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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Le manifeste du 17 octobre 1740 annonce la mort de l’impératrice Anna et la nomination du régent Biron, qui obtient « la puissance et le pouvoir de s’occuper des affaires de l’État, tant intérieures qu’extérieures ». La régence de Biron dure exactement trois semaines. Dans la nuit du 8 au 9 novembre, le feld-maréchal Munich et son aide-de-camp Manstein prennent avec eux quelques dizaines de soldats de la garde du palais et, avec l’accord d’Anna Leopoldovna, décident de sauver la Russie de Biron. Le Palais d’Été où se trouve alors le duc est gardé par trois cents hommes du régiment Preobrajenski. Mais dès qu’apparaît Munich, ancien lieutenant de ce même régiment, tous passent de son côté. Biron, ses frères et ses partisans sont arrêtés. Délivrée de la « tyrannie du duc de Courlande », Anna est proclamée régente jusqu’à la majorité de son fils. Un jugement sommaire condamne Biron à la peine capitale et Bestoujev à l’écartèlement. Leurs peines, au bout du compte, seront moins sévères : Biron est relégué à Pelym, à trois mille verstes de Pétersbourg, et Bestoujev assigné à résidence, jusqu’à la fin de ses jours, dans le domaine de son père.

Le renversement de Biron n’a rien d’un coup d’État. Certes, le régent est écarté du pouvoir, mais les conjurés ne songent pas un instant à bafouer la volonté d’Anna Ioannovna, ils entendent respecter son choix du petit Ivan Antonovitch pour lui succéder sur le trône. D’un autre côté, l’action menée par Munich et ses gardes est un coup de force autrement plus important que la promesse d’un soutien armé obtenue des officiers de la garde par Catherine Ire et Anna Ioannovna. Cette fois, les épées sont tirées des fourreaux et cela se révèle suffisant. La garde devient, dès lors, un facteur essentiel dans le réglement des questions de succession.

Une mignonne blonde, débonnaire, douce, indolente et paresseuse : ainsi Nikolaï Kostomarov décrit-il Anna Leopoldovna. La régente de l’Empire de Russie – c’est le titre que lui donne le manifeste annonçant le renversement de Biron – a vingt-deux ans. Autour d’elle gravitent de nombreux conseillers qui se chargent volontiers de gouverner le pays – une occupation qui ne l’intéresse guère. Les conseillers sont trop nombreux et, aussitôt après l’arrestation de Biron, ils se livrent entre eux une lutte acharnée.

Nommé Premier ministre, le feld-maréchal Munich prétend à un pouvoir illimité. Le baron Ostermann, habitué depuis des années à gérer les affaires russes sans concurrent sérieux, se ligue contre le feld-maréchal avec l’époux de la régente, Antoine-Ulrich de Brunswick qui, après le coup de force, est devenu généralissime, ce qui fait de lui le premier personnage de l’Empire. Le comte Lynar, ambassadeur de Pologne, exerce une influence considérable sur Anna Leopoldovna. Jeune et beau, il représentait Auguste III à Pétersbourg sous le règne de l’impératrice Anna et avait conquis la toute jeune Anna Leopoldovna. L’impératrice avait alors renvoyé l’ambassadeur, qui risquait de faire échouer le mariage de la future régente avec le prince de Brunswick.

En 1741, le comte Lynar revient en Russie, au titre d’émissaire de la Pologne et de la Saxe. Six années de séparation n’ont pas éteint l’ardeur amoureuse d’Anna Leopoldovna. Mais les tâches du comte concernent essentiellement la politique étrangère. Les historiens qui ont étudié la brève régence d’Anna Leopoldovna n’ont réussi à découvrir qu’une disposition digne d’être retenue sur le plan intérieur. À l’initiative de Munich, est adopté, pour la première fois dans l’histoire russe, un « Réglement des Fabriques », fixant les relations entre les propriétaires et leurs ouvriers. La journée de travail ne doit pas excéder quinze heures, le salaire varie entre dix-huit et cinquante roubles par an, les fabriques doivent disposer d’un hôpital ; il est permis de sanctionner les ouvriers, y compris en recourant aux châtiments corporels (à l’exception du knout).

Les affaires étrangères constituent le grand souci des conseillers de la régente. Le 20 octobre 1740, l’empereur Charles VI est mort. Conformément à la Pragmatique Sanction, le trône est occupé par sa fille Marie-Thérèse. L’Europe se met en branle. Une guerre commence « pour l’héritage autrichien ». La situation est on ne peut plus confuse. La France et l’Angleterre ne cessent de se battre pour les colonies d’Amérique et d’Inde, ainsi que pour la suprématie sur les mers. En Europe, la France est aux prises avec l’Autriche, dont le roi est empereur du Saint-Empire romain germanique, composé d’une multitude de provinces allemandes, de proportions variables. Depuis le début du XVIIIe siècle, un État est en outre apparu sur la scène européenne et, imperceptiblement, s’est transformé en puissance : la Prusse. En 1701, elle est devenue un royaume, avec l’accord sans réserve du roi de Pologne, Auguste II le Fort qui cherchait, parmi les principautés germaniques, un allié contre l’Autriche, et de Pierre le Grand qui, dans le même but, devait soutenir le roi de Prusse Frédéric Ier.

En mai 1740, à quelques mois du décès de Charles VI, Frédéric II, qui devait entrer dans l’histoire sous le nom de Frédéric le Grand, hérite du trône de Prusse. Son père, surnommé le Roi-Sergent, ne prisait guère ce fils qui aimait à s’entretenir des libertés avec Voltaire, se montrait trop doux envers les manants et nourrissait un goût méprisable pour la philosophie française. Rarement père se trompa autant sur son fils. Dès l’annonce de la mort de l’empereur Charles VI, le jeune roi de Prusse entre en Silésie sans déclaration de guerre, alors qu’il n’a aucun droit sur cette province autrichienne. Frédéric II ne tardera pas à formuler son credo : l’essentiel est de conquérir le territoire, les juristes s’arrangeront ensuite pour légaliser le fait.

L’irruption de Frédéric II en Silésie place le gouvernement russe dans une position inconfortable. Sur les instances de Munich qui a gardé en mémoire la perfidie de l’Autriche au cours de la guerre russo-turque, la Russie conclut un traité d’union et de défense avec la Prusse. Le jour de la signature, la nouvelle du coup de force de Frédéric II en Silésie parvient à Saint-Pétersbourg. Le malaise éprouvé par la Russie vient de ce qu’elle a déjà (depuis 1726) un accord avec l’Autriche et qu’elle se retrouve soudain l’alliée de deux États en conflit.

Munich justifie la nécessité d’une union avec la Prusse par la menace que représente la Suède, qui rêve toujours d’une révision des résultats de la Guerre du Nord. Munich compte sur l’aide de la Prusse, mais Frédéric II intrigue en Suède, dans l’espoir qu’un conflit du côté de la Baltique détournera l’attention de la Russie. Les Français, quant à eux, poussent la Suède à déclencher les hostilités avec la Russie, ce qui affaiblirait l’alliée de l’Autriche. En juin 1741, la Suède déclare la guerre à la Russie. L’unique bataille sérieuse du conflit s’achève par la victoire des troupes russes, sous le commandement du feld-maréchal Lascy.

5 La fille de Pierre le Grand

La fureur contre les Allemands a réveillé le sentiment national ; ce nouveau courant de l’agitation politique oriente peu à peu les esprits vers la fille de Pierre.

Vassili KLIOUTCHEVSKI.

L’indifférence d’Anna Leopoldovna envers la chose gouvernementale, les dissensions constantes entre ses ministres, le très grand nombre d’Allemands gravitant autour du trône et qui ne va nullement en diminuant après le renversement de Biron, le désir, enfin, exprimé par la régente de ceindre la couronne, suscitent des doutes quant à la solidité du régime.

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