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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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— On y va maintenant, murmure Nat. T’es prêt, Dill ?

Il est prêt. Il lève ses mains – ses doigts frémissent – et les abat sur les projectrons. La même sensation comme toujours d’éclatement ! En rugissant, la lune, le soleil, les planètes et les étoiles jaillissent de son instrument. L’univers scintillant fait irruption dans la salle. Dillon n’ose pas regarder le public. Balancent-ils ? Mordent-ils ou tiraillent-ils leurs lourdes lèvres inférieures ? Venez, venez, venez ! Les autres musiciens, comme s’ils avaient senti son état particulier, le laissent prendre un solo d’introduction. Des tempêtes se déchaînent dans son cerveau. Il cogne sur le manipulatrix. Pluton ! Saturne ! Bételgeuse ! Deneb ! À ceux qui jusqu’à leur mort vivront dans le même unique bâtiment, je donne toutes les étoiles en une seule impulsion exaltante ! Qui a prétendu qu’on ne pouvait commencer par l’apogée ? La consommation d’énergie est immense – ça doit briller jusqu’à Chicago… Et alors ? Beethoven s’inquiétait-il de la consommation d’énergie ? Allez ! Allez ! Allez ! Balance des étoiles partout. Fais-les frissonner et trembler. Une éclipse de soleil – et pourquoi pas ? Que la couronne craque et éclate ! Et que le son éclabousse tout ! Un interminable point d’orgue pour les noyer de bruits – un pieu sonore de cinquante périodes pour les empaler vivants. Qu’ils digèrent leur dîner ! Que je les secoue, remuant la vieille merde qui leur bouche les intestins ! Dillon éclate de rire. Il regrette de ne pas pouvoir se voir en ce moment – son visage doit être démoniaque. Et ce solo, quand va-t-il finir ? Qu’est-ce qu’ils attendent pour attaquer sur lui ? Il va se consumer, c’est sûr. Il s’en fout ! Il est prêt à faire passer tout lui-même à travers l’instrument. Un sentiment légèrement paranoïaque s’infiltre dans son esprit : et si les autres le laissaient volontairement aller au delà de ses limites pour s’y abîmer ? Prostré tout le reste de sa vie comme une larve, balbutiant stupidement. Non, pas moi ! Il libère toutes les sécurités de l’instrument. Fantastique ! Il n’a encore jamais été aussi loin. Ce doit être la rage que lui inspirent ces horribles Romains qui le pousse ainsi. Et pourtant ils restent insensibles et sans réaction. Mais l’important n’est pas là ; ce qui compte est ce qui se passe à l’intérieur de lui – son véritable accomplissement d’artiste. Bien sûr, ce serait mieux s’il pouvait les faire bouger – mais tant pis pour eux. L’extase ! L’univers tout entier vibre autour de lui. C’est un solo gigantesque. Seul dieu a pu connaître cette sensation, quand il commença son œuvre le premier jour. Les haut-parleurs lancent des gerbes d’aiguilles bruyantes. Un puissant crescendo lumineux et sonore. Il sent son énergie sourdre de lui.

Son euphorie est si intense qu’il bande, et il se renverse en arrière sur son siège pour que son sexe pointe plus visiblement sous ses vêtements. Quelqu’un a-t-il déjà accompli cela, cette symphonie improvisée pour vibrastar solo ? Salut, Bach ! Salut, Mick ! Salut, Wagner ! Flinguez-vous ! Décollez ! Il a dépassé l’apogée. Maintenant il commence à redescendre. Ce n’est plus le torrent brutal et impétueux, mais un ruisseau au chant plus subtil. Jupiter se barbouille de taches dorées, les étoiles deviennent des points blancs glacés, de courtes phrases mélodiques en écho ont remplacé les sonorités tonnantes. Il fait briller Saturne comme s’il appelait les autres. C’est une ouverture bien étonnante pour un concert, mais ils se connectent à lui.

Les voici ! Ils entrent ! L’inverseur fréquentiel improvise librement sur un thème à lui, où se retrouve quelque chose des structures stellaires de Dillon en decrescendo. Aussitôt la harpe cométaire le couvre d’une série extraordinaire de tons vibrants qui immédiatement se transmutent en éclats croisés de lumière verte. Le dresseur spectral s’en empare, les monte au maximum et, grimaçant de plaisir, les lance vers l’ultraviolet en une pluie sifflante et gercée. Sophro, le plongeur orbital, se joint à eux – un piqué suivi d’une percée dans une sinusoïde invariable – il joue contre le dresseur spectral, mais tellement finement que seule une personne du groupe peut en apprécier la virtuosité. L’incantateur fait son entrée, sinistre, grondant, envoyant des tremblements se réverbérer contre les murs, outrant les portées tonales et astronomiques jusqu’à une convergence d’une beauté presque insoutenable. C’est ce qu’attendait l’avale-gravité pour rompre la stabilité de tous les instruments en libérant de sauvages et merveilleuses salves énergétiques. Dillon est revenu à son rôle de coordinateur et d’unificateur du groupe, transmettant un écheveau mélodique à celui-ci, une boucle lumineuse à celui-là, embellissant tout ce qui passe à sa portée. Il joue à présent en demi-teintes. Son excitation fiévreuse est tombée. Libéré et calme, il est autant spectateur que musicien, appréciant les variations et divagations de ses partenaires. Il n’éprouve plus le besoin d’attirer l’attention sur lui. Il resterait bien toute la nuit ainsi… wromp, wromp, wromp, wromp… sans arrêt. Mais c’est impossible ; tout l’édifice audio-visuel s’écroulerait s’il ne fournissait pas de nouvelles informations toutes les dix ou quinze minutes. C’est bien son tour de se laisser planer.

L’un après l’autre, chacun de ses camarades prend un solo. Dillon a oublié le public. Il se balance, pivote, transpire, sanglote – il caresse furieusement les projectrons – s’enferme dans un cocon de lumière embrasée – jongle avec la lumière et l’obscurité. Son sexe s’est détendu. Au milieu de l’orage, il est calme – professionnel véritable – jouant sérieusement sa partition. Il lui semble que son moment d’extase lui soit arrivé une autre fois, à un autre concert, peut-être même à un autre que lui. Combien de temps avait-il joué seul ? Il a perdu le sens du temps. Le spectacle continue cependant – Nat, le méthodique, saura respecter l’horaire.

Après son départ frénétique, le concert s’est installé dans la monotonie. L’inverseur fréquentiel domine pour l’instant, exécutant une série d’éclairs interférents. C’est beau, mais tout cela semble du réchauffé, trop de fois rabâché, dépourvu de toute spontanéité. La facilité a réussi à contaminer les autres. Le groupe continue son train-train routinier pendant une vingtaine de minutes, répétant les mêmes clichés qui engourdissent l’esprit et lassent l’âme, jusqu’à ce que finalement Nat les réveille spectaculairement. Son cri sauvage lumineux traverse le spectre, partant d’un point au sud de l’infrarouge jusque vers ce qui pourrait être la fréquence des rayons X, s’il existait quelqu’un qui puisse le dire. Il a non seulement voulu ainsi stimuler l’invention assoupie de ses camarades, mais leur signaler la fin du concert. Ils se raccordent tous à lui, et se retrouvent, tournoyants et flottants, réunis en une entité unique à sept têtes – tandis qu’ils bombardent de surcharges leur auditoire amorphe. Oui oui oui oui oui. Wow wow wow wow wow. Flash flash flash flash flash. Oh oh oh oh oh. Venez, venez, venez, venez, venez. Dillon est au cœur de cette féerie cosmique, constellant d’étincelles empourprées, absorbant des soleils qu’il mâche. Il se sent encore plus engagé que pendant son grand solo d’ouverture ; ce qui se passe maintenant est une œuvre commune, un mélange, une fusion. Il sait que ce qu’il ressent à la minute présente est l’explication de tout – c’est cela le tout de la vie – la voilà la raison de tout. S’accorder à la beauté, plonger droit dans la source brûlante de la création, s’ouvrir pour que tout vous pénètre, puis tout redonner. Donner donner donner donner

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