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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Il expliqua alors que feu la comtesse, loin, d’ignorer l’existence de cette enfant, déjà reconnue, lors de son mariage, avait consenti à la légitimer par contrat secret, à la condition qu’elle n’habiterait point la maison paternelle.

La bonne tante Reine, soumise et dévouée, n’avait pas résisté longtemps. Non seulement elle n’avait point tenu rigueur à la fille naturelle de son frère bien-aimé, mais la tendresse était venue peu à peu et dans les derniers mois de sa vie, elle s’était faite la complice du général pour assurer complètement la position d’Ysole.

Il faut dire qu’Ysole était une jeune personne accomplie: belle, douce, spirituelle, brillante, et poussant la séduction jusqu’au charme.

Du vivant de Mme la comtesse, et tout en la tenant éloignée de la maison, le général n’avait jamais négligé son éducation. Ysole avait été élevée dans un de ces couvents fashionable d’où sortent tant de jolies merveilles. Elle savait tout ce qui se peut apprendre, et comme l’esprit, la grâce, l’élégance semblaient innés en elle, l’excellente sœur du général se serait fait un scrupule de conscience de ne point la déclarer parfaite.

Nous avons dû constater déjà que la famille de Champmas était puissamment riche; mais, à la suite de son procès politique, le général avait vu mettre ses biens personnels sous le séquestre. Il y avait déjà longtemps que ses filles et sa sœur avaient abandonné l’hôtel de son nom pour vivre en province ou chez des parents.

Depuis six mois que la tante Reine était morte, on avait séparé les deux jeunes filles.

Ysole demeurait chez une parente éloignée de M. de Champmas, qui avait nom Mme la comtesse de Clare, et Suavita était, à son tour, au couvent.

Par le fait, le général n’avait plus de maison, quoiqu’un certain nombre de vieux serviteurs de la famille restassent groupés autour d’Ysole.

Mme la comtesse de Clare, fort belle personne qui occupait une position nouvellement conquise et un peu mystérieuse dans le monde légitimiste, avait été choisie par le général à l’exclusion de parents plus proches et d’amis plus intimes: on ne savait pas bien pourquoi. Ceux qui s’intéressaient à la famille de Champmas caractérisaient la situation par le mot «provisoire» qui était alors fort à la mode.

Évidemment les choses devaient changer, et peut-être le plus naturellement du monde, car le procès, c’était l’avis public, avait été conduit avec une rigueur passionnée, et l’intérêt de l’autorité supérieure était d’aller vers la clémence.

Avant de poursuivre notre récit, un mot encore sur cette comtesse de Clare qui devait être, quelques années plus tard, une des étoiles du firmament parisien. Son mari était véritablement comte et de la meilleure noblesse: il avait nom Chrétien Joulou du Bréhut. Nous avons raconté fort au long l’histoire de son mariage dans une de nos dernières compositions [1].

Ce brillant et chevaleresque nom de Clare, ajouté au nom un peu obscur et très bretonnant de Joulou du Bréhut, aurait certes pu donner matière à contestation. Mais le général duc de Clare, seul représentant de la maison quasi souveraine de Fitz-Roy, loin de réclamer, avait noué des relations avec la belle comtesse. Joulou du Bréhut et Fitz-Roy de Clare s’étaient alliés une fois vers 1700 et tant. Les titres produits parurent suffisants à M. le duc.

Mme la comtesse avait d’autres belles connaissances et dans des camps fort divers. M. Schwartz, le banquier à la mode, la portait aux nues; elle était la favorite du fameux colonel Bozzo, le saint de la rue Thérèse, qui achevait sa longue et pure carrière, entouré du respect de tous.

Et pourtant, je ne sais quelles rumeurs allaient et venaient. On s’étonnait que M. de Champmas eût confié ses filles à cette belle créature qui était née, en quelque sorte, le jour de sa première entrée dans un salon du faubourg Saint-Germain, au bras du comte Joulou du Bréhut, et dont personne ne connaissait le passé.

Le premier étage de la maison du quai des Orfèvres était loué au nom du comte de Champmas et depuis un mois seulement. Nous ajouterons tout de suite que, le même jour, précisément, on avait loué le second étage au nom du vicomte Annibal Gioja des marquis Pallante, jeune Italien fort bien reçu chez la belle comtesse.

Il était cinq heures du soir environ. Dans cette chambre du premier étage, dont Paul Labre avait regardé si souvent, ce soir, les persiennes fermées, une jeune fille, une enfant plutôt, était couchée sur une chaise longue et semblait sommeiller. Elle était pâle comme une vierge de cire. Ses cheveux blonds éparpillaient leurs boucles sur le coussin et ses cils bruns, demi-clos, laissaient glisser un paresseux rayon.

Elle paraissait avoir treize ou quatorze ans à peine, quoiqu’elle eût la taille d’une femme. Sa beauté était d’un ange – mais de ces anges qui n’ont fait qu’effleurer la terre et qui vont remonter au ciel.

C’était la plus jeune des filles de M. de Champmas, sa fille légitime. Sa mère amoureuse lui avait donné le nom de Suavita.

Auprès de la chaise longue une vieille servante en deuil était assise et veillait.

– Je ne l’aime pas, dit tout à coup Suavita d’une voix languissante et douce.

Ses yeux étaient fermés. La vieille servante, qui crut à un rêve, demanda tout bas:

– Dormez-vous, chérie?

– Non, répondit l’enfant, dont les longs cils se relevèrent un peu. Je pense à la comtesse. Elle est pourtant fort belle.

– Et vous ne l’aimez pas?

– Non. J’ai beau faire!

– Elle a été bonne pour vous, cependant.

– C’est vrai. Là-bas, au couvent, les religieuses sont bonnes aussi, et je les aime.

Un geste frileux dont la servante connaissait bien la signification la fit lever. Elle ramena sur les pieds de la jeune malade la couverture de soie ouatée qui l’entourait.

– Merci, Jeannette, dit Suavita. J’ai toujours froid. Je ne souffre pas beaucoup, mais je crois que je suis bien malade.

Jeannette essaya de sourire. Elle avait des larmes plein les yeux.

– Quelle idée! balbutia-t-elle, vous grandissez, voilà tout. Vous êtes si grande que je n’ose plus vous tutoyer. Et cela fatigue de grandir.

Les paupières de Suavita se fermèrent tout à fait, pendant qu’elle murmurait:

– Oui, cela fatigue. Je suis faible, faible…

– J’étais ainsi quand je grandissais, reprit Jeannette.

– Et tu es bien forte maintenant. Est-ce que ma sœur Ysole a été aussi comme cela quand elle grandissait?

– Sans doute… commença la servante.

Elle interrompit ce pieux mensonge pour ajouter en elle-même:

– Celles-là sont comme les branches d’en bas qui mangent les arbres au pied et qui profitent! La bâtarde a pris toute la sève.

Rarement, les vieux serviteurs sont du parti des intrus.

– Quand ma sœur Ysole aura l’âge, poursuivit Suavita doucement, c’est elle qui sera ma maîtresse. Mme de Clare s’en ira et nous serons bien heureuses.

«Mais, s’interrompit-elle avec un si joyeux élan qu’un peu de sang rose revint à la pâleur de sa joue, père chéri nous sera revenu bien avant ce temps-là!

– Est-ce qu’il y a de bonnes nouvelles? demanda vivement la servante.

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[1] Voir Cœur d'Acier

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