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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— C’était délicieux, dit-elle.

C’est alors que son regard croisa celui de Muller pour la première fois depuis son retour.

— Dick, qu’as-tu ? Tu as l’air égaré… absent. Tu te sens bien ?

— Très bien.

— Que s’est-il passé ?

— M. Boardman m’a fait une proposition.

— Vous pouvez lui donner tous les détails, Dick. Nous ne cherchons pas à les garder secrets. Bientôt, nous allons lancer l’information partout dans la galaxie.

Muller parla à voix douce :

— On va envoyer du monde sur Bêta Hydri IV. Un seul homme. Moi. Au fait, quel procédé utiliserons-nous, Charles ? Un vaisseau restera sur une orbite d’attente et je descends dans une capsule de débarquement équipée pour le retour ?

— Oui. Nous…

Marta l’interrompit :

— C’est fou, Dick ! Ne le fais pas ! Tu le regretterais toute ta vie.

— Si les choses ne marchent pas bien, ce sera une mort rapide. J’ai déjà pris de plus grands risques, Marta.

— Non. Écoute-moi, Dick. Je suis intuitive. Parfois même j’ai des prémonitions. (Elle rit nerveusement, oubliant d’un seul coup sa pose élégamment sophistiquée :) Je ne crois pas que tu mourras si tu vas là-bas. Mais je sens que tu ne vivras plus réellement. Refuse. Refuse cette mission, Dick.

— Officiellement, vous n’avez toujours pas accepté ma proposition, fit remarquer Boardman.

— Je sais, dit Muller.

Il se leva. Sa tête touchait presque le plafond de la capsule-restaurant. Il marcha vers Marta et la prit dans ses bras. Il se rappelait cette autre fille, il y avait si longtemps, dans une forêt de Californie, et ce désir inextinguible de puissance qui s’était emparé de lui quand, tournant le dos aux étoiles, il avait écrasé son corps contre la peau douce et chaude, l’obligeant à s’ouvrir. Maintenant il étreignait Marta. Elle le regardait avec horreur. Il embrassa le bout de son nez et le lobe de son oreille gauche, mais elle se dégagea violemment. Comme ivre, elle recula en chancelant dans les bras de Boardman qui l’attrapa et la soutint. Muller le regarda :

— Vous connaissez ma réponse, dit-il.

* * *

Ce même après-midi, un des robots atteignit la zone F. Il leur restait encore une certaine distance à parcourir, mais Muller savait qu’il ne leur faudrait plus longtemps pour atteindre le cœur du labyrinthe.

4.

— Le voici, dit Rawlins. Enfin ! Grâce aux yeux du robot, il voyait enfin l’homme du labyrinthe. Les bras croisés, négligemment appuyé contre un mur, Muller ne semblait pas du tout inquiet de la présence du robot. C’était un grand type, le teint hâlé, avec un menton carré et un nez fort et proéminent.

Rawlins brancha le système d’audition et entendit Muller qui disait :

— Salut, robot. Pourquoi viens-tu m’ennuyer ?

Celui-ci, naturellement, ne répondit pas. Rawlins non plus, quoiqu’il lui eût été possible de passer un message par l’intermédiaire de l’appareil. Il se tenait devant la régie centrale et se collait près du récepteur pour mieux voir l’étrange objet de leur expédition. Ses yeux fatigués cillèrent. Il avait fallu, neuf jours de Lemnos pour qu’un robot atteigne enfin le cœur du labyrinthe. Ils avaient arraché cette réussite au prix d’une centaine d’engins ; chacun progressant d’une vingtaine de mètres après son prédécesseur, gagnant ainsi un peu de terrain pour son suivant et ainsi de suite. Pourtant c’était plutôt positif comme résultat, considérant que les possibilités de choix étaient infinies. Grâce à la chance, à un usage judicieux des moyens de détection retransmis et parfaitement utilisés par l’ordinateur de bord, ils avaient réussi à éviter les pièges les plus évidents et certains parmi les plus subtilement cachés. Maintenant, ils avaient atteint le centre.

Rawlins se sentait exténué. Il avait passé la nuit à diriger la phase critique : la pénétration dans la zone A. Hosteen était parti se coucher le premier, et Boardman l’avait suivi peu de temps après. Quelques membres de l’équipage s’activaient autour des appareils et du vaisseau, mais Rawlins était le seul civil éveillé.

Il se demanda si la découverte de Muller avait été prévue pendant son tour de garde. Certainement pas. Boardman n’aurait pas pris le risque de laisser un novice au poste de commandement à cet instant crucial. Eh bien, tant pis. Il avait réussi à faire gagner quelques mètres au robot, et maintenant il voyait Muller.

Il chercha sur le visage de l’homme certains stigmates de ses tourments intérieurs.

Ce n’était pas évident. Des années de solitude vécues dans ce lieu infernal et ce que lui avaient fait endurer les Hydriens auraient dû se graver dans son âme et sur ses traits. D’après ce qu’il pouvait voir, cela n’apparaissait pas très visiblement.

Le regard portait bien une profonde tristesse et les lèvres serrées formaient un trait dur, mais Rawlins, naïvement romantique, s’était attendu à une expression plus dramatique, une sorte de miroir reflétant une agonie intérieure. À la place, il voyait seulement le visage ridé, indifférent, presque figé, d’un homme fort et solide, ayant atteint l’âge mûr. Les cheveux avaient blanchi, les vêtements s’étaient usés et l’allure semblait fatiguée, mais tout cela n’avait rien d’étonnant après un tel exil de neuf ans. Rawlins avait imaginé un masque horrible, un visage décharné et amer, au regard brûlant de désespoir.

— Que veux-tu ? demanda Muller au robot. Qui t’envoie ? Pourquoi ne repars-tu pas ?

Rawlins n’osait pas répondre, ne sachant quelle carte Boardman désirait abattre quand ils en seraient arrivés à ce point. Il figea le robot et se rendit sous le dôme de Boardman.

Boardman dormait comme chaque nuit sous sa tente de revitalisation. C’était le seul moyen pour rester en forme ; grâce à cela, Boardman ne paraissait pas ses quatre-vingts ans ou plus. Rawlins était très embarrassé d’avoir à déranger le vieil homme pendant son sommeil réparateur. Deux électrodes méningées branchées sur le front de Boardman garantissaient une progression parfaitement correcte des différents degrés de sommeil, éliminant ainsi les traces de fatigue emmagasinée dans la journée. Un système ultrasonique purgeait ses artères des débris et des toxines. L’espèce de collier finement ouvragé servait à régulariser le flux hormonal. Tous ces appareils étaient reliés et commandés par l’ordinateur central. Couché sous sa tente de revitalisation, Boardman ressemblait à une statue de cire. Sa respiration était lente et régulière, sa bouche était détendue et ses joues pendaient, molles et bouffies. Derrière les paupières baissées on pouvait distinguer les globes oculaires se déplaçant rapidement dans leur orbite.

C’était un signe de rêve. N’était-il pas dangereux de le réveiller ainsi dans ce profond sommeil ?

Rawlins ne voulait pas prendre le risque, du moins pas directement. Il s’adressa à l’ordinateur central :

— Faites passer un rêve à Charles Boardman. Dites-lui que nous avons découvert Muller et qu’il doit se réveiller tout de suite. Dites-lui : Charles, Charles, réveillez-vous, nous avons besoin de vous ! Compris ?

— J’accuse réception, répondit le cerveau électronique.

Le message partit vers le vaisseau, fut traduit en impulsions et revint sous le dôme jusqu’à l’esprit de Boardman en passant par les électrodes frontales. Rawlins attendit en regardant le vieil homme couché devant lui.

Boardman remua. Ses mains se contractèrent nerveusement.

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