Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Néanmoins, Shalten paraissait fort hospitalier. Everard s’effondra dans un fauteuil rembourré, refusa un scotch car il devrait reprendre le volant pour regagner son hôtel, mais accepta une bière. Quant à Shalten, il se servit un thé aromatisé à l’amaretto et au triple sec, qui ne collait guère avec ses affectations françaises ; mais la cohérence semblait le cadet de ses soucis. « Je resterai debout, si cela ne vous dérange pas », dit-il d’une voix éraillée. Une pipe en terre était posée sur son bureau. Il la bourra d’un tabac au parfum nauséabond. En partie par réaction de légitime défense, Everard sortit sa bouffarde et l’imita. L’atmosphère n’en demeura pas moins conviviale.
Enfin, au moins partageaient-ils certaines valeurs, et Shalten était-il sans doute au fait des dangers qui les menaçaient.
Ils consacrèrent quelques minutes au temps qu’il faisait, aux embouteillages et à la qualité des menus du restaurant Tadich à San Francisco. Puis Shalten braqua sur son visiteur des yeux d’un vert jaune étrangement lumineux et lui dit sans changer de ton : « Bien. Vous avez déjoué les plans des Exaltationnistes au Pérou et capturé bon nombre d’entre eux. Puis vous avez neutralisé ce conquistador et l’avez replacé dans le cours de sa vie. Ensuite, vous avez déjoué les plans des Exaltationnistes en Phénicie et en avez de nouveau capturé un certain nombre. » Levant la main : « Non, je vous en prie, pas de fausse modestie. Je sais, vous étiez bien secondé. Mais si les cellules de l’organisme sont nombreuses, il n’en a pas moins besoin d’un esprit unique pour les contrôler. Non seulement c’est vous qui avez supervisé ces opérations, mais vous avez en outre exécuté personnellement certaines de leurs phases les plus cruciales. Permettez-moi de vous adresser mes compliments. La question est la suivante : avez-vous pris le temps nécessaire pour récupérer vos forces sur votre ligne de vie personnelle ? »
Everard fit oui de la tête.
« En êtes-vous bien sûr ? insista Shalten. Nous pouvons toujours vous accorder un répit supplémentaire. Nul doute que la tension était pour vous considérable. La phase suivante telle que nous l’envisageons sera encore plus dangereuse, encore plus éprouvante. » Il esquissa un sourire. « Je dirais même imposante, mais, vu les opinions que vous affichez, peut-être devrais-je éviter cet adjectif. »
Everard s’esclaffa. « Merci ! Non, sincèrement, je suis impatient d’en découdre. Sinon, pourquoi me serais-je porté volontaire ? Je n’aime pas savoir les Exaltationnistes encore libres de nuire. » Formulée en anglais, cette remarque était grotesque, mais seul le temporel était équipé de la structure grammaticale idoine pour accommoder la chronocinétique. Et Everard préférait utiliser sa langue maternelle sauf contre-indication. Les deux hommes savaient ce qu’il avait voulu dire. « Finissons-en avec ce boulot avant qu’ils en aient fini avec nous.
— Vous n’aviez pas besoin de vous en occuper personnellement, vous savez, fit remarquer Shalten. Étant donné vos qualifications, le haut commandement espérait que vous vous porteriez volontaire, mais ce n’était pas une obligation.
— C’est ce que je souhaitais », gronda Everard. Il empoigna le fourneau de sa pipe, savourant la chaleur qui se diffusait dans ses doigts. « Bon, quel est votre plan et quel rôle suis-je censé y jouer ? »
Shalten exhala à son tour un nuage de fumée. « Commençons par planter le décor. Nous savons que les Exaltationnistes se trouvaient en Californie le 13 juin 1980. A tout le moins l’un d’entre eux, dans le contexte de leur équipée phénicienne. Ils ont pris les précautions de rigueur, tirant prétexte d’activités chrononautiques légitimes pour camoufler leurs agissements, et cætera. Nous n’avons aucune chance de les retrouver. Le simple fait de leur présence pourrait nous donner les moyens de leur jouer un tour à notre façon, sauf qu’ils ne manqueraient pas de nous repérer vu la paranoïa qui les caractérise. Il est vraisemblable qu’ils sont restés sur le qui-vive* durant toute cette journée, évitant toutes les actions dont ils ne maîtrisaient pas les tenants et aboutissants.
— Mouais. C’est évident.
— Après avoir étudié la situation, j’ai constaté qu’il existait un autre intervalle d’espace-temps où un ou plusieurs Exaltationnistes étaient sûrement en train de rôder. Ma conclusion n’a rien de garanti, et l’intervalle en question n’a rien de précis, mais cela vaut la peine d’y regarder de plus près. » Le tuyau de sa pipe se braqua sur Everard. « Voyez-vous de quoi je veux parler ?
— Eh bien, euh… ici et maintenant, bien sûr, puisque vous vous y trouvez.
— Exactement. » Rictus de Shalten. « Je m’oblige à passer plusieurs semaines dans ce répugnant milieu afin de peaufiner les détails de mon piège. Peut-être en vain, d’ailleurs. Comme il est fréquent que l’homme déploie ses efforts pour ne cueillir que les fruits les plus vains ! Mais c’est à vous qu’il appartiendra de juger de la qualité de ma moisson. » Ses lèvres pincées exhalèrent des volutes de fumée. « Pouvez-vous deviner pourquoi j’ai conclu que ce laps de temps risquait de se révéler fructueux ? »
Everard fixa le gnome qui lui faisait face comme s’il venait de se transformer en serpent à sonnette. « Mon Dieu ! murmura-t-il. Wanda Tamberly.
— La jeune dame de ce temps embarquée dans notre affaire péruvienne, oui, exactement. » Shalten opina du chef et reprit avec une impassibilité exaspérante : « Permettez-moi de développer mon raisonnement, même si vous l’avez sûrement reconstitué à partir de cette prémisse. Comme vous vous en souvenez sûrement, lorsqu’ils ont échoué à s’emparer de la rançon d’Atahualpa, les Exaltationnistes ont emporté les deux hommes dont la présence avait fait échouer leur plan – temporairement, espéraient-ils –, à savoir Don Luis Castelar et notre agent spécialiste Stephen Tamberly. Ils ont identifié ce dernier comme étant un Patrouilleur et l’ont interrogé à loisir grâce à un kyradex. Lorsque Castelar s’est libéré et enfui sur un scooter temporel, emportant Tamberly avec lui, les Exaltationnistes avaient accumulé quantité d’informations sur notre homme et sur ses antécédents. Votre équipe les a attaqués peu après, tuant ou capturant la plupart d’entre eux. »
Je ne risque pas d’avoir oublié tout ça, nom de Dieu ! pesta Everard dans son for intérieur.
« Maintenant, considérez la situation du point de vue de ceux d’entre eux qui nous ont échappé ou qui ne se trouvaient pas sur les lieux lors de votre raid, poursuivit Shalten. Leur projet avait échoué dans les grandes largeurs. Ils étaient sûrement désireux de découvrir pourquoi. La piste qu’avait remontée la Patrouille était-elle éventée, ou bien risquait-elle de la conduire à d’autres membres de leur bande ?
» Ces rufians sont audacieux et beaucoup trop intelligents. Ils n’ont pu manquer d’exploiter tous les indices se trouvant à leur portée. Sans que nous ne puissions les en empêcher. Nous n’avons pas les moyens de placer sous surveillance permanente toutes les personnes impliquées dans cette histoire. Peut-être sont-ils retournés au Pérou après 1533 pour s’enquérir de la biographie de Castelar à l’issue de cet épisode. Idem pour l’agent Tamberly, dans une moindre mesure toutefois. Certes, ils n’avaient aucun moyen pour reconstituer les efforts que nous avons dû déployer afin de capturer le conquistador et de récupérer notre agent, ni pour déterminer le rôle qu’a joué la nièce de ce dernier dans l’aventure. Ils n’ont pu au mieux qu’obtenir des données fragmentaires, formuler des déductions incomplètes et ambiguës. Cependant, il est clair qu’ils ont conclu qu’ils ne couraient aucun danger immédiat – comme en atteste le fait qu’ils aient mis en œuvre leur équipée phénicienne.