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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Certes, ils n’étaient pas tous en mesure de disparaître instantanément à la moindre alerte. Leurs activités les amenaient forcément à s’éloigner à l’occasion de leurs scooters temporels. Mais il y avait de grandes chances pour que tous ne soient pas vulnérables au même instant. Il suffirait que l’un d’eux échappe à une rafle pour que subsiste le danger qu’ils représentaient dans leur ensemble.

Électro-inculcation ou pas, il était malaisé de s’orienter en l’absence d’éclairage et de panneaux de signalisation. Everard s’égara à deux ou trois reprises, ce qui l’amena à jurer copieusement. Il était pressé, après tout. Dès que les Exaltationnistes seraient informés de l’échec de leur tentative, ils useraient de leur influence sur Zoilus pour envoyer des gardes chez Hipponicus afin de guetter le retour de Méandre et de confisquer ses possessions. Everard devait y arriver avant eux, embobiner le marchand, rassembler ses affaires et foutre le camp.

Il ne pensait pas qu’un autre groupe l’y attendait déjà. Zoilus avait sans doute eu bien de la peine à réquisitionner quatre gardes pour les lancer à sa recherche. En cherchant à faire du zèle, il courait le risque qu’un officier intègre s’intéresse à ses agissements et lui demande de quoi il retournait – ce qui n’aurait pas manqué de compromettre Théonis.

J’ai quand même intérêt à me montrer prudent. Heureusement que le téléphone n’a pas encore été inventé.

Il se figea sur place. Ses tripes se nouèrent. « Sainte mère de Dieu ! » gémit-il, car un simple juron n’aurait pas été digne de sa bêtise. Où est passée ma cervelle ? En vacances aux Bermudes ?

Au moins est-elle revenue à temps. Il fit un pas de côté, se réfugia dans un coin d’ombre, se colla contre un mur en stuc, se mordit la lèvre et tapa du poing sur sa paume.

La nuit était peuplée d’étoiles et une lune gibbeuse éclairait la tour de l’Aigle. La rue où demeurait Hipponicus serait tout aussi illuminée. Et lui serait visible comme en plein jour lorsqu’il se planterait devant la porte, toquerait et attendrait qu’un esclave vienne lui ouvrir.

Il leva les yeux. Véga brillait au sein de la Lyre. Rien ne bougeait hormis les étoiles frémissantes. Peut-être un scooter temporel flottait-il dans les hauteurs, chevauché par un ennemi équipé de jumelles qui distinguait la rue dans ses moindres détails. Une pression sur un bouton, et il fondrait sur sa proie en un instant. Inutile de la tuer : un coup d’étourdisseur et il la chargerait sur sa selle pour la conduire en salle d’interrogatoire.

Évidemment. Dès qu’elle aurait appris ce qui s’était passé au vihara, ce qui ne saurait tarder, Raor enverrait un de ses hommes en amont pour qu’il surveille la demeure du marchand jusqu’à ce que le fugitif s’y présente ou que les soldats viennent l’y chercher. La Patrouille n’avait aucun véhicule à proximité et Everard était incapable d’en appeler un. Non qu’il l’ait souhaité. S’il avait capturé un éventuel guetteur, cela aurait poussé le reste de la bande à prendre la fuite.

Peut-être qu’elle n’y pensera pas. J’ai failli passer à côté.

Everard laissa échapper un soupir. Trop hasardeux. Les Exaltationnistes sont certes cinglés, mais ils ne sont pas stupides. En fait, leur talon d’Achille serait plutôt leur excès de subtilité. Autant les laisser s’emparer de mon paquetage.

Quel profit en retireraient-il ? Peut-être n’avaient-ils pas les outils nécessaires pour lui arracher ses secrets. S’ils y parvenaient quand même, eh bien, ils n’apprendraient rien de fondamental, hormis que Jack Holbrook n’était pas un imbécile.

Une bien pauvre consolation pour un Manse Everard à présent désarmé.

Que faire ? Quitter la cité avant l’arrivée des Syriens, chercher à gagner la plus proche antenne de la Patrouille ? Celle-ci se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres, et il y avait de grandes chances pour qu’il périsse en chemin, et avec lui les quelques bribes d’information qu’il était parvenu à collecter. Et s’il survivait à ce périple, jamais ses supérieurs n’accepteraient de le laisser reprendre sa mission là où il l’avait laissée. Et il n’était pas question de passer de nouvelles années-homme à tenter d’insérer un autre agent dans ce contexte spatio-temporel. Il avait brûlé tous ses vaisseaux.

Si Raor devait affronter le même dilemme, cela ne lui ferait ni chaud ni froid. Elle reviendrait en arrière dans le temps, annulerait sa première tentative et repartirait de zéro. Et peu importent les risques de vortex causal, peu importent les conséquences imprévisibles et incontrôlables sur le cours des événements. Le chaos est le but même des Exaltationnistes. C’est le feu qui leur permettra de forger leur royaume.

Si je renonce à ma mission et parviens à avertir la Patrouille, elle sera obligée d’intervenir en force, en envoyant une escadrille de scooters temporels en ce lieu et en cette heure. Sans doute pourront-ils libérer Chandrakumar. Et mettre un terme aux agissements de Raor. Mais celle-ci leur filera entre les doigts, ainsi que ses acolytes, et ils chercheront de nouveau à nous nuire, en un temps et un lieu dont nous ne saurons rien.

Everard haussa les épaules. Ça ne me laisse guère le choix, pas vrai ?

Il changea de direction et obliqua vers les quais. Selon son inculcation, il y avait dans ce quartier quantité de tavernes sordides où il trouverait une paillasse, un abri et peut-être quelques ragots sur Théonis. Demain… Demain, le roi allait revenir, l’ennemi sur les talons.

La tournure prise par les événements ne devrait pas me surprendre, je suppose. Shalten et les autres avaient élaboré un plan des plus minutieux. Mais tout officier est censé savoir que la première perte à déplorer lors d’une bataille est précisément le plan ourdi par les stratèges.

1987 apr. J.C.

La maison était sise dans une cité-dortoir des environs d’Oakland, où on avait la possibilité de ne jamais voir son voisin si on le souhaitait. Plutôt petite, blottie au fond d’une impasse, elle était protégée des regards par une haie de pins et de chênes des canyons. Everard y découvrit un intérieur frais, sombre et anachronique. Acajou, marbre, têtières brodées, tapis moelleux, tentures marron, livres reliés plein cuir avec titres en français dorés à l’or fin, copies de Seurat et de Toulouse-Lautrec, identiques aux originaux à la molécule près et… tout cela n’avait rien à faire en ce lieu et en cette époque, n’est-ce pas ?

Shalten perçut sa réaction. « Ah ! oui, dit-il dans un anglais dont Everard ne put identifier l’accent, mon pied-à-terre* préféré se situe dans le Paris de la Belle Époque*. Un raffinement près de sombrer dans l’horreur, des innovations qui vont verser dans la folie, et, du coup, aux yeux d’un observateur avisé, un certain piquant qui frise le poignant. Quand les nécessités de mon travail m’obligent à me déplacer, j’emporte quelques souvenirs avec moi. Soyez le bienvenu. Prenez place pendant que je vais chercher des rafraîchissements. »

Il tendit la main à Everard, qui la serra. Une main sèche et osseuse, qui évoquait une patte d’oiseau. L’agent non-attaché Shalten était du genre fluet, avec un grand crâne chauve et un visage ridé. Il était vêtu d’un pyjama et d’une robe de chambre fanée, chaussé de pantoufles et coiffé d’une calotte, bien qu’il ne fût sans doute pas juif. Lorsque Everard avait discuté des modalités de ce rendez-vous avec l’antenne locale, il s’était enquis du lieu et de l’époque d’origine de son hôte. « Vous n’avez pas besoin de le savoir », lui avait-on répondu.

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