Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Alors pourquoi en avoir amené deux ? s’étonna Olivenko.
— Miche communique avec elle, l’affranchit Rigg. Pas toi ?
— Disons plutôt qu’elles communiquent avec moi, rectifia le principal intéressé.
— Comment ? » s’intéressa Umbo, soudain piqué de curiosité.
Le jeune cordonnier avait séché ses larmes et ravalé sa rancœur, pour leur plus grand plaisir à tous.
« En parlant », expliqua sobrement Miche.
L’une des deux souris pivota alors sur l’épaule du tavernier pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille.
« Des hautes fréquences, devina Rigg. Imperceptibles par les humains. À moins de disposer d’un récepteur… ou d’un crocheface.
— J’entends des voix depuis qu’on est arrivés, développa Miche. Au début, je ne comprenais pas d’où venaient ces commentaires incessants sur chacun de nos faits et gestes, dans une langue inconnue. Puis Père-Souris nous a présenté ses souris, et j’ai compris. Je les ai surprises en train de communiquer entre elles et de passer leurs ordres aux mécanismes dérobés dans les murs. Les Enfants d’Odin pensaient que leurs souris ne parlaient pas notre langue, mais elles nous comprennent depuis le début.
— Ce qui explique ta petite balade en solitaire dans la prairie, observa Umbo.
— Le crocheface a développé une seconde paire de cordes vocales dans mon larynx, à ma demande, poursuivit Miche. Je suis aujourd’hui capable de reproduire leurs sons. Vous seriez surpris d’entendre comme leur langue est claire et douce à l’oreille. Et comme ces petites bêtes parlent vite. De vraies mitraillettes.
— Comment être sûrs qu’elles n’ont rien dévoilé aux Enfants d’Odin ? souleva Olivenko.
— Elles ne leur doivent plus rien depuis longtemps. Père-Souris les a croisées avec des gènes altérés de colons il y a des siècles de cela. Mais depuis, ce sont elles qui gèrent leur propre évolution, leur propre génome. En forçant le trait, je dirais qu’elles représentent la race humaine de l’entremur. Comparés à elles, les yahous sont de vrais sauvages.
— Je l’ignorais, se manifesta subitement Odsac.
— Vous n’avez rien entendu, d’ailleurs, intervint Rigg. Expurgez cette information des mémoires de tous les sacrifiables et de tous les vaisseaux. Qu’elle ne s’ébruite pas.
— Aucune crainte, le rassura Miche. Les souris ont intégré des routines de suppression dans le code des ordinateurs de bord, qui formate tout ce qui les concerne dans les trente minutes suivant un enregistrement. Ce stockage volatil leur permet de tenir des conversations cohérentes avec les sacrifiables, tout en s’assurant de leur amnésie ultérieure. Les souris retiennent tout, elles n’ont pas besoin de copies de sauvegarde.
— Elles sont si minuscules, s’émerveilla Rigg.
— Et leur entente est parfaite, poursuivit Miche. Chaque souris approche le quotient intellectuel d’un enfant disons “normal” – ou non modifié génétiquement. Père-Souris a réalisé un sacré exploit en casant un tel cerveau dans un si petit crâne. Et celui des souris ne fut pas moindre, de réussir à se spécialiser et à coopérer à la perfection.
— Elles stockent chacune une section de la bibliothèque, devina Rigg.
— Oui, c’est ce qui explique leur présence par dizaines dans chaque salle, acquiesça Miche. Elles communiquent en continu avec leurs vastes hordes de congénères dehors. Chacune se focalise sur sa tâche et fait une confiance aveugle aux autres pour remplir la leur. Quatre d’entre elles valent un Enfant d’Odin. Alors des milliards… Jamais intelligence humaine n’a atteint un tel degré.
— Sauf assistée par un ordinateur, émit Olivenko.
— Un ordinateur n’est qu’une pâle copie de cerveau. De la mémoire, de la rapidité de calcul, mais pas de matière grise… juste des programmes.
— Le cerveau humain ne peut-il être assimilé à une sorte d’ordinateur exécutant une série de programmes ? suggéra Rigg, qui avait dû tirer cette idée du rayon littérature terrestre de la bibliothèque.
— Les humains conçoivent des machines puis se mentent à eux-mêmes, en se proclamant moins intelligents que leurs créations pour mieux se conforter dans l’idée qu’elles reflètent leur intelligence suprême. Mais ils ont tout faux. En matière d’intelligence, ordinateurs et humains ne luttent pas dans la même catégorie.
— L’homme qui se faisait passer pour mon père était une machine, rappela Rigg. Et je n’ai jamais croisé quelqu’un de plus brillant.
— Il n’avait pas son pareil pour le faire croire, en tout cas. Il était surtout doué pour te bombarder de chiffres, de faits ou de procédures. Mais pour mener une réflexion approfondie ? Il ne t’arrivait pas à la cheville dans ce domaine. Une chose que les souris ont vite comprise, c’est qu’elles étaient bien plus futées que les sacrifiables, et même les égales des humains.
— Tu disais tout à l’heure qu’à plusieurs, elles les surpassaient, même, déclara Umbo.
— En termes de mémoire et de calculs, oui, confirma Miche. Mais un cerveau est un cerveau. Une pensée est une pensée. Les travaux des Enfants d’Odin ont permis de doper leur intelligence cérébrale, de l’équiper de meilleurs outils, mais l’esprit se distingue de la machinerie organique qu’il habite.
— Ça y est, le philosophe est de retour, commenta Olivenko. Tu ne viendrais pas de découvrir ce que l’on appelle l’âme, par hasard ?
— Rigg l’a découvert, reprit Miche. Umbo aussi.
— Hein ? Quand ça ? se réveilla ce dernier.
— Moi, non, je n’ai rien découvert du tout, réfuta Rigg.
— Les traces, développa Miche. La part de vous-même capable de voir le passé. Où est-elle inscrite dans votre génome ?
— Les Enfants d’Odin nous ont confié avoir greffé des gènes humains capables de… commença Rigg avant de se taire, soudain conscient que Père-Souris et Saute-Nuages avaient juste insinué ce dont il avait fini par se convaincre tout seul.
— S’ils avaient réussi à isoler les gènes des maîtres du temps, fit remarquer Miche, pourquoi faire appel à vous ?
— Ils les cherchent encore, devina Olivenko.
— Ils ont passé ces derniers mois à passer au microscope chaque empreinte génétique laissée derrière vous, signala Miche. Leurs souris collectent tous les échantillons qu’elles peuvent.
— Et ?
— Et il n’y a rien à trouver ! Pas dans les gènes en tout cas. La part de nous qui laisse une trace dans le temps liée à la gravité de la planète ne se situe pas dans le cerveau.
— Les animaux en laissent aussi, observa Rigg. Les plantes également, à leur manière.
— La vie vient de l’âme, poursuivit Miche. Les matières vivantes possèdent une âme, un esprit, une pensée. Les individus vivants entretiennent une certaine relation avec leur planète de résidence. Leur passé voyage avec eux à travers le temps et l’espace. Et il leur survit. Bien après la mort de l’organisme, la trace est encore là, chargée d’une vie à redécouvrir, d’une foule d’instants à contempler, à revisiter. »
Rigg rougit avant même d’avoir pu formuler sa pensée.
« Et je n’ai rien vu.
— Tu aurais dû, pourtant.
— Voir quoi ? s’enquit Umbo.
— Que dans l’entremur d’Odin, les traces des souris n’en sont pas, l’éclaira Miche.
— Le philosophe est aussi devin, à ce que je constate, commenta Olivenko.
— Il m’a suffi de lire sur ses petites joues rouges. Le contexte de la conversation a fait le reste.
— Leurs traces sont petites mais éclatantes, exposa Rigg. Et de la même… couleur, ou texture – difficile de la définir – que les traces humaines. C’était là, sous mes yeux, et je n’ai rien vu parce que…