Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
Enfin, qu’en faire ? Comment l’utiliser sans attirer l’attention de leurs hôtes ?
À toutes ces interrogations s’en ajoutait une des plus simples : Pourquoi se cacher ? Umbo n’avait qu’à demander à visiter le vaisseau enterré quelque part dans l’entremur. Il ferait passer cela pour une sortie sur le terrain dans le cadre de ses recherches… Pas de quoi éveiller les soupçons.
« J’aimerais me rendre au vaisseau, annonça-t-il au dîner.
— Tu veux que je vienne avec toi ? » proposa Rigg.
Si Rigg l’accompagnait, alors cela deviendrait son expédition. Et si elle était réussie, alors ce serait grâce à lui. Sans qu’il ne demande rien à personne : il était le premier à fuir les éloges. Mais c’était justement cette noble humilité qui inciterait les autres à lui attribuer le mérite des découvertes, même si Umbo en était l’auteur.
Et cela, Umbo le refusait. Non, tout ce qu’il aurait voulu, lui, c’était que Param l’accompagne. Se propose de l’accompagner.
Mais ce soir, face à son assiette, la jeune fille affichait une telle béatitude qu’Umbo s’étonna qu’elle vise encore juste avec sa fourchette, et ne s’en mette pas partout sur la figure.
Elle se passait très bien de lui, de toute évidence. De lui et d’Olivenko, d’ailleurs, se consola-t-il. En même temps, elle ne s’isolait plus dans son entremonde au ralenti comme autrefois, preuve qu’elle ne boudait ni ne fuyait leur compagnie. Elle appréciait juste un peu de solitude.
Insensé. Tous les êtres humains ressentaient le besoin de s’assembler, même les timides, les introvertis, les méfiants. Comment Param se débrouillait-elle pour combler ce besoin ? À quelle tribu appartenait-elle ? Pas à la leur, à en juger par son indifférence. Elle était aussi distante avec eux qu’avec les Enfants d’Odin.
À moins que la présence d’Umbo n’en ait été la cause. Lui que les autres considéraient, il le sentait, comme le maillon faible, le plus friable de tous. Le pleurnicheur, qui s’écroule en apprenant que son père n’est pas celui qu’il croit. Le jaloux, qui mitraille publiquement Rigg de son puéril ressentiment. Umbo n’avait pas à en rougir : Rigg l’avait un peu cherché, à prendre le pouvoir quand il n’était pas plus légitime qu’un autre. Mais il aurait souhaité un peu plus de patience, un peu plus de retenue de sa propre personne. Car depuis, les autres semblaient y aller avec des pincettes avec lui, de peur de le voir sortir de ses gonds à la moindre contrariété.
Mieux vaut s’attaquer à un petit problème aujourd’hui qu’à un énorme demain, avait-il envie de leur répondre.
Mais comme il n’avait aucune certitude qu’ils l’excluaient pour mieux le ménager, il lui était difficile d’aborder le sujet sans passer pour un paranoïaque.
Umbo n’était pas un loup solitaire. Il aimait la compagnie, se faire des amis, se sentir accepté. Et s’il reniflait la méfiance des autres, il s’isolait de lui-même. Il en souffrait, étouffé par la colère et la rancœur. Ces mêmes sentiments qui l’avaient déjà suffisamment fragilisé dans le groupe.
Et pourtant, il n’arrivait pas à corriger le tir avec Rigg. Qu’il s’excuse d’abord ! Celui qui avait dressé cette barrière entre eux, c’était lui, avec ses airs supérieurs et la manière qu’il avait, lui et les autres d’ailleurs, de le traiter comme le dernier à consulter dans les prises de décision communes.
« Je vais y aller seul », finit-il par répondre en espérant secrètement qu’un volontaire – n’importe qui, Miche, Olivenko – se manifeste, au moins pour couvrir ses arrières.
Mais comme il fallait s’y attendre, aucun ne se proposa. Il n’y avait que lui pour suspecter les Enfants d’Odin de leur vouloir du mal. Nul ne commenta donc sa décision, à part Olivenko, qui déclara laconiquement : « Je me demande s’ils accepteront de t’y emmener.
— Et pourquoi pas ? » l’interrogea Umbo nonchalamment.
Il tenait enfin son débat : les Enfants d’Odin les retenaient-ils ici prisonniers comme de vulgaires espions, ou leur offraient-ils l’hospitalité réservée aux sympathisants d’une cause commune ?
« Parce que c’est loin. Je me demande s’ils te prêteront leur aéronef, comme à Miche. »
Et la conversation dévia sur un autre sujet.
Le soir, Umbo prit soin d’éviter Père-Souris et Saute-Nuages. Un jeu d’enfants : l’un comme l’autre étaient aussi prévisibles que le jour et la nuit.
Une fois assuré de ne pas les croiser, il se mit en route vers un taillis d’arbres creux qu’il savait habités par un ou plusieurs de leurs congénères.
« Excusez-moi ! lança-t-il. Il y a quelqu’un ? Ohé ! »
Une tête émergea à mi-hauteur du tronc, suivie d’une paire d’épaules.
« Oui ? bredouilla timidement la jeune femme.
— Je m’appelle Umbo. Je viens de l’entremur de Ram.
— Je sais.
— J’essaie de comprendre comment fonctionnent les vaisseaux interstellaires. J’aurais besoin de voir celui de votre entremur. Où trouver un aéronef dans le coin ?
— Nulle part », rétorqua la femme.
Et elle disparut dans le tronc.
Umbo resta planté au pied de l’arbre, tout penaud.
Comme par hasard, Saute-Nuages fit son apparition quelques minutes plus tard, l’air perplexe.
« Pourquoi ne pas nous avoir demandé de vous emmener ?
— Parce que je ne vous ai pas trouvés, ni à la bibliothèque ni ailleurs. Comme j’étais dans les parages, j’en ai profité pour toquer à un tronc.
— Depuis un an que vous êtes ici, fit remarquer Saute-Nuages, il n’a pas dû vous échapper que l’on ne se pressait pas pour vous rencontrer.
— Non. Je me suis bien demandé pourquoi, d’ailleurs.
— La réponse est simple. Vous symbolisez notre déroute. Nos neuf échecs consécutifs. Et vous voici, cinq drôles sortis de nulle part, et vous comptez réussir là où la crème de l’entremur a échoué, encore et encore ? Que pensez-vous qu’ils éprouvent ? »
La même chose que des gens à qui l’on a interdit de parler. Il garda cette réponse pour lui.
« Pardonnez mon manque de tact, s’excusa Umbo. Mais la blessure infligée à cette dame cicatrisera d’elle-même, je pense.
— Vous l’avez blessée plus profondément que vous ne le pensez, riposta Saute-Nuages. Vous ne faites preuve d’aucune empathie. Vous ne comprenez pas notre douleur.
— Votre douleur ? Regardez autour de vous. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
— Si je ne vous connaissais pas, poursuivit Saute-Nuages, je dirais que vous êtes fou. Mais notre sens de l’humour est à toute épreuve. La vie en marge de l’entremur est terne et misérable, alors un bon conseil : respectez la solitude de ces gens. Ils la chérissent. Tout le monde la chérit ici, mais Père-Souris et moi-même avons pris sur nous de vous aider. Quelqu’un devait le faire.
— Comment cela, une vie “terne et misérable” ?
— Une vie dans l’ombre du Mur, si vous préférez.
— Pourquoi ne pas vous en éloigner ? Reprenez aux animaux quelques hectares de leurs immenses réserves. »
Saute-Nuages secoua la tête.
« Vous semblez ne pas vouloir comprendre. Vivre aux abords du Mur n’est pas un choix. C’est une nécessité.
— Nécessité ? À quoi vous sert-il ?
— À marcher dedans, quelle question.
— Marcher dans le Mur ? C’est de la pure folie !