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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Si, comme nous l’avons dit, il n’y a pas de loi transformant les serfs en esclaves, le comportement des souverains et souveraines qui offrent généreusement des serfs à leurs favoris, crée un précédent convaincant. Le prince Menchikov avait ainsi reçu, à titre de présent et de gratification, dix mille âmes serves. Cyrille Razoumovski, frère d’Alexis, époux morganatique de l’impératrice, en obtient presque autant d’Élisabeth.

L’imprécision de la loi, ses manques entraînent l’existence de deux types de servage : légal et réel. Le premier exige que le paysan paie un impôt à l’État et donne une partie de son travail au seigneur ; le second fait de lui un esclave. Lorsque Catherine II légalisera la deuxième variante, la guerre paysanne éclatera.

Constatant une baisse du revenu fourni par « la principale force de l’État », due à la résistance de la paysannerie serve, Piotr Chouvalov cherche de nouveaux moyens de remplir les caisses. Homme d’État de style pétrovien, ne craignant pas les innovations, le comte Chouvalov occuperait une place plus digne dans les annales russes, n’était sa cupidité. Il a recours à des sources de revenus bien connues – impôts sur le sel et le vin. En 1747, on entreprend l’exploitation des salines du lac Elton, situé non loin de la Volga. Les gisements d’Elton sont autrement plus proches du centre de la Russie que ceux de Transouralie, appartenant aux Stroganov. De plus, le sel d’Elton a meilleur goût. Et cependant, le prix du sel ne cesse d’augmenter : le souvenir des « Révoltes du Sel », au XVIIe siècle, semble s’être effacé. Vassili Klioutchevski a calculé que, sous le règne d’Élisabeth, le sel coûtait six fois plus cher qu’au début du XXe siècle. Le prix élevé du vin, certes moins vital que le sel mais tout aussi indispensable aux amateurs de boissons fortes, ne décourage pas les buveurs et augmente les revenus du Trésor. Par « vin », on entend, bien sûr, la vodka, fabriquée le plus souvent à base de céréales, ce qui, nous l’avons dit, permet de parler de « vin de blé ».

Sur la suggestion de Chouvalov, on entreprend de frapper une monnaie de cuivre deux fois plus légère que celle qui avait cours précédemment, ce qui fournit à l’État un bénéfice substantiel. L’avantage pour la population, explique l’auteur du projet, est que la nouvelle monnaie est moins lourde à transporter.

La suppression des redevances douanières à l’intérieur du pays est une réforme majeure de Chouvalov (oukaze du 20 décembre 1753). Les historiens spécialistes du règne d’Élisabeth soulignent l’immense importance du décret pour le développement du marché russe. Le négoce, tant intérieur qu’extérieur, s’en trouve brusquement stimulé. On interdit aux étrangers le commerce de détail en Russie, mais le commerce extérieur est presque intégralement entre leurs mains. Seuls, les juifs n’ont pas le droit de vendre sur les foires, par décision personnelle de l’impératrice qui déclare ne pas vouloir tirer profit des ennemis du Christ.

La création de deux banques, une pour la noblesse, l’autre pour les marchands, à l’initiative de Piotr Chouvalov, a également un grand impact sur le développement du négoce.

6 De nouvelles terres

D’importantes affaires s’accomplirent sous le règne d’Élisabeth, aux confins de la Russie ; simultanément, un très dangereux incendie pouvait à tout moment y éclater.

Evgueni BIELOV.

Élisabeth, 1894.

En dépit d’échecs, de pertes, de retraites temporaires, la constante, le facteur permanent de l’histoire russe est l’élargissement du territoire de l’État. Un petit tableau réalisé par Alexandre Kizevetter à la fin du XIXe siècle, illustre ce phénomène. À la veille du couronnement de Pierre le Grand, le territoire de la Russie comptait 256 126 milles carrés.

Après la mort de Pierre, il est de 275 571 milles carrés.

Après la mort d’Anna, de 290 802 milles carrés.

Après celle d’Élisabeth, de 294 497 milles carrés1.

Ni la personnalité du souverain ou de la souveraine, ni les conseillers entourant le trône ne peuvent infléchir ce processus ; il va toujours dans le même sens, vers l’agrandissement du territoire et l’acquisition de nouvelles terres.

Pierre le Grand avait divisé l’empire en huit régions militaro-administratives, appelées gouvernements. Ces gouvernements se divisaient à leur tour en provinces, administrées par des voïevodes. L’année de l’accession d’Élisabeth au trône, la Russie compte dix gouvernements. En 1749, deux autres sont institués. Celui de Finlande comprend les terres conquises à la Suède, durant la guerre conclue par la paix d’Abo, en 1743. Dans celui d’Orenbourg, entrent les provinces des bords de l’Isset, de l’Oufa et celle de Transouralie, terres où vit une myriade de peuples : Tatars, Mechtcheriaks, Bachkirs, Tchouvaches, Tchérémisses, Mordves. Ces peuples ont pourtant un point commun : l’islam.

Les principaux foyers de troubles aux confins de l’empire sont la Petite-Russie et la Bachkirie (composante essentielle du gouvernement d’Orenbourg).

La politique menée par Pierre le Grand, dans les dernières années de son règne, à l’égard de la Petite-Russie est clairement formulée dans l’oukaze de 1723, promulgué pour répondre à la starchina (les dignitaires cosaques) qui voulait être autorisée à élire son hetman : depuis 1722, l’administration de l’Ukraine était aux mains du Collège de Petite-Russie. L’oukaze rejetait la demande, avec cet argument : « Chacun sait que depuis le temps du premier hetman, Bogdan Khmelnitski, tous ont été des traîtres, chacun sait les malheurs qui en ont résulté pour notre État et, particulièrement, pour la Petite-Russie, chacun garde un souvenir très vif de Mazepa… »

L’oukaze ne rejetait pas l’idée même de l’élection de l’hetman ; il la repoussait jusqu’au moment où l’on trouverait un « homme sûr et loyal ».

La politique à l’égard de la Petite-Russie change, nous l’avons vu, après l’avènement de Pierre II. Ses affaires sont transférées du Sénat au Collège étranger, ce qui signifie que la Petite-Russie est considérée comme une province à part de l’empire. En 1728, elle obtient le droit d’élire son hetman et sa starchina (ses dignitaires), à la condition de choisir pour le premier un colonel de Mirgorod, Danylo Apostol. La Petite-Russie a deux particularités. D’une part, son système d’auto-administration : les Cosaques choisissent leurs chefs. D’autre part, l’absence de servage : les paysans peuvent passer du service d’un seigneur à un autre. Le statut spécial de la Petite-Russie apparaît aussi dans le fait que les Grands-Russiens n’ont pas le droit d’acquérir une terre en Ukraine.

Après la mort de l’hetman Apostol en 1734, le gouvernement de Pétersbourg instaure un système provisoire, qui conserve à la Petite-Russie son statut particulier. En 1750, cette dernière élit son hetman. Nul ne peut prévoir, alors, qu’il sera le dernier. Le candidat est proposé par Élisabeth. C’est ainsi que Cyrille Razoumovski, d’origine petite-russienne, assume cette charge. Razoumovski est le frère du favori en titre (les mauvaises langues prétendent qu’Élisabeth, nature généreuse, eut également des attentions pour le futur hetman). Cyrille Razoumovski est accompagné par Grigori Teplov, qui fixe la politique de l’hetman.

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