Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Peu importe. Donnez-moi une liste la plus complète possible. Nous ferons le tri ensuite.
— Si vous pouviez me préciser ce que vous recherchez…
— Pour commencer : qui est venu dans ce temple pour y faire ses dévotions, se débrouillant dans la foulée pour se renseigner sur les événements récents… et sur les visiteurs sortant de l’ordinaire, par exemple ?
— Plusieurs personnes, en fait. Un établissement comme celui-ci fait un peu office de service des renseignements, vous savez, et pas seulement pour les bouddhistes. »
Je sais. C’est pour cela que la Patrouille a contribué à sa fondation il y a un demi-siècle. Dans l’Europe médiévale, certains monastères ont pour nous le même usage. « Continuez. Soyez plus précis, vous aussi. S’il vous plaît.
— Eh bien, conformément aux instructions, je suis resté dans cette modeste cellule plutôt que d’emménager dans des quartiers plus confortables, afin d’être mieux à même d’observer les allées et venues. Dans leur grande majorité, les visiteurs ne m’ont paru en rien suspects. J’aimerais vraiment que vous me donniez un peu plus de précisions.
— Je recherche des individus qui paraissent déplacés dans ce milieu spatio-temporel, du fait de leur ethnie, de leur culture ou… de toute autre trait qui aurait éveillé votre attention. On m’a dit que cette bande était plutôt du genre disparate. »
La lampe éclaira faiblement un sourire ironique. « Vu l’époque dont vous êtes originaire, vous pensez peut-être à des terroristes arabes, non ? Eh bien, j’ai discuté avec deux Arabes affirmant être négociants en épices, et rien ne me permet de douter de leur sincérité. Mais il y avait ces Irlandais… Oui, c’étaient vraisemblablement des Irlandais. Deux hommes d’une grande beauté, aux cheveux noirs et à la peau blanche, comme si le soleil de l’Asie ne les avait jamais touchés. Si c’étaient bien des Irlandais, ils n’étaient pas originaires de la présente époque, n’est-ce pas ? Les Irlandais d’aujourd’hui sont encore plongés dans la barbarie. »
Everard s’efforça de réfréner son excitation – ce n’était pas ce genre de suspect qui intéressait Holbrook. Son interlocuteur lui semblait digne de confiance, mais quand on a affaire à un gibier de cet acabit, on limite les risques au maximum. Les Exaltationnistes devaient se douter qu’un historien de la Patrouille était en poste à Bactres. Peut-être même avaient-ils fait le nécessaire pour l’identifier. Dissimule tes traces !
« Que prétendaient-ils être, est-ce que vous le savez ? s’enquit-il.
— Je n’ai pas assisté à la conversation qu’ils ont eue avec Zénodote. C’est un Grec qui s’est converti au bouddhisme, et le moine le plus au fait des affaires de la cité. Je me suis efforcé de le cuisiner après coup, sans paraître trop curieux comme on me l’avait conseillé. D’après ce qu’il m’a rapporté, ils disaient être des Gaulois – des Gaulois civilisés de la région de Massalia.
— Possible. Ils étaient bien loin de chez eux, mais l’existence de grands voyageurs de ce type est attestée. Voir ma propre couverture, par exemple.
— En effet. C’est leur aspect physique qui m’a amené à me poser des questions. Des Gaulois du sud auraient dû ressembler aux Français méridionaux de mon époque et de la vôtre, non ? Enfin, peut-être descendaient-ils de migrants venus du nord. Ils ont déclaré à Zénodote que notre cité leur plaisait fort et qu’ils envisageaient de se lancer dans l’élevage des chevaux quelque part à l’intérieur des terres. Pour ce que j’en sais, ce projet ne s’est jamais concrétisé. Depuis lors, il m’est arrivé de les apercevoir dans la rue, à moins qu’il ne s’agisse de personnes leur ressemblant grandement. D’après certains ragots, il y avait sans doute dans leur groupe une femme qui est devenue par la suite une courtisane plutôt cotée. C’est tout ce que je peux vous dire sur leur compte. Cela vous sera-t-il utile ?
— Je n’en sais rien, grommela Everard. Mon rôle se borne à transmettre vos observations aux agents compétents. » Dissimule tes traces !» Autre chose ? Des étrangers prétendant être libyens, égyptiens, juifs, arméniens, scythes – n’importe quelle contrée exotique fera l’affaire – mais dont l’allure ne collerait pas avec l’origine affichée ?
— J’ai gardé les yeux ouverts, aussi bien dans ce temple que dans les rues de la cité. Mais, ne l’oubliez pas, je suis peu entraîné à repérer des anomalies dans la physionomie des uns et des autres. Rien que chez les Grecs et les Iraniens, on trouve une complexité ethnique à vous donner le vertige. Maintenant que j’y pense, il y avait bien cet homme venu de Jérusalem… voyons, c’était il y a trois mois environ. Je vais vous transmettre mes notes. La Palestine, comme vous le savez, est placée sous la domination de Ptolémée IV, qu’Antiochos a déjà eu l’occasion d’affronter. À l’en croire, cet homme n’a rencontré aucune difficulté pour traverser le territoire syrien…»
Everard n’écoutait qu’à moitié. Il avait la conviction que Théonis et ces prétendus Gaulois étaient ceux qu’il recherchait. Mais il ne tenait pas à ce que Chandrakumar s’en rende compte.
«… une demi-douzaine de Tokhariens venus de l’autre rive du fleuve Iaxartes, qui avaient traversé la Sogdiane pour venir vendre leurs fourrures. Comment ils ont obtenu la permission de passer…»
Un cri retentit dans le couloir. Puis ce fut une course précipitée. On entendit un bruit de bottes et un fracas métallique.
« Que diable ! » Everard se leva d’un bond. Il était venu sans armes, ainsi qu’il seyait à un civil, et il avait également laissé son équipement dans la demeure d’Hipponicus, de crainte de se faire repérer. C’est pour toi, Manse, s’écria-t-il mentalement, sûr de ce qui l’attendait.
Une main écarta la tenture. La chiche lumière permettait de distinguer un casque, une cuirasse, des jambières, la lame d’une épée. L’intrus, un Macédonien, était accompagné de deux de ses camarades. Peut-être y en avait-il d’autres dans le vestibule. « Garde de la cité ! annonça l’homme en grec. Méandre l’Illyrien, je t’arrête. »
Le moine portier les a guidés vers la cellule où je me trouvais, mais comment se fait-il qu’ils connaissent mon nom ? « Par Héraclès ! jura-t-il. Pour quelle raison ? Je n’ai rien fait. » Chandrakumar s’était tapi dans un coin.
« Tu es accusé d’être un espion à la solde des Syriens. » Le capitaine des gardes n’était pas tenu par la loi d’énoncer le chef d’accusation, mais sa nervosité le rendait bavard. « Sors d’ici. » Son épée s’agita. Il lui suffirait de tendre le bras pour la plonger dans le ventre du suspect si celui-ci refusait d’obtempérer.
C’est forcément un coup des Exaltationnistes, mais comment ont-ils réussi à me percer à jour et à me faire appréhender aussi vite ?
Celui qui hésite est perdu. D’un geste vif, Everard renversa la lampe sur son étagère. Une brève flambée d’huile, puis ce fut le noir total. Everard, qui avait déjà changé ses appuis, adopta la position accroupie. Soudain aveugle, le Macédonien poussa un rugissement et frappa au jugé. Les yeux d’Everard, qui avaient eu le temps d’accommoder dans la pénombre, ne perdaient rien des événements. Il tendit le bras, la paume en avant, et se redressa d’un bond. Un craquement d’os. La tête du capitaine partit en arrière. Son épée tomba sur le sol. Il chancela et s’effondra sur ses hommes, gênant leurs mouvements.