La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Ne me tentez pas, Andréa. J’ai besoin de vous pour exercer une bonne influence ici. Oh, et n’oubliez pas d’informer les agences de presse concernées.
— Bien sûr. (Andréa hésita avant de poursuivre :) Sénateur, une question à titre non officiel ?
— Oui ?
— Vous n’accordez pas beaucoup de crédit à cette rumeur de supermutant, n’est-ce pas ?
Les sourcils de Jacobsen se levèrent en signe d’étonnement, mais ce moment de relâchement dura une seconde à peine, et le masque impassible reprit ses droits.
— Je crois qu’il est sain de conserver une attitude sceptique tant que nous ne possédons pas de preuve concrète, dit-elle d’une voix posée, toute de prudence. Nous n’avons affaire jusqu’ici qu’à des rumeurs. Et je déteste gaspiller mon temps pour des rumeurs.
— Que ferez-vous s’il s’avère que ce ne sont pas de simples rumeurs ?
— Je m’en inquiéterai si tel est le cas et le moment venu.
James Ryton tira sur ses manchettes et se tourna vers son fils.
— Nerveux ?
— Un peu. Ému.
Michael faisait sérieux dans son costume gris ; son père, en version plus jeune, à l’exception de la cravate en fil rose vif qu’il avait tenu à mettre en la circonstance. Sans vouloir lui en faire le reproche, James préférait tout de même son propre foulard bordeaux à la sobriété quelque peu désuète. Le wagon du métro se mit à tanguer et les deux hommes s’agrippèrent aux barres. Les stations défilaient devant les vitres, cadres de lumière blanche dans lesquels s’incrustaient, l’espace de quelques secondes, des visages blêmes, et puis plus rien.
— Tu l’as déjà rencontrée, hein, papa ?
— Oui. Et j’ai toujours un immense plaisir à la voir. Cela fait maintenant une session complète qu’Eleanor Jacobsen occupe le poste, et c’est quelque chose dont tous les mutants peuvent être fiers.
Le métro les déposa à la station du Capitole. Ils empruntèrent l’escalier automatique, puis l’ascenseur couleur argent qui menait au bureau de Jacobsen. Ils furent accueillis par la réceptionniste.
— Messieurs James Ryton et Michael Ryton ? Veuillez entrer. Et asseyez-vous. Le sénateur est en réunion, mais je suis sûre qu’elle vous recevra d’ici peu.
Ryton hocha la tête d’un air impatient. Il lui tardait de se mettre au travail. Au bout d’un quart d’heure, il se leva et alla voir la réceptionniste.
— Pensez-vous qu’il y en ait pour longtemps ?
Elle le gratifia d’un aimable sourire.
— Je vais lui rappeler que vous êtes là.
— Merci.
L’interphone bourdonna et Andie leva les yeux de son bloc-écran. Le sénateur et Stephen Jeffers n’y prêtèrent aucune attention, enfermés qu’ils étaient dans leur discussion.
— Tu es en train de me dire que tu permettrais qu’on impose des restrictions supplémentaires aux athlètes mutants ? s’étonna Jeffers d’un ton indigné. Grands dieux, Eleanor ! Bientôt on va devoir se lester et se bander les yeux avant de mettre un pied dans un stade.
— Stephen, calme-toi, répondit Jacobsen d’une voix douce. Tu déformes mes propos. Évidemment que je m’opposerai à ces restrictions. Mais ta requête quant à l’abrogation du Principe d’Équité est prématurée. Tu sais pertinemment que nous n’avons pas le soutien nécessaire au Sénat pour appeler à un vote en ce sens.
— Alors, qu’on l’obtienne, ce soutien !
— Malheureusement, ce n’est pas si facile. L’écran de Jacobsen bourdonna une seconde fois.
Andie intercepta l’appel.
— Qu’y a-t-il, Caryl ?
— MM. James Ryton et Michael Ryton sont là pour voir le sénateur. Ils attendent depuis une demi-heure.
— Merci, dit Andie avant de se tourner vers Jacobsen. Sénateur, je crois que votre rendez-vous de onze heures est arrivé.
— Déjà ? (Jacobsen vérifia son écran.) Andie, j’en ai encore pour une dizaine de minutes avec Stephen. Pouvez-vous les faire patienter jusqu’à ce qu’on ait fini ?
— Mais bien sûr, répondit la jeune femme. Jeffers lui adressa un clin d’œil.
— Eleanor devrait vous cloner, Andie. Comme ça, vous pourriez être dans deux endroits à la fois.
— Ou trois, rectifia Jacobsen. Merci, Andie. Celle-ci ferma la porte derrière elle et se rendit dans le bureau extérieur, le sourire de Jeffers rayonnant encore dans sa tête. Les Ryton attendaient près du bureau de Caryl.
— Messieurs, veuillez nous excuser pour ce retard. Je suis Andréa Greenberg, l’assistante du sénateur Jacobsen. Elle va vous recevoir dans quelques instants.
Tandis qu’elle leur serrait la main, Andie s’efforça de ne pas rire. À propos de clones, le jeune Ryton avait l’air de sortir exactement du même moule que son père. Non, réflexion faite, il y avait quelque chose d’inhabituel dans ses yeux, un rien bridés. Intéressant. Décidément, les mutants étaient toujours intéressants. Et séduisants avec ça. Elle sentit un picotement électrique lui remonter l’échine.
Elle invita les Ryton à s’asseoir devant son bureau.
— Vous avez déjà rencontré le sénateur ?
— Oui, lors d’une précédente visite, répondit James Ryton. Nous voulons lui parler de la loi de finances concernant la base de Mars. Les règlements qu’elle stipule vont étrangler la recherche et l’industrie spatiales, juste au moment où nous venions de rattraper notre retard dans la compétition avec la Russie et le Japon.
— Vous êtes au courant que c’est demain que la loi doit être soumise au vote ?
— C’est la raison pour laquelle nous sommes là aujourd’hui.
La ligne privée d’Andie fit entendre un son bref ; le code de Jacobsen.
— Excusez-moi, fit-elle en leur tournant le dos et en plaçant l’écouteur à son oreille.
— Andie, il faut que nous reprogrammions le rendez-vous des Ryton. Pour demain ?
— Je vais le leur dire.
Elle revint aux deux hommes avec un geste d’excuse.
— La réunion du sénateur semble se prolonger. Je vais devoir vous demander de revenir demain…
— Mais cela risque d’être trop tard, laissa échapper Michael Ryton avant qu’un bref regard de son père lui enjoignît de se taire.
Andie commença à leur dire combien elle était désolée, puis elle s’interrompit au milieu de sa phrase. Ils avaient l’air si déconfits. Elle consulta l’agenda sur son bureau. À l’heure où Jacobsen pourrait les recevoir le lendemain, le vote serait déjà passé.
— Attendez, leur dit-elle. Je vais voir ce que je peux faire.
Elle rappela Jacobsen à l’interphone.
— Sénateur, excusez-moi, mais je crois vraiment que vous devriez trouver un instant aujourd’hui à accorder aux Ryton. Ils veulent vous voir au sujet de la loi de finances de la base martienne et demain, vous n’aurez aucune possibilité de les recevoir avant que la loi ne passe à l’assemblée.
— C’est tellement urgent ?
— Je le pense.
Une pause, tandis que Jacobsen s’entretenait avec Jeffers en dehors de la ligne. Puis :
— Est-ce que ça les ennuie que Jeffers soit présent ?
Andie se tourna vers les Ryton.
— Stephen Jeffers est avec le sénateur. Cela vous ennuie s’il assiste à votre entretien ?
— Pas du tout.
— Je les fais entrer.
— Merci, Andie.
— C’est bon, messieurs, on vous attend.
Elle faillit faire un clin d’œil au jeune Ryton qui avait l’air si soulagé. Le père aussi semblait s’être dégelé un brin.
— C’est par ici, indiqua-t-elle.
Devant la porte de Jacobsen, James Ryton s’arrêta.