J'ai donc fait venir les architectes et leur ai dit: �C'est vous dont d�pend la cit� future, non dans sa signification spirituelle, mais dans le visage qu'elle montrera et qui fera son expression. Et je pense bien avec vous qu'il s'agit d'installer heureusement les hommes. Afin qu'ils disposent des commodit�s de la ville et ne perdent point leurs efforts en vaines complications et en d�penses st�riles. Mais j'ai toujours appris � distinguer l'important de l'urgent. Car il est urgent, certes, que l'homme mange, car s'il n'est pas nourri il n'est point d'homme et il ne se pose plus de probl�me. Mais l'amour et le sens de la vie et le go�t de Dieu sont plus importants. Et je ne m'int�resse point � une esp�ce qui engraisse. La question que je me pose n'est point de savoir si l'homme, oui ou non, sera heureux, prosp�re et commod�ment abrit�. Je me demande d'abord quel homme sera prosp�re, abrit� et heureux. Car, � mes boutiquiers enrichis que gonfle la s�curit� je pr�f�re le nomade qui s'enfuit �ternellement et poursuit le vent, car il embellit de jour en jour de servir un seigneur si vaste. Si contraint de choisir j'apprenais que Dieu refuse au premier Sa grandeur et ne l'accorde qu'au second, je plongerais mon peuple dans le d�sert. Car j'aime que l'homme donne sa lumi�re. Et peu m'importe le cierge gras. A sa seule flamme je mesure sa qualit�.

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