Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
— Vous sortez, Mother ? Qui va s’occuper de vos clients ?
— Mura a les clés, répondit-elle. Mais soyez gentil, jetez un coup d’œil de temps en temps. Elle n’est pas aussi ferme que moi.
Elle plaça quelque chose dans sa main qu’il fit disparaître aussitôt.
— Je le ferai. Vous resterez dehors toute la nuit ?
— J’espère que non. Il vaudrait peut-être mieux que j’aie un laissez-passer, vous ne pensez pas ? Je voudrais rentrer directement chez moi dès que j’en aurais terminé.
— Eh bien, maintenant ils sont devenus plus stricts pour les laissez-passer.
— Vous cherchez toujours le fils du mendiant ?
— En fait, oui. Mais nous le trouverons. S’il s’est enfui à la campagne, nous l’affamerons ; s’il est resté en ville, nous finirons bien par l’attraper.
— En tout cas, vous ne pouvez pas me confondre avec lui. Alors donnez donc un laissez-passer temporaire à une vieille femme qui doit faire une visite.
Sa main reposait contre la porte. Le bout d’un billet apparut.
Il le regarda, puis se détourna.
— Minuit. Est-ce suffisant ?
— Plus qu’il n’en faut, je pense.
Il prit son carnet, écrivit quelque chose, détacha un imprimé, et le lui tendit. Comme elle le prenait, l’argent disparut.
— Ne rentrez pas plus tard que minuit.
— Plus tôt, j’espère.
Il jeta un regard à l’intérieur de la chaise. Puis se tourna vers ses accompagnateurs. Les quatre porteurs attendaient patiemment sans rien dire, et pour cause, ils n’avaient pas de langue.
— Le garage Zénith ?
— C’est toujours là que je me sers.
— J’avais bien cru les reconnaître. Ils sont bien assortis.
— Regardez-les bien. L’un d’eux pourrait bien être le fils du mendiant.
— Ces grandes brutes poilues ! Allez-y, Mother.
— Salut, Shol.
Une fois rehaussée, la chaise s’éloigna en trottinant. Après avoir tourné l’angle de la rue, elle les fit ralentir et tira les rideaux. Puis elle tapota les coussins éparpillés autour d’elle.
— Ça va ?
— Je suis écrabouillé.
— Mieux vaut cela que d’être raccourci. Je vais bouger un peu. Tes genoux sont osseux.
Elle passa une partie du trajet à transformer sa tenue, et à mettre des bijoux. Elle voila son visage de façon à ne plus montrer que ses yeux noirs et vifs. Lorsqu’elle eut terminé, elle sortit la tête et donna des instructions au chef des porteurs. La chaise oscilla vers la droite du port. Quand ils atteignirent la route bordée par la haute grille infranchissable, il faisait presque nuit.
La porte des astronautes se trouve au pied de la Rue de la Joie, celle pour les passagers est à l’est de celle-là dans le Bâtiment du Contrôle de l’Emigration. Plus loin, dans le quartier des Entrepôts, c’est la Porte des Commerçants avec les chargements et la douane. Les portes des chantiers sont beaucoup plus éloignées. Entre les deux, il y en a une petite réservée aux nobles assez riches pour posséder un yacht spatial privé.
La chaise atteignit la grille du port non loin de la Porte des Commerçants, tourna et se dirigea. Cette Porte se composait de plusieurs sorties avec une plate-forme de chargement qui passait à travers la barrière, de façon à ce que le camion des dépôts puisse décharger la marchandise que les inspecteurs du Sargon vont peser, mesurer, classer, trier, ouvrir, et passer aux rayons X, si cela s’avère nécessaire, qui va glisser ensuite vers les camions du port pour être transportée devant les vaisseaux.
Cette nuit, la barrière de la plate-forme numéro trois était levée. Le Libre-Commerçant Sisu terminait de charger. Son maître observait, discutait avec les inspecteurs, et facilitait les choses en leur graissant la patte. Un officier subordonné, muni d’un carnet et d’un crayon, l’aidait en faisant le pointage.
La chaise à porteurs se fraya un chemin à travers les camions et passa près du pont. Le capitaine leva la tête au moment où la dame voilée se pencha dehors pour regarder l’animation. Il consulta sa montre et dit à son officier.
— Plus qu’un chargement, Jan. Tu vas partir avec ce camion. Je suivrai avec le dernier.
— D’accord, mon capitaine.
Le jeune homme grimpa sur le marchepied du camion et dit au chauffeur de démarrer. Un autre camion prit la place du précédent. Il chargea rapidement car le maître du vaisseau n’avait pas grand-chose à discuter avec les inspecteurs. Toutefois il ne fut pas satisfait, et demanda qu’on recommence tout depuis le début. Le chef des chargeurs n’était pas content, mais le capitaine le consola, consulta encore une fois sa montre et dit :
— Nous avons encore le temps. Je ne veux pas que ces caisses craquent avant d’être chargées. La marchandise coûte cher. Alors, faisons le travail comme il faut.
La chaise à porteurs longeait la grille. Bientôt il fit noir. La dame voilée regarda le cadran lumineux de sa montre-anneau et pressa les porteurs de trotter.
Ils arrivèrent enfin devant la porte réservée aux nobles. Elle pencha sa tête dehors et cria :
— Ouvrez !
Il y avait deux gardes en faction, l’un dans une pièce adjacente, l’autre flânait dehors. Celui à l’extérieur ouvrit la barrière, mais plaça son bâton en travers quand la chaise voulut passer. Une fois arrêtés, les porteurs la baissèrent jusqu’au sol avec leur main droite, de telle façon que la porte se trouvait juste en face de la barrière.
La dame voilée cria :
— Laissez passer, coquin ! Je vais au yacht de Lord Marlin.
Le garde devant la barrière hésita.
— Madame, a-t-elle un laissez-passer ?
— Es-tu idiot ?
— Si madame n’en a pas, continua-t-il lentement, peut-être voudra-t-elle suggérer au garde un moyen de s’assurer qu’elle est bien attendue par Lord Marlin.
La dame voilée était une voix dans la nuit. Le garde eut l’intelligence de ne pas éclairer son visage ; il avait une longue expérience des nobles et enrageait.
— Puisque tu persistes à être idiot, appelle Lord Marlin sur son yacht ! Téléphone-lui donc. Je te garantis que cela ne va pas lui faire plaisir.
Le garde dans la pièce sortit.
— Tu as des problèmes, Sean ?
— Euh, non.
Ils tinrent un bref conciliabule, puis le subalterne rentra pour téléphoner au yacht de Lord Marlin, tandis que l’autre attendait dehors.
Mais visiblement la dame voilée n’avait pas l’intention d’en supporter davantage. Elle ouvrit la porte de la chaise à la volée, en sortit et se rua dans la pièce comme une furie suivie de l’autre garde complètement effaré. Celui qui téléphonait arrêta de presser les touches, leva les yeux… et se sentit très mal à l’aise. La situation était pire que ce qu’il avait imaginé. Ce n’était pas une jeune fille volage qui avait échappé à ses chaperons, mais une douairière déchaînée : le genre de personne avec suffisamment d’influence pour briser la carrière de quelqu’un ou même pis que cela, et suffisamment de hargne pour en être capable. Il écouta bouche bée les invectives les plus mordantes parmi celles dont il avait eu le malheur d’être accablé pendant toutes ces années passées à contrôler les nobles.
Pendant que l’attention des gardes était détournée par la rhétorique haute en couleur de Mother Shaum, une silhouette se détacha de la chaise à porteurs, franchit la barrière et s’évanouit rapidement dans l’obscurité. Thorby courut comme s’il entendait des balles siffler autour de lui ; il cherchait une route qui coupait sur la droite celle qui venait de la barrière. Quand il la trouva, il se jeta par terre et attendit hors d’haleine.