La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Ne sois pas stupide…
— Je ne veux pas de votre aide. Ni de celle d’une autre Aes Sedai.
— Si c’est ce que tu désires…
Montant en selle, les cavaliers s’éloignèrent en direction de l’ouest. Malgré la fatigue, aucun n’avait protesté contre ce départ précipité, et Rand moins encore que les autres.
Lumière, aide-moi à arriver à temps !
38
Entraînement
Assise en tailleur sur son lit, l’ourlet de sa longue robe blanche glissé sous ses jambes, Egwene « jonglait » avec trois petites boules de lumière. En principe, elle n’aurait pas dû se livrer à cet exercice hors de la présence d’une Acceptée – au moins. Mais Nynaeve, qui faisait présentement les cent pas devant la cheminée, ne portait-elle pas la bague au Serpent des Acceptées ? Et l’ourlet de sa robe blanche n’était-il pas orné de plusieurs bandes de couleur ? D’accord, elle n’était pas encore autorisée à enseigner. Mais surveiller une novice ?
De toute façon, au cours des treize dernières semaines, Egwene avait découvert qu’elle était incapable de résister à l’appel du saidar. Comme l’odeur d’un parfum ou la douceur de la soie, il l’attirait irrésistiblement. Et, une fois qu’elle était en contact avec lui, comment s’interdire de canaliser le Pouvoir ou au minimum d’essayer ? Les échecs étaient au moins aussi fréquents que les succès, mais ça faisait une motivation de plus.
Egwene s’inquiétait souvent de cette « passion de canaliser » qui s’était emparée d’elle. D’autant qu’elle se sentait morne et fatiguée lorsqu’elle se retenait. Malgré les avertissements de femmes qui en savaient beaucoup plus long qu’elle, la jeune fille ne pouvait se contrôler, et ça n’avait rien de rassurant. Parfois, elle regrettait d’être venue à Tar Valon. Mais ses angoisses ne la bloquaient jamais très longtemps, pas plus que la possibilité d’être prise sur le fait par une Aes Sedai ou toute autre Acceptée que Nynaeve.
Dans sa chambre, elle ne risquait pas grand-chose. Perchée sur le tabouret à trois pieds, Min était là aussi, mais il n’y avait aucun souci à se faire de son côté. Ravie de s’être fait deux excellentes amies à Tar Valon, elle ne gâcherait sûrement pas tout en dénonçant Egwene.
Comme toutes les chambres de novice, celle-ci était minuscule et dépourvue de fenêtres. Trois pas suffisaient à Nynaeve pour aller d’un mur à l’autre. Sa propre chambre était beaucoup plus grande mais, faute d’avoir tissé des liens avec les autres Acceptées, elle rendait visite à Egwene chaque fois qu’elle avait besoin de parler à quelqu’un – ou de se taire en compagnie, comme aujourd’hui…
Dans la cheminée, la flambée parvenait à combattre victorieusement la fraîcheur de l’automne. Egwene avait des doutes sur les performances de ce foyer en hiver, mais, en attendant, tout allait bien.
Un petit bureau complétait le mobilier de l’austère chambre. Les vêtements d’Egwene pendaient à des crochets, sur les murs, et ses affaires reposaient sur la courte étagère qui surplombait le bureau. En général, les novices étaient beaucoup trop occupées pour passer du temps dans leur chambre. Mais c’était un jour de congé – seulement le troisième depuis l’arrivée à la Tour Blanche des deux villageoises de Champ d’Emond.
— Else regardait Galad avec des yeux bovins, ce matin, tandis qu’il s’entraînait avec les Champions…
Min adorait distiller ce genre de nouvelle tout en se balançant sur deux des trois pieds du tabouret.
La trajectoire des boules de lumière fut un instant moins précise au-dessus des mains d’Egwene.
— Elle peut regarder qui elle veut… En quoi est-ce censé m’intéresser ?
— En rien, bien entendu… Si on oublie son côté un peu trop formel, ce garçon est beau comme un dieu. Un vrai régal pour les yeux, surtout quand il est torse nu.
Les boules de lumière tournèrent soudain beaucoup plus vite.
— Avec ou sans chemise, Galad ne m’intéresse guère…
— Je te taquine, dit Min, et ce n’est pas gentil de ma part. Mais tu aimes le regarder – inutile de me foudroyer ainsi des yeux ! –, comme toutes les résidantes de la Tour Blanche, à part les sœurs rouges. Certaines Aes Sedai, surtout parmi les vertes, viennent suivre les entraînements. Pour voir comment s’en sort leur Champion, prétendent-elles, mais on n’aperçoit pas le bout de leur nez quand Galad n’est pas là. Même les cuisinières et les servantes viennent se rincer l’œil.
Les boules de lumière s’immobilisèrent. Egwene les contempla un moment, puis elle les fit disparaître… et éclata de rire.
— Il est agréable à regarder, pas vrai ? Même quand il marche, on jurerait qu’il danse… (Egwene rosit un peu.) Je ne devrais pas le fixer ainsi, je sais, mais il m’est impossible de m’en empêcher.
— C’est pareil pour moi, avoua Min, et, du coup, je « vois » comment il est.
— S’il est vraiment bon, que… ?
— Egwene, Galad est si « bon », comme tu dis, qu’il te ferait t’arracher les cheveux. Pour servir une grande cause, il n’hésiterait pas à blesser quelqu’un – sans même remarquer à qui il fait du mal. Et, s’il s’en apercevait, il attendrait de sa victime qu’elle le comprenne… et pense même qu’il a bien agi.
— Tu parles en connaissance de cause, j’imagine…
Egwene savait à quel point le don de « voyance » de son amie était fiable. Min ne disait pas tout sur ce qu’elle voyait – et elle ne voyait pas toujours tout non plus – mais les preuves suffisaient pour qu’on ne mette pas sa parole en doute.
Egwene jeta un coup d’œil à Nynaeve, qui marchait toujours de long en large en marmonnant, puis elle fit réapparaître ses boules de lumière et recommença à jongler.
— Bon, fit Min, autant que je te le dise… Galad s’est à peine aperçu de la présence d’Else. Sauf pour lui demander si tu comptais te promener dans le jardin sud, ce soir, puisque c’est un jour de congé. J’en ai eu le cœur serré pour elle…
— La malheureuse…, soupira Egwene tandis que les boules dansaient la gigue au-dessus de ses mains.
Min rit de bon cœur.
Quand la porte s’ouvrit à la volée, Egwene poussa un petit cri et fit promptement disparaître la preuve de sa transgression. Par bonheur, il s’agissait seulement d’Elayne.
La Fille-Héritière referma la porte, retira sa cape et l’accrocha à un portemanteau.
— La rumeur n’en était pas une… Le roi Galldrian est mort. Nous sommes face à une guerre de succession.
— Guerre civile ou de succession… Des noms absurdes pour la même horreur… (Min soupira.) Ça vous dérange si on parle d’autre chose ? La guerre au Cairhien… La guerre sur la pointe de Toman. Le faux Dragon de Saldaea est capturé, mais la paix n’est pas revenue à Tear. Mais que croire de toutes ces rumeurs ? Hier, j’ai entendu une cuisinière dire qu’Artur Aile-de-Faucon marchait sur Tanchico. Artur !
— Je croyais que tu ne voulais pas en parler…, souffla Egwene.
— J’ai vu Logain, annonça Elayne. Assis sur un banc, dans la cour intérieure, il pleurait comme un enfant. Quand il m’a vue, il s’est enfui. Je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir de la peine pour lui.
— Mieux vaut que ce soit lui qui pleure plutôt que nous toutes, dit Min.
— Je sais qui il est… Ou, plutôt, qui il était. Mais c’est terminé, et j’ai de la peine pour lui.
Egwene recula contre le mur.
Rand…
Évoquer Logain la faisait penser à Rand. Depuis des mois, elle n’avait plus rêvé de lui, en tout cas pas comme sur la Reine de la Rivière. Anaiya l’obligeait toujours à consigner ses songes par écrit, et les Aes Sedai les étudiaient, y cherchant des présages ou un lien avec des événements réels. Mais il n’y avait rien au sujet de Rand, sinon qu’il manquait à Egwene, d’après Anaiya. Pourtant, la jeune fille avait l’impression qu’il n’était plus vraiment là, à croire qu’il avait cessé d’exister. Comme ses rêves, il avait disparu peu de temps après qu’Egwene fut arrivée à la Tour Blanche.