La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Quelques-unes de ces visiteuses, sans doute des nobles, des négociantes ou des femmes de marchand, avaient avec elles deux ou trois servantes ou dames de compagnie. Une poignée d’hommes étaient également venus présenter leurs doléances à la tour. Se tenant à l’écart, ils semblaient mal à l’aise et regardaient à la dérobée les femmes qui allaient et venaient avec une grande assurance.
Ouvrant la marche, sa cape lui faisant une traîne, Nynaeve avançait avec la détermination d’une personne qui sait où elle va – c’était le cas, à condition que nul n’ait l’idée de l’intercepter – et qui a parfaitement le droit de s’y rendre. Et, là, c’était une tout autre affaire…
Ayant revêtu les tenues qu’elles portaient avant d’arriver à Tar Valon, les fugitives en puissance ne ressemblaient en rien à des résidantes de la tour. En jupe fendue d’équitation, une cape en laine ornée de broderies sur les épaules, Egwene, Elayne et l’ancienne Sage-Dame avaient toutes les chances de passer inaperçues de quiconque ne les connaissait pas très bien. Nouvelles dans la tour, elles étaient relativement à l’abri du danger sur ce plan-là.
— Ce serait parfait pour une promenade dans les jardins d’un seigneur, avait maugréé Nynaeve tandis qu’Egwene l’aidait à boutonner sa robe de soie grise brodée de fil d’or et décorée de motifs floraux – en perles ! – sur la poitrine et aux poignets. Cela dit, ça nous aidera peut-être à filer sans nous faire remarquer.
Alors qu’Egwene ajustait sa cape sur ses épaules puis tirait sur les plis de sa robe en soie verte également brodée de fil d’or, elle regarda Elayne, superbe dans une tenue bleu rayé de crème et espéra que l’ancienne Sage-Dame aurait raison jusqu’au bout. En tout cas, pour l’instant, tout le monde les avait prises pour des nobles ou au minimum des dames aisées venues présenter une pétition. Malgré tout, Egwene se sentait mal à l’aise, comme si on la regardait en permanence. Non sans surprise, elle comprit la raison de cette étrange sensation : après quelque deux mois passés à porter une tenue ordinaire de novice, on se trouvait bizarrement fagotée dans une robe raffinée.
Des villageoises en jupe de laine sombre s’inclinèrent sur le passage des « dames ». Une fois que ces femmes furent derrière elles, Egwene jeta un coup d’œil à Min, qui fermait la marche. Toujours habillée en homme, son amie avait en outre opté pour un chapeau à larges bords qui cachait entièrement ses cheveux coupés court.
— Il faut bien que l’une de nous joue les domestiques, s’était justifiée Min en riant. Si nous devons courir, vous regretterez de ne pas avoir un pantalon !
Elle était chargée comme un baudet : quatre jeux de sacoches de selle bourrées de vêtements chauds, en prévision de l’hiver qui arriverait sans doute avant qu’elles soient revenues à la Tour Blanche. Les jeunes femmes avaient aussi emporté des vivres – plus que ce qu’il fallait, puisqu’elles pourraient en acheter en chemin, mais deux précautions valaient toujours mieux qu’une.
— Min, tu ne veux vraiment pas que je t’aide ? demanda Egwene.
— C’est encombrant, mais pas lourd, répondit la jeune femme avec un grand sourire. (À l’évidence, elle prenait toute cette aventure pour un jeu – en tout cas, elle faisait comme si…) Les gens se demanderaient pourquoi une princesse telle que toi porte ses bagages. Mais tu pourras les prendre, et les miens avec, dès que…
Soudain sérieuse, Min murmura :
— Aes Sedai en vue !
Egwene regarda devant elle et vit qu’une sœur aux longs cheveux noirs et lisses et à la peau cuivrée – ou, plutôt, couleur de vieil ivoire – avançait vers elles tout en conversant avec une fermière en robe de laine et cape à carreaux. L’Aes Sedai ne les avait pas encore vues, mais Egwene la reconnut au premier coup d’œil : Takima, une sœur de l’Ajah Marron qui enseignait l’histoire de la Tour Blanche et des Aes Sedai. Dotée d’un œil d’aigle, elle aurait reconnu une de ses élèves à cent pas de distance par un jour de brouillard.
Nynaeve s’engagea dans un couloir sans ralentir le pas – une manœuvre qui aurait mérité un prix d’interprétation, tant elle parut naturelle. Mais, dans ce corridor, les quatre fugitives tombèrent nez à nez avec une Acceptée à l’air pas commode qui tirait par l’oreille une novice rouge comme une pivoine.
Egwene eut quelque peine à déglutir lorsque la furie et sa victime passèrent à côté d’elle.
— C’était Irella, dit-elle quand elle se fut reprise. Nous a-t-elle repérées ?
— Non, répondit Min après s’être laissé le temps de la réflexion. Elle n’a vu que nos vêtements…
Egwene soupira de soulagement et elle entendit Nynaeve l’imiter sans fausse pudeur.
— Je crains que mes nerfs ne résistent pas jusqu’aux écuries, avoua Elayne. C’est ça, une aventure ? Le cœur qui bat la chamade et l’estomac retourné ? Tout le temps ?
— C’est une bonne description, oui…, admit Egwene.
Et dire qu’en des temps pas si lointains elle avait hâte de se frotter au danger, comme les héros des récits et des légendes. Aujourd’hui, elle n’était plus dupe : les seules choses qui valaient la peine, c’étaient les souvenirs qu’on gardait de ses « exploits » – à condition d’avoir une mémoire très sélective.
Elle fit part de son expérience à Elayne.
— Je te crois, dit la Fille-Héritière. Mais c’est bien la première fois que je vis quelque chose d’exaltant. Et la dernière, tant que ma mère aura son mot à dire. En d’autres termes, jusqu’au jour où je monterai sur le trône.
— Taisez-vous un peu ! lança Nynaeve.
Les quatre fugitives étaient seules dans un couloir, pour une fois. L’ancienne Sage-Dame désigna un escalier étroit qui s’enfonçait dans le sol.
— Ce devrait être le bon endroit… Si tous ces tours et détours ne m’ont pas fait perdre le nord…
Elle s’engagea néanmoins dans l’escalier avec une belle assurance. À raison, puisque la petite porte que les quatre femmes franchirent, au pied des marches, leur permit de déboucher dans la cour en terre battue des écuries sud, où étaient gardés les chevaux des novices. Enfin, de celles qui en avaient, et qui devraient attendre, pour goûter de nouveau aux joies de l’équitation, d’avoir accédé au statut d’Acceptée. Ou de s’être fait ficher à la porte…
La Tour Blanche se dressait désormais dans le dos des fuyardes. Mais le complexe de dépendances défendu par un mur plus haut que les fortifications de bien des cités s’étendait sur une surface considérable.
Nynaeve entra dans les écuries comme si elle en était la propriétaire. Humant l’air qui sentait la paille et le crottin de cheval, elle sonda la longue double rangée de stalles éclairée par une série de soupiraux. Coup de chance étonnant, Bela la jument à long poil et la monture grise de Nynaeve avaient pris leurs quartiers dans des stalles proches de la porte. Dès qu’elle vit Egwene, Bela pointa la tête par-dessus le portillon de son fief et hennit gentiment.
Le seul garçon d’écurie présent, un bel homme à la barbe déjà grisonnante, regarda les quatre dames sans cesser de mâchouiller un brin de paille.
— Il faut que tu selles nos chevaux, ordonna Nynaeve, y allant au culot. D’abord, tu commenceras par ces deux-là… Min, va donc chercher ta monture et celle d’Elayne.
La jeune femme posa les sacoches de selle et entraîna la Fille-Héritière dans les entrailles du bâtiment.
Le front plissé, le garçon d’écurie retira le brin de paille de sa bouche.
— Il doit y avoir une erreur, ma dame… Ces chevaux…
— … Nous appartiennent, acheva Nynaeve. (Elle croisa les bras, prenant garde à bien montrer sa bague au Serpent.) Et tu vas les seller plus vite que ça !