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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Les Bachkirs, dont le territoire est devenu la base de la progression russe en direction de l’Asie centrale, se soulèvent, craignant que le pouvoir des fonctionnaires pétersbourgeois ne se renforce. Leur soulèvement est déclenché par les fantastiques réquisitions en chevaux, nécessitées par la guerre contre la Turquie. « La révolte, écrit un historien soviétique, avait un caractère féodal très marqué21. » Une façon de juger négativement les protestations des Bachkirs contre le pouvoir russe. La rébellion ne dure pas moins de cinq ans (de 1735 à 1740), elle ne sera écrasée qu’après la mort d’Ivan Kirillov (1737). Ce dernier est remplacé à la tête de la Commission d’Orenbourg par Vassili Tatichtchev, futur auteur de la première Histoire de la Russie.

Tatichtchev juge inopportune une progression trop rapide de la Russie au sud-est, considérant que le pays manque encore de moyens pour cela. En outre, il voit dans le souhait exprimé par différentes tribus de devenir sujets russes, un désir d’obtenir, unilatéralement, des avantages, au détriment de l’État. Sur ce point, il est en complet désaccord avec Ivan Kirillov, qui rêvait de transformer en sujets russes les populations de villes « telles que Tachkent et Aral…, des provinces morcelées de Boukhara et Samarkand et du riche Bodokshan22 ». Le Bodokshan – encore appelé Bodokan ou Badahshan – se trouvait en territoire afghan.

Poursuivre la progression – rapide ou ralentie – implique de mater les Bachkirs. On envoie contre eux (la population bachkire s’élève à quelque cent mille personnes) l’armée régulière ; on adopte la politique coloniale traditionnelle qui consiste à monter certains peuples contre d’autres. Dans ce cas précis, on utilise les peuples türks d’installation plus récente : Mechtcheriaks, Tatars. Le rapport que le prince Ouroussov, général commandant l’écrasement de la révolte dans sa phase finale, adresse à Pétersbourg en 1740, donne une idée des mesures employées à l’égard des rebelles. « Après lecture de la sentence, relate le général Ouroussov, les criminels et les principaux complices du rebelle Karassakal [suivent les noms] furent empalés… Onze de leurs camarades, dont sept essaouls du sus-nommé Karassakal, furent pendus par les côtes, et quatre-vingt-cinq par le cou, vingt et un criminels eurent la tête tranchée… » D’après les calculs du secrétaire de la Commission d’Orenbourg, qui deviendra par la suite le célèbre géographe et historien Piotr Rytchkov, seize mille six cent trente-quatre personnes sont exécutées dans les années 1735-1740, trois mille deux cent trente-six envoyées en relégation et neuf mille cent quatre-vingt-deux deviennent des serfs. La répression militaire s’accompagne d’un renforcement du contrôle exercé sur les chefs des tribus rebelles et d’avantages accordés aux populations nouvellement venues, qui colonisent les terres bachkires, avec la bénédiction des autorités russes.

Amorcée, sous le règne d’Ivan IV le Terrible, par les Cosaques de Iermak, la progression russe vers l’Extrême-Orient se poursuit sous le règne d’Anna. La première expédition du capitaine danois Vitus Behring, passé au service de la Russie, avait été projetée au temps de Pierre le Grand, mais ne put être réalisée qu’après sa mort (1725-1730). Behring franchit le détroit qui sépare l’Asie de l’Amérique, confirmant la découverte effectuée, en 1648, par le Cosaque Semion Dejnev. L’infatigable Ivan Kirillov, qui ne saurait se satisfaire d’une découverte géographique, élabore le plan d’une seconde expédition au Kamtchatka (1733), territoire qu’il prévoit de coloniser ; il envisage également de bâtir la forteresse d’Okhotsk et d’explorer d’autres terres. Il veut « rechercher des terres et des îles nouvelles », afin d’en « assujettir le plus grand nombre possible ».

L’élargissement de l’Empire russe est traditionnellement expliqué par un besoin de sécurité, la recherche de frontières sûres, de préférence naturelles. L’accès à l’océan Pacifique, frontière aussi naturelle que sûre, ne stoppe pourtant pas l’expansion. Un demi-siècle plus tard, des colonies russes apparaîtront en Alaska et en Californie.

4 À la recherche d’un héritier

Après la mort des rois, commencent le plus souvent des guerres et des discordes pour la succession au trône. Aussi n’est-il rien de plus utile, pour le renforcement et la longévité de la royauté, pour le maintien de la paix et la prévention des luttes fratricides, que de fixer un ordre strict de succession au trône.

Iouri KRIJANITCH.

Le règne d’Anna – ses guerres, avec leurs victoires et leurs défaites, le développement intérieur, l’élargissement du territoire – reste, dans l’histoire, lié à Biron, à la Bironovchtchina, à la prédominance des étrangers. Vassili Klioutchevski note qu’à partir de 1730, « un revirement s’effectua dans l’état d’esprit de la société noble russe » : revenue à elle après les réformes de Pierre, la partie un tant soit peu pensante de la société « fit une importante découverte. Elle ressentit, sous la surabondance de législation, une absence complète de loi1 ». La recherche de la loi, d’un « État de droit », comme on dit à la fin du XXe siècle, est douloureuse : « Après avoir fait l’expérience, sous Menchikov et les Dolgorouki, de l’arbitraire russe, elle expérimenta l’arbitraire allemand sous Biron et les Loewenwold. » Il va de soi que l’arbitraire allemand pèse plus fort que « notre » arbitraire russe.

À la veille de sa mort, Anna conserve son attachement à Biron, qui a reçu le titre de duc de Courlande. Elle fait part de ses dernières volontés et les signe : l’héritier du trône est le petit Ivan Antonovitch, âgé de deux mois ; Biron lui servira de tuteur. Ce choix semble plus étonnant encore que celui de 1730, date à laquelle Dmitri Golitsyne imaginait de proposer la candidature d’Anna. Ivan est le fils d’Anna Leopoldovna, fille de la sœur aînée d’Anna, Catherine, et du duc de Mecklembourg-Schwerin.

Dès 1732, Anna décidait de laisser le trône à la descendance mâle de sa nièce. En ce temps-là, Anna Leopoldovna n’était pas encore mariée. On entreprit de lui trouver un époux dans l’inépuisable vivier des princes allemands. L’heureux élu (les recherches furent menées par Loewenwold) fut un cousin de l’empereur Charles VI, Antoine-Ulrich, prince de Brunswick-Lunebourg. En voyant pour la première fois son fiancé, venu tout exprès à Saint-Pétersbourg, la grande-duchesse se montra d’une indifférence absolue. Toutefois, lorsqu’il apparut que Biron avait résolu de la marier à son propre fils, Anna Leopoldovna donna son accord pour le prince de Brunswick. Le fruit de leur union fut Ivan Antonovitch, choisi pour monter sur le trône.

La décision de confier la régence à Biron est prise au dernier moment, juste avant la mort de l’impératrice. Le favori d’Anna n’est pas seulement synonyme de l’arbitraire imposé par les étrangers à la Cour de Russie, il jouit aussi de la réputation d’un homme cruel, d’une fatuité sans limites, méprisant tous ses inférieurs. L’idée de le nommer régent vient d’un diplomate russe qui a commencé sa carrière sous le règne de Pierre le Grand et a représenté la Russie au Danemark, en Hollande, à Hambourg et à Londres : Alexis Bestoujev-Rioumine. En 1740, rappelé à Saint-Pétersbourg, il occupe la place de « Cabinet-ministre », libérée par l’exécution d’Artemi Volynski. Bestoujev-Rioumine rédige une « déclaration positive », dans laquelle il dit en substance : toute la nation souhaite que le duc de Courlande, en cas de décès de l’impératrice, assume la régence jusqu’à la majorité du futur empereur. Déposée au « Cabinet des Ministres », la déclaration recueille cent quatre-vingt-dix-sept signatures de personnalités des quatre classes, dont celles du chancelier-prince Tcherkasski, du feld-maréchal Munich et de l’amiral-comte Golovkine.

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