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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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En frappant du poing, Everard aurait couru le risque de se briser les phalanges, car il n’y voyait pas grand-chose et n’avait pas la place de manœuvrer. Il espéra qu’il n’avait pas tué ce pauvre bougre, qui ne faisait que son devoir et avait peut-être femme et enfants… Ah ! tant pis. Il fonça dans la mêlée, la disloquant du fait de sa seule masse. Tordant quelques bras, frappant du genou quelques ventres, il réussit à passer. Devant lui, un quatrième garde poussa un cri et tenta de l’arrêter à mains nues, hésitant à dégainer son épée de peur de blesser ses camarades dans ce couloir étroit. Son pagne de couleur claire formait une cible parfaite. Nouveau coup de genou. Son cri monta dans le suraigu. Il tomba par terre, faisant choir un soldat qui venait de se relever.

Le Patrouilleur avait gagné une salle commune. Trois moines s’écartèrent de son chemin, atterrés. Il chargea, sortit dans la rue, fonça.

La carte qu’il s’était inculquée le guida dans sa course : tourne à gauche au premier coin de rue, prends la troisième ruelle qui débouche sur un dédale de venelles tortueuses… Des cris dans le lointain. Une échoppe inoccupée pour l’heure, apparemment assez robuste pour supporter son poids. Hisse-toi à la force du poignet, couche-toi dessus et tiens-toi tranquille, au cas où un poursuivant viendrait à se pointer.

Personne. Everard redescendit au bout d’un moment.

Le crépuscule virait à la nuit noire. Une par une, de plus en plus nombreuses, les étoiles scintillaient au-dessus des toits et des murs. Le silence régnait ; avant l’invention de l’éclairage public, la plupart des citadins se calfeutraient chez eux le soir venu. L’air s’était rafraîchi. Il en avala une goulée et se mit en marche…

La rue des Gémeaux s’étendait devant lui, enténébrée et quasiment déserte. Il croisa un jeune garçon chargé d’une torche, un homme portant une lanterne. Lui-même avait adopté l’allure d’un honnête citoyen, qu’une tardive obligation contraignait à rentrer chez lui à la nuit tombée et qui s’efforçait de ne pas crotter ses chaussures. Il avait dans sa bourse une lampe torche, le seul objet anachronique en sa possession. Quiconque l’aurait fouillé aurait cru à une sorte de talisman. Mais elle ne devait servir qu’en cas d’extrême urgence. Si quelqu’un l’avait vue briller, jamais Everard n’aurait pu lui servir un boniment convaincant, alors qu’il n’aurait eu aucun mal à expliquer la sueur froide qui imprégnait sa tunique.

Quelques rares fenêtres donnaient sur la rue, le plus souvent aux étages supérieurs. Elles étaient protégées par des volets, qui laissaient filtrer des rais de lumière jaune. Derrière eux, les habitants du lieu devaient déguster un souper froid, boire une dernière coupe, commenter les nouvelles de la journée, jouer, chanter une berceuse à un enfant, faire l’amour. On pinça les cordes d’une harpe. Des accords mineurs dérivèrent sur la brise. Tous ces signes de vie semblaient plus lointains que les étoiles.

Everard sentit son pouls revenir à la normale. Il avait ordonné à ses muscles de se détendre. Le contrecoup viendrait quand il le déciderait et pas avant. Il avait le loisir de réfléchir.

Pourquoi cette accusation bidon et cette tentative d’arrestation ? Un simple malentendu ? C’était au mieux invraisemblable, et le fait que le capitaine ait connu son nom plaidait pour le contraire. Celui qui lui avait confié cette mission lui avait donné le nom et le signalement du suspect. De toute évidence, on souhaitait éviter une erreur sur la personne, qui n’aurait pas manqué de l’alerter ainsi que ses éventuels complices. Les Exaltationnistes étaient tout aussi soucieux que lui de ne pas se faire repérer.

Les Exaltationnistes… oui, ils étaient forcément dans le coup. Mais ils ne tiraient pas les ficelles du gouvernement… pas encore. Ils n’oseraient sûrement pas employer des voyous indigènes déguisés en soldats – trop risqué. Pas plus qu’ils n’avaient le pouvoir de dépêcher de véritables gardes. Donc, ils utilisaient comme intermédiaire un notable jouissant du pouvoir ou de l’influence nécessaires pour faire exécuter leurs instructions.

Qui donc ? Eh bien, cela nous ramenait à la personne qui avait identifié Everard.

Zoilus. C’est évident – quoique je l’aie compris un peu trop tard. Une grosse légume doublée d’un client fidèle de Théonis qui a fini par tomber sous son charme. Elle a dû lui servir un bobard quelconque sur des ennemis susceptibles de s’en prendre à elle dans cet endroit reculé. Il avait le devoir de la prévenir dès qu’un nouveau venu poserait des questions sur des étrangers dont la description correspondrait à sa physionomie. Comme il connaît plein de monde dans ce nid à ragots, il avait de grandes chances d’en entendre parler.

Et la malchance a voulu qu’il soit invité par Hipponicus hier soir et voie de ses propres yeux l’étranger trop curieux. Everard laissa échapper une litanie de jurons.

Il l’a mise au courant dès aujourd’hui, je suppose. Pour lui, Méandre était tout simplement un barbare trop curieux, mais elle était plus avisée et l’a persuadé de m’envoyer la garde. Le tout a dû prendre plusieurs heures. Il ne fait pas partie de l’armée et il lui a fallu suborner un officier pour exécuter ses ordres. Et n’oublions pas que tout ça devait se passer dans la discrétion.

Avec ma carrure et mon allure, j’étais suffisamment remarquable pour que ces gardes me retrouvent sans problème.

Il soupira. Ils vont arrêter Chandrakumar. Pour complicité, sinon pire ; et aussi parce qu’ils redoutent de recevoir cinq ou six coups de fouet pour m’avoir laissé filer. Pauvre petit bonhomme.

Il se ressaisit. Une fois que les Exaltationnistes auront découvert qu’il est conditionné pour garder le silence, ils comprendront qu’il ne sert à rien de le torturer, sauf si c’est pour le plaisir. Certes, le seul fait de son conditionnement prouvera que c’est un homme venu du futur. Si ces salopards disposent d’un kyradex… eh bien, il ne leur avouera que des fadaises. Heureusement pour moi, Shalten m’a bien fait la leçon avant mon départ, il m’a amplement pourvu en fausses pistes à disséminer…

Il recensa les atouts dont il disposait : son expérience, sa connaissance, sa force, son agilité, sa ruse, une bourse bien remplie… Quant à son équipement, il était resté dans la demeure d’Hipponicus. Il y avait là un anneau dissimulant un transmetteur capable d’envoyer de brefs messages ; sa batterie avait une capacité dérisoire, mais il captait les émissions photoniques et, vu la technologie de l’époque, n’avait à craindre aucune interférence. Son médaillon à l’effigie d’Athéna dissimulait un émetteur-récepteur un peu plus puissant. Le pommeau de sa dague était un étourdisseur d’une capacité de vingt décharges. La poignée de son épée faisait également office d’arme énergétique.

Et il n’était pas tout seul. Il pouvait faire appel à des centaines de membres de la Patrouille : historiens de terrain comme Chandrakumar, scientifiques spécialisés dans d’autres domaines, esthètes, érudits et experts en ésotérisme… Sans compter les antennes de Rome, d’Alexandrie, d’Antioche, d’Hécatompyles, de Pataliputra, de Xianyang, de Cuicuilco… et leurs dépendances régionales. Toutes étaient informées de son opération. Un appel au secours aurait des résultats instantanés.

A condition qu’il soit en mesure de le lancer.

Et, dans le meilleur des cas, ce serait en désespoir de cause. Les Exaltationnistes avaient dû prendre toutes les précautions possibles et imaginables. Everard n’aurait su dire quels types de détecteur ils avaient mis en place, mais ils avaient sûrement la capacité de repérer toutes les émissions électroniques, sans parler de l’apparition d’un véhicule temporel à proximité de la cité. Ils devaient être prêts à fuir sans laisser de traces au plus petit signe d’intervention de la Patrouille.

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