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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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Mais il semblait que toutes les autres races intelligentes habitant la galaxie avaient été détruites par une curieuse épidémie, ne laissant aucun survivant, même sous une forme abâtardie ou dégénérée. Les peuples de Ninive et Tyr, eux aussi, avaient été détruits et étaient restés sans descendance. Les études scientifiques avaient démontré que les plus jeunes civilisations extra-solaires, sur la douzaine connue et observée, étaient mortes quatre-vingt mille ans plus tôt.

La galaxie est immense et l’homme continue de la fouiller à la recherche de ses frères stellaires, poussé par un désir pervers, fait de curiosité et de crainte. Bien que l’hyperpropulsion ait ouvert la voie vers tous les points de l’univers, il n’existe pas assez de personnel et de vaisseaux pour voir et étudier tous les mondes. Plusieurs siècles après sa première intrusion dans la galaxie, l’homme continuait à faire des découvertes ; certaines même près de lui. Sept planètes gravitaient autour de l’étoile Bêta Hydri, la quatrième portait une espèce douée d’intelligence.

Il n’y avait pas eu de débarquement. Une pareille possibilité avait été envisagée longtemps auparavant, mais on avait décidé d’éviter les conséquences imprévisibles d’une telle maladresse. La surveillance de Bêta Hydri IV avait été menée de derrière la couche nuageuse qui l’entourait. Des appareils ultra-sensibles avaient mesuré son activité cachée derrière cet épais rideau gris. On connaissait la production totale énergétique à quelques millions de kilowatts-heure près ; les districts urbains avaient été relevés et leur densité de population estimée ; grâce à l’étude des radiations thermiques, on avait même pu calculer le taux de développement industriel. Là-bas existait une civilisation puissante, agressive par son expansion continue, d’un niveau technique probablement comparable à celui du XXe siècle de la Terre. Sauf, et cette différence était capitale, que les Hydriens n’avaient tenté aucun essai pour voyager dans l’espace. La faute en incombait à l’écran de nuages. Des êtres n’ayant jamais aperçu d’étoiles ne manifestaient aucun désir de les atteindre.

Muller avait siégé dans les différentes et tumultueuses conférences qui avaient suivi la découverte des Hydriens. Il connaissait les motifs ayant conduit à laisser la race étrangère dans son isolement ; c’est pourquoi il comprenait combien devaient être urgentes les raisons de briser cette quarantaine. N’ayant aucune certitude sur ses relations éventuelles avec des êtres non humains, la Terre avait sagement choisi de se tenir à l’écart pendant un certain temps. Subitement, toute cette politique était remise en question.

— Que comptez-vous faire ? demanda-t-il. Une expédition ?

— Oui.

— Bientôt ?

— L’année prochaine.

Muller se raidit :

— Qui la dirigera ?

— Peut-être vous, Dick.

— Pourquoi peut-être ?

— Vous pourriez refuser.

— Un jour de mes dix-huit ans, dit Muller, j’étais avec une fille dans une forêt en Californie. Nous avons fait l’amour. Ce n’était pas exactement la première fois que cela m’arrivait, mais c’était la première fois que cela se passait vraiment bien. Après, nous nous sommes couchés sur le dos et nous avons regardé les étoiles. J’ai dit à mon amie qu’un jour je partirais dans le ciel et que je marcherais sur ces mondes lointains. Elle m’a répondu : « Oh, Dick, tu es formidable ! » Vous le savez aussi bien que moi, ce genre de pensées n’a rien d’étrange. Tous les mômes à dix-huit ans ont les mêmes rêves. Mais j’ai continué. Je lui ai dit que je ferais des découvertes dans l’espace, afin que mon nom devienne célèbre comme celui de Christophe Colomb, Magellan ou les premiers astronautes. Je disais que je serais toujours le premier, devant tous les autres, et que je me déplacerais au milieu du firmament comme un dieu. C’était un beau morceau d’éloquence. J’ai continué ainsi pendant dix minutes. Nous sommes restés silencieux, perdus dans notre contemplation, puis je me suis retourné vers elle et de nouveau je l’ai prise. Mais, même tournant le dos aux étoiles, je sentais s’affermir en moi mes ambitions. (Il sourit :) Il y a des choses que l’on dit à dix-huit ans et que l’on ne peut plus jamais répéter.

— On peut aussi faire certaines choses à dix-huit ans que l’on ne peut plus recommencer plus tard, dit Boardman. Eh bien, Dick ? Vous avez dépassé la cinquantaine, n’est-ce pas ? Vous avez voyagé d’étoile en étoile. Vous sentez-vous un dieu ?

— Parfois.

— Voulez-vous aller sur Bêta Hydri IV ?

— Vous savez très bien que oui.

— Seul ?

Muller sentit le plancher se dérober sous lui. Il eut la même sensation que lors de son premier départ cosmique, plongeant pour se perdre dans l’univers infini :

— Seul ?

— Nous avons entrepris des études prospectives. Elles ont conclu qu’envoyer une équipe serait une erreur. Déjà les Hydriens n’ont pas très bien accepté nos yeux-robots. Vous l’avez constaté ; ils ont ramassé celui-ci et ils l’ont écrasé. N’ayant encore jamais rencontré d’êtres intelligents différents de nous, nous ne connaissons absolument pas leurs structures psychologiques. Mais nous pensons qu’il est plus sûr, sur le plan des risques éventuels et aussi de l’effet produit sur leur société, d’envoyer un seul ambassadeur. Un homme venant pacifiquement ; un homme ayant assez d’expérience des situations complexes et entièrement nouvelles ; et suffisamment intelligent et fort pour prendre des initiatives permettant d’établir un premier contact. Deux éventualités existent : ou il est mis en pièces dans les trente secondes qui suivent l’atterrissage, ou, s’il survit, il aura accompli un acte véritablement unique dans l’histoire de l’humanité. Voilà l’option qui vous est proposée.

Comment refuser ? Être le premier ambassadeur auprès des Hydriens ! Partir seul, fouler un autre sol et être porteur du premier message des hommes à leurs voisins du cosmos…

La récompense en était l’immortalité. Son nom écrit pour toujours dans les étoiles.

— Quelles sont les chances de s’en sortir ? demanda-t-il.

— Les ordinateurs donnent une chance sur soixante-cinq de revenir entier, Dick. Bêta Hydri IV n’est pas une planète du type de la nôtre, vous serez donc obligé d’avoir un système protecteur. Il se peut aussi que la réception soit fraîche. Enfin, je vous le répète : une sur soixante-cinq.

— Ce n’est pas mal.

Boardman fit une grimace :

— Je peux vous dire que moi je n’accepterais jamais un tel taux de risques.

— Vous non, mais moi je pourrais.

Il termina son verre. Mener cette mission à bien signifiait l’assurance d’une gloire impérissable. Et même l’échec, sanctionné par la mort, n’était pas si terrible. Il avait bien vécu. Il y avait des morts bien plus terribles que d’être tué en mission, investi par les hommes pour les représenter auprès d’une espèce différente. Tout le poussait à accepter : son orgueil démesuré, sa soif de gloire, son désir enfantin, auquel il n’avait pas voulu renoncer, de devenir célèbre. Après tout, les risques n’étaient pas si grands.

Marta revint, encore toute mouillée de son bain. Les petites perles d’eau scintillaient sur son corps nu et ses longs cheveux se plaquaient sur ses épaules. Elle était légèrement essoufflée ; ses seins, petits cônes de chair douce et tendre ponctués d’un bouton rose, se soulevaient en cadence. Elle pourrait presque être une gamine trop vite poussée, songea Muller, s’émerveillant de ses hanches étroites et de ses cuisses longues et minces. Boardman lui passa un séchoir. Elle le mit en marche et pénétra dans le champ jaune. Sous la chaude lumière, elle fit un tour complet, puis elle sortit et décrocha sa tenue. Sous le regard des deux hommes, elle s’habilla sans se presser.

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