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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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» Ils ont commencé, j’en suis sûr, par enquêter sur toutes les personnes citées par Tamberly au cours de son interrogatoire en règle. Parents, amis et connaissances. En explorant les années postérieures à celle-ci, ils n’ont pu manquer de conclure que sa nièce Wanda avait été impliquée dans l’aventure et, en conséquence, invitée à entrer dans la Patrouille. Peut-être ont-ils réussi à déterminer que la date de son implication était voisine du mois de mai 1987…

— Et nous restons assis ici sans rien faire ? » s’emporta Everard.

Shalten leva une main. « Reprenez-vous, mon ami, je vous en prie. Pourquoi s’attaqueraient-ils à elle, ou à toute autre personne, d’ailleurs ? Le mal est fait. Ce sont des êtres dénués de conscience, d’une cruauté toute féline, mais qui ne se laissent jamais aveugler par le désir de vengeance. En elle-même, la famille Tamberly ne représente plus aucune menace pour eux. Je suppose qu’ils vont procéder avec un luxe de précautions, car ils ne manqueront pas de conclure que la Patrouille a placé Miss Wanda sous étroite surveillance – je me refuse à utiliser cette grotesque appellation de « Miz » –, précisément dans l’espoir de les repérer. Après tout, eux-mêmes n’auraient aucun scrupule à utiliser un être humain en guise d’appât. Non, ils se contenteront de glaner des bribes de données avant de battre en retraite dans leur repaire, en un autre lieu et un autre temps.

— Mais quand même !…

— En fait, j’ai fait placer mademoiselle Tamberly sous surveillance par acquit de conscience. Le risque est à mes yeux minime et cette démarche représente un gaspillage d’années-hommes. Mais le QG a insisté. Vous pouvez vous détendre.

— D’accord, d’accord », grommela Everard, soulagé malgré lui. Pourquoi est-ce que je me fais autant de souci ? Oh ! elle est vaillante, intelligente et bien roulée, mais après tout ce n’est qu’une fille, une fille comme il en existe des millions d’autres dans toute l’histoire de l’humanité… « Est-ce qu’on en a fini avec les préliminaires ? Pourrions-nous entrer dans le vif du sujet ? »

Shalten sirota son verre. « La conclusion à laquelle je suis parvenu est celle que je vous ai exposée tout à l’heure. Un ou plusieurs Exaltationnistes se trouvent dans la région de San Francisco durant le mois de mai 1987. Ils font preuve d’une discrétion telle que nous ne parviendrons jamais à les dénicher. Mais ce que nous pouvons faire, ce que nous avons entrepris de faire, c’est leur tendre un piège. »

Everard vida sa chope de bière et se pencha en avant, tirant furieusement sur sa pipe. « Lequel ?

— Avez-vous suivi l’affaire de la Lettre de Bactriane ? répliqua Shalten.

— La quoi ? » Everard réfléchit un instant. « Non, je… je ne pense pas. Les journaux en ont parlé ? Je n’ai passé que peu de temps ici cette année, et j’ai été pas mal occupé. »

Le crâne chauve s’inclina. « Je comprends. Vous avez mené cette affaire péruvienne à une conclusion satisfaisante puis vous êtes occupé de cette charmante jeune dame, et quand on sait ce que réserve l’avenir proche, on n’a guère tendance à suivre l’actualité de près. Mais je pensais que cette information ne vous aurait pas échappé. Si elle n’a rien de sensationnel, elle n’en a pas moins agité le monde des érudits et des historiens, et ce à l’échelle internationale.

— En grande partie grâce à votre discrète intervention, je suppose », déduisit Everard. Son cœur battait la chamade.

« Ainsi que je vous l’ai dit, je me suis déplacé ici pour une bonne raison. »

Comment s’y prend-il ? Il doit disposer de tout un réseau de correspondants, distiller des informations rédigées avec soin à des journalistes triés sur le volet… ce rat de bibliothèque a-t-il l’envergure nécessaire pour monter une telle opération ? Même en tenant compte des moyens informatiques qui sont sûrement les siens, c’est proprement stupéfiant. Mais ne lui demande surtout pas d’entrer dans les détails, mon garçon, ou il va te tenir la jambe jusqu’à la semaine prochaine.

« Je vous écoute, dit-il.

— Nous aurions pu jeter notre dévolu sur le mois de juin 1980, où la présence des Exaltationnistes est attestée, mais, outre que leur méfiance naturelle aurait joué contre nous, j’ai estimé que leur intervention serait trop brève. Il y avait de grandes chances pour qu’ils ne remarquent même pas notre appât. Cette année-ci est plus propice à notre action, à condition bien sûr qu’ils se trouvent dans les parages. Ils sont dans l’obligation d’enquêter sur la famille Tamberly d’une façon relativement décousue, en se manifestant sur des périodes recouvrant plusieurs journées. Déguisés comme ils le sont en ressortissants du XXe siècle d’apparence ordinaire, ils sont obligés de patienter des heures dans leur logis ou dans les transports en commun – de sorte qu’ils chercheront à tromper leur ennui en lisant les journaux, en regardant la télévision, et cætera. N’oublions pas que ce sont des individus d’une grande intelligence. L’environnement où ils seront plongés, un environnement pour eux de la plus haute antiquité, ne manquera pas d’éveiller leur curiosité. Et… comme je l’ai dit, l’événement conçu pour attirer leur attention fait les gros titres des journaux. Pendant une période fort brève, naturellement ; un clou chasse l’autre. Mais si la chose les intrigue, ils ont le loisir de creuser la question, de se procurer des publications spécialisées, par exemple. »

Everard soupira. « Pourrais-je avoir une autre bière ?

— Je vous en prie. »

Lorsque Everard se fut rassit, Shalten resta planté devant un splendide secrétaire antique, qui le faisait apparaître fort laid par contraste, tira sur sa pipe et lui lança : « Que savez-vous du royaume gréco-bactrien ?

— Hein ? Euh… laissez-moi réfléchir…» S’il possédait sur le bout des doigts l’histoire des sociétés où il était allé en mission, il n’avait sur les autres que de vagues notions. « La Bactriane se trouvait au nord de l’Afghanistan actuel. Alexandre le Grand l’avait envahie et intégrée à son empire. Des colons grecs s’y sont établis. Par la suite, ils ont déclaré leur indépendance et ont conquis… euh… la quasi-totalité du reste de l’Afghanistan et une partie du nord-ouest de l’Inde. »

Shalten acquiesça. « Bien répondu, pour une question posée au débotté. Mais vous allez devoir approfondir vos connaissances. Et aussi reconnaître le terrain – je vous suggère de le faire en 1970, avant les troubles actuels, afin de passer sans peine pour un touriste. »

Il bomba son torse rachitique et reprit : « Il y a deux ans, un soldat russe égaré dans les montagnes de l’Hindu Kuch a trouvé un coffret datant de l’époque hellénistique, de toute évidence mis au jour suite à une explosion causée par les rebelles. Une histoire qui sort de l’ordinaire, vous en conviendrez. Épicée en outre par le flou des rapports officiels, bien que celui-ci soit caractéristique des us et coutumes soviétiques. Pour me résumer, notre soldat a transmis sa trouvaille à ses officiers supérieurs, et elle a fini par échouer à l’Institut des études orientales de Moscou. Peu après, le professeur L.P. Soloviev a publié un article détaillant les résultats de son étude. Il n’a aucun doute sur l’authenticité de cet artefact et affirme qu’il recèle de précieuses informations sur une période de l’histoire restée dans l’ombre. Jusqu’ici, les historiens n’avaient que des pièces de monnaie à se mettre sous la dent pour obtenir des données sur ladite période.

— Que contenait ce coffret ?

— Permettez-moi au préalable de vous esquisser le contexte. La Bactriane occupait grosso modo la région située entre l’Hindu Kuch et l’Amou-Daria. Au nord se trouvait la Sogdiane, limitée par le Syr-Daria – aujourd’hui englobée dans l’Union soviétique –, également placée sous la souveraineté des rois de Bactriane.

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