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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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« Je suis navré, dit-il, mais nous avions besoin d’un expert sur place pour observer les événements, et c’est tombé sur vous. Euh… Chandrakumar est un pèlerin bouddhiste, je me trompe ?

— Pas exactement. Ce vihara abrite quelques reliques sacrées, mais rien d’extraordinaire. Toutefois, Chandrakumar est en quête d’illumination et les lettres que lui a écrites son cousin Rajneesh, le négociant en soie établi à Bactres, l’ont encouragé à étudier la sagesse de l’Occident autant que celle de l’Orient. Pour prendre un exemple, Heraclite était contemporain de Bouddha et certaines de leurs idées sont étrangement parallèles. Cet endroit convient à merveille à un Indien souhaitant étudier les Hellènes. »

Everard opina. Sautant d’une identité à l’autre, dont il séparait les séjours d’un intervalle de temps suffisant pour éviter d’être reconnu, Benegal Dass avait passé plusieurs dizaines d’années parmi les Bactriens. Pour arriver comme pour repartir, il utilisait les moyens permis par l’époque, aussi lents que dangereux ; en se servant d’un scooter temporel ou de tout autre véhicule trop étrange, il aurait trahi son incognito et enfreint la Prime Directive de la Patrouille. Il avait assisté à l’expansion de cette cité et assisterait à son trépas. Le produit de son labeur ne serait autre que l’histoire de Bactres, une histoire exhaustive et détaillée, destinée à être connue de quelques spécialistes de la Patrouille et des universitaires d’un futur lointain. Lorsqu’il partait en permission dans son pays et son époque d’origine, il était contraint de mentir à sa famille et à ses amis quand on l’interrogeait sur son activité. Nul moine n’avait accepté existence si dure, si solitaire, si dévouée. Je n’ai pas la force d’âme nécessaire, s’avoua Everard.

Chandrakumar eut un rire nerveux. « Pardonnez-moi. Je vous fais perdre du temps. Le bavardage est la maladie professionnelle du lettré. Et en plus, je suis impatient de savoir de quoi il retourne, moi aussi. Que se passe-t-il donc ? » Il marqua une pause. « Alors ?

— Ça ne va pas vous plaire, j’en ai peur, répondit Everard d’un ton lourd de sous-entendus. On vous a sans doute imposé cette corvée pour pas grand-chose. Mais l’événement central est d’une telle importance que la moindre parcelle d’information risque d’être utile, même si elle est négative. »

Vu la pénombre qui régnait dans la cellule, il n’aurait su dire si Chandrakumar se mordait la lèvre. Mais sa voix était glaciale. « Ah bon ? Et quel est cet événement central, je vous prie ?

— Entrer dans les détails me prendrait trop de temps. Non que j’en sache long sur les détails en question. Mon rôle se borne à celui d’agent de liaison, de messager si vous préférez. La Patrouille cherche à prévenir une divergence plusieurs années en aval. Un peu comme si… l’équivalent de la dynastie sassanide s’emparait de la Perse. Et très bientôt. »

Le petit homme se raidit. « Hein ? C’est impossible ! »

Everard se fendit d’un rictus. « Il nous incombe de veiller à ce que ça le reste. Je ne peux pas vous en dire plus, je le répète. En matière de renseignements, un agent ne doit jamais en savoir trop. Mais, si j’ai bien compris, on a mis au jour un complot dont le but est de faire renverser Artaban par un usurpateur, lequel dénoncera le traité de paix conclu avec Antiochos et attaquera l’armée séleucide à son retour de l’Inde, la mettant en déroute et tuant Antiochos en personne.

— Les répercussions… chuchota Chandrakumar.

— Ouais. Le royaume séleucide n’y survivrait pas. Il est en permanence menacé de guerre civile. Du coup, les Romains prendraient pied en Méditerranée orientale, à moins que les Parthes, qui n’ont toujours pas digéré l’humiliation infligée par Antiochos, ne déferlent sur le Moyen-Orient pour restaurer l’Empire perse trois siècles et demi avant que les Sassanides ne le fassent. Impossible de dire quelles seraient les conséquences à moyen ou à long terme, mais l’Histoire n’aura plus rien de commun avec celle que vous et moi avons étudiée.

— Cet usurpateur… s’agit-il d’un chrononaute ?

— C’est ce que nous pensons, acquiesça Everard. Je le répète : on ne m’a quasiment rien dit. Mais j’ai l’impression que la Patrouille a repéré une bande de fanatiques qui ont mis la main sur des scooters et projettent de… je ne sais pas. Préparer le terrain afin que Mahomet et les ayatollahs deviennent maîtres du monde ? Ça me paraît un peu tiré par les cheveux, mais avec les barbus, on ne sait jamais. Quoi qu’il en soit, on a mis sur pied une opération pour les en empêcher, tout en veillant à ne pas trop abîmer le continuum.

— Oui, la prudence s’impose… Je suis prêt à vous assister dans la mesure de mes moyens, bien entendu. Mais quel est exactement votre rôle ?

— Eh bien, comme je vous l’ai dit, je suis moi aussi un agent de terrain, ma spécialité étant le domaine militaire, l’art de la guerre hellénistique pour être précis. J’avais l’intention d’observer le déroulement de ce siège. Il est bien plus intéressant que vous ne semblez le croire. La Patrouille m’a ordonné de modifier mes plans, tout comme vous. J’étais censé arriver en ville, prendre contact avec vous et collecter toutes les informations que vous avez rassemblées durant l’année écoulée. Je repars demain, pour rejoindre l’envahisseur et m’enrôler dans son armée. Je suis trop grand pour servir comme cavalier vu la carrure des chevaux de cette époque, mais les Syriens continuent d’utiliser leur infanterie – la bonne vieille phalange macédonienne – et je ferai un piquier plus que passable. Dans quelque temps, un Patrouilleur entrera en contact avec moi et je lui transmettrai vos données. Une fois qu’Antiochos aura fait la paix avec Euthydème, j’accompagnerai l’armée syrienne jusqu’en Inde et ferai ensuite le voyage retour. Un agent de la Patrouille m’aura glissé une arme énergétique, ce qui me permettra de protéger Antiochos en cas de danger. Nous espérons que ce ne sera pas nécessaire, naturellement. Selon toute probabilité, on éliminera discrètement l’usurpateur et ses sbires, et tout ce que j’aurai à faire, c’est me documenter sur le fonctionnement de l’armée syrienne en campagne.

— Je vois », fit Chandrakumar d’un air vaguement contrarié. Comment osait-on agresser ses Bactriens bien-aimés ? Ses sentiments ne l’empêchèrent pas d’observer : « Mais pourquoi un plan aussi alambiqué ? Bactres ne semble avoir aucun lien avec ce complot. Il aurait suffi qu’un agent débarque discrètement avec un scooter et prenne contact avec moi.

— Simple précaution. L’ennemi a peut-être posté une sentinelle ici, équipée d’un matériel lui permettant de repérer un véhicule temporel. Nous ne voulons courir aucun risque de cette nature. Si l’ennemi continue d’ignorer notre présence, c’est un atout de plus en notre faveur. Et la Bactriane a un rôle à jouer dans l’histoire. Tant qu’elle maintiendra sa puissance militaire, cela obligera les Parthes à se montrer plus prudents que de coutume. » Ceci au moins est pure vérité. Maintenant, repartons sur le terrain du mensonge. « Et peut-être que nos bandits projettent aussi de saper la puissance bactrienne. Nous n’en savons rien – il est possible que nous n’ayons affaire qu’à un groupuscule, rappelez-vous –, mais il n’est pas question de négliger cette possibilité. Parmi les instructions qu’on vous a données, vous deviez vous efforcer de repérer les visiteurs sortant de l’ordinaire. Ce sont eux qui m’intéressent au premier chef.

— Je vois », répéta Chandrakumar, sur un ton plus amical cette fois. Il était impatient d’aider Everard, qui venait de lui brosser un tableau proprement terrifiant – et expressément conçu dans ce but. Mais il conserva son calme et se frotta le menton d’un air pensif. « Difficile à dire. Cette cité est la plus cosmopolite que j’aie jamais vue. Je risque d’amener la Patrouille à perdre du temps avec des innocents.

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