La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Une chevalière en or flottait au-dessus de la tête de Nynaeve. Un fer rouge et une hache planaient au-dessus de celle d’Elayne. Des augures plutôt sinistres, c’était presque sûr, mais qui concernaient un avenir encore lointain.
Puis tout disparut et Min ne vit plus que ses deux compagnes qui la regardaient bizarrement.
— Oui, on y va… C’est près du port.
Lors de la descente vers le port, les rues se peuplèrent d’une foule de gens. Des vendeurs à la sauvette avançaient coude à coude avec des marchands venus de très loin avec des chariots et résolus à ne pas repartir avant le printemps. Au milieu des colporteurs qui leur faisaient l’article, des Falmiens en beaux atours côtoyaient des familles entières de paysans vêtus comme pour aller travailler aux champs. Beaucoup de villageois et de fermiers s’étaient réfugiés à Falme depuis l’invasion. Min ne voyait pas trop la logique de cette démarche, puisque cela revenait à se jeter dans la gueule du loup. Mais, si ce qu’on racontait sur les exactions des Seanchaniens était vrai – en particulier leur façon de mettre au pas un bourg lorsqu’ils y entraient pour la première fois –, on pouvait comprendre que les gens aient envie de se fondre dans l’anonymat de la multitude.
Bien entendu, tout le monde s’inclinait bien bas sur le passage des soldats et des palanquins aux rideaux désormais tirés. Min se réjouit de voir que Nynaeve et Elayne avaient acquis tous les automatismes idoines en matière de courbettes. Comme les porteurs au torse nu, les militaires en armure ne daignaient même pas regarder les misérables vermisseaux qui se prosternaient sur leur passage. Mais un déficit de servilité aurait sans nul doute attiré leur attention.
Les trois femmes conversèrent en marchant et Min fut très surprise d’apprendre que ses deux amies étaient à Falme depuis presque aussi longtemps qu’Egwene et elle. Cependant, elle ne s’étonna pas qu’il leur ait fallu si longtemps pour se rencontrer dans une grande cité aux rues grouillantes de monde. D’autant plus qu’elle n’était guère sortie, préférant rester le plus près possible de son amie, tant elle redoutait de ne pas la retrouver lors de sa prochaine visite.
Et c’est ce qui arrivera si Nynaeve n’a pas une idée géniale…
L’odeur d’iode et de résine devint plus forte et le cri des mouettes perça quelque peu les tympans des trois femmes. La plupart pieds nus malgré le froid, les marins se faisaient de plus en plus nombreux dans la foule.
L’auberge avait été hâtivement rebaptisée Aux Trois Pruniers, mais on voyait encore le mot « Guetteurs » sous la nouvelle couche de peinture de l’enseigne maquillée à la va-vite. Malgré la foule qui se pressait dans les rues, la salle commune n’était pas remplie à moitié. Avec l’inflation, la plupart des gens n’avaient plus les moyens de s’offrir un moment de repos devant une bonne bière. Avec les deux cheminées qui la chauffaient, la salle avait tout d’une étuve et l’aubergiste plutôt replet se baladait en bras de chemise. Il jeta un drôle de coup d’œil à ses trois nouvelles clientes – sans sa tenue de Seanchanienne, supposa Min, il les aurait probablement expulsées d’office. Pour être honnête, dans leur robe grossière, Nynaeve et Elayne ne donnaient pas l’impression d’avoir des fortunes à dépenser dans une auberge.
L’homme que cherchait Min était assis dans un coin tranquille, comme toujours. Et, fidèle à lui-même, il marmonnait en sirotant son vin.
— Avez-vous un peu de temps à nous consacrer, capitaine Domon ? demanda Min.
Le marin leva les yeux, vit que la jeune femme n’était pas seule et se passa pensivement une main dans la barbe. Décidément, Min trouva que ce bouc sans moustache lui donnait un air bizarre.
— Tu as amené des amies pour qu’elles profitent de mes largesses ? Ce fichu haut seigneur a acheté ma cargaison ; du coup, j’ai de quoi rincer le gosier de tout un régiment. Asseyez-vous, mes dames.
Elayne sursauta quand Domon brailla :
— Aubergiste, du vin aux épices, et que ça saute !
— Ne t’inquiète pas, souffla Min à Elayne en prenant place au bout d’un banc, face au capitaine. Il ressemble à un ours, il crie comme un ours, mais c’est un doux agneau…
— Un ours ? répéta Domon. Oui, c’est assez bien vu… Mais toi, jeune dame, où en es-tu ? Aurais-tu renoncé à l’idée de filer ? Cette robe m’a l’air bien seanchanienne…
— Renoncer, jamais ! s’exclama Min.
Elle n’en dit pas plus, car une serveuse approchait avec le vin. Aussi prudent qu’elle, Domon attendit que la fille soit repartie avec quelques-unes de ses pièces.
— Que la Fortune me pardonne, amie, je ne voulais pas t’offenser ! La plupart des gens aspirent à continuer leur vie, que leurs maîtres soient seanchaniens ou non…
Soucieuse de s’affirmer, Nynaeve posa les coudes sur la table.
— C’est aussi ce que nous voulons, capitaine, mais sans Seanchaniens ! J’ai cru comprendre que vous lèveriez l’ancre bientôt ?
— Aujourd’hui, si c’était possible ! Tous les deux ou trois jours, ce maudit Turak me fait venir pour lui parler de toutes les anciennes choses que j’ai vues. Ai-je l’air d’un trouvère, par tous les diables ? Au début, j’ai cru que je m’en tirerais en lui racontant quelques histoires. À présent, je me demande ce qui se passera lorsque je ne l’amuserai plus. Ce type est capable d’avoir ma tête, tout simplement. Il a l’air d’une mauviette, au premier abord, mais il est aussi dur que le fer et aussi insensible.
— Votre bateau peut-il échapper à ceux des envahisseurs ? demanda Nynaeve.
— En d’autres termes, le Poudrin peut-il s’éloigner de Falme sans qu’une damane le coule par le fond ? La réponse est « oui », à condition de ne pas laisser un navire ennemi me suivre de trop près, une fois sorti du port… Il y a des récifs tout au long de cette côte et mon bateau est conçu pour naviguer sur des eaux peu profondes. Bref, je peux m’aventurer dans des zones où les mastodontes seanchaniens s’échoueraient à coup sûr. À cette époque de l’année, nos ennemis doivent se méfier particulièrement des vents qui soufflent en direction des terres ; donc, si je…
Nynaeve écourta ce savant exposé.
— Vous avez quatre passagères, capitaine ! Je compte sur vous pour appareiller dès que nous serons à bord.
Domon se tapota pensivement la lèvre supérieure.
— Il reste l’opération la plus délicate : sortir du port entier. Avec ces damane…
— Et si je vous disais qu’il y aura avec vous beaucoup mieux qu’une damane ?
Min écarquilla les yeux quand elle comprit à quoi Nynaeve faisait allusion.
— Et c’est à moi qu’elle prêche la prudence…, maugréa Elayne.
— De quoi parlez-vous ? demanda Domon, de plus en plus méfiant.
Nynaeve écarta les pans de sa cape pour aller récupérer la lanière de cuir nouée autour de son cou, sous le col de sa robe. Deux bagues d’or y étaient accrochées.
Min écarquilla les yeux en reconnaissant la chevalière qu’elle avait vue au-dessus de la tête de Nynaeve, environ une heure plutôt. L’autre anneau, taillé pour le doigt d’une femme, représentait un serpent qui se mord la queue.
Domon lui aussi fit des yeux ronds comme des soucoupes.
— Vous savez ce que c’est ? demanda Nynaeve.
Elle entreprit de retirer la bague de la lanière, mais le capitaine lui saisit la main.
— Cachez ça ! s’écria-t-il. Cette bague est terriblement dangereuse. Si quelqu’un la voit…
À première vue, personne ne s’intéressait aux trois femmes et à leur compagnon. Ça n’empêchait pas celui-ci de regarder partout, comme s’il était entouré d’espions.