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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Le cercle lumineux des lanternes – plus petit qu’il aurait dû être – s’arrêtait abruptement, la frontière entre le distinguable et l’invisible tombant comme un couperet. Alors que Liandrin se remettait en chemin, s’éloignant de la Plaque d’Orientation, cet éclairage suffit à Egwene pour apercevoir les contours d’une balustrade de pierre elle aussi rongée par la maladie. Un pont se dressait devant les cavalières, en déduisit la jeune fille, et donnait sûrement accès à ce qu’on appelait une « île » dans cet univers incompréhensible. Avec l’obscurité, il était difficile d’évaluer la taille de cette île.

Des ponts secondaires et des rampes formaient plusieurs intersections sur la bande de terre. Devant chaque structure, sur une borne, figuraient quelques mots en ogier. Vus de là, les ponts paraissaient se perdre dans le néant. Les rampes, en revanche, montaient ou descendaient. Mais, dans les deux cas, il était impossible de voir plus que la naissance de ces stupéfiantes structures.

S’arrêtant exclusivement pour étudier les bornes de pierre, Liandrin continua encore un peu tout droit, puis elle tourna sur sa droite, s’engageant sur une rampe qui descendait dans un puits de ténèbres où le silence devint encore plus sinistre.

La rampe sinueuse finit par déboucher sur une autre île. Là aussi, des ponts et des passerelles interrompaient la balustrade à intervalles réguliers. Comme un peu plus tôt, Liandrin compara les textes gravés sur les Plaques d’Orientation aux notes de sa feuille de parchemin. Comme la précédente, l’île que traversaient les voyageurs paraissait solide et assise sur de bonnes bases. Egwene regretta cependant d’être obligée de supposer que la première masse de terre se trouvait très exactement au-dessus de sa tête.

Nynaeve prit la parole et, d’une voix qui ne tremblait pas perceptiblement, exprima tout haut les inquiétudes de la jeune fille.

— L’île peut être au-dessus de nous, lui confirma Elayne d’une petite voix. (Elle leva les yeux et les rabaissa presque aussi vite.) Selon Elaida, les lois de la Nature n’ont pas cours sur les Chemins. En tout cas, ce ne sont pas les mêmes que dans notre monde…

— Par la Lumière ! c’est de la folie…, murmura Min. (Puis elle haussa le ton.) Combien de temps sommes-nous censées rester ici ?

Ses tresses blondes zébrant l’air, l’Aes Sedai tourna vivement la tête vers la jeune femme.

— Jusqu’à ce que je vous fasse sortir, répondit-elle, impitoyable. Et plus vous me perturberez, plus longtemps ça prendra.

Egwene et les autres fugitives se turent.

Liandrin passa de Plaque en Plaque en empruntant des rampes et des ponts qui semblaient flotter dans les ténèbres infinies. Se désintéressant totalement de ses compagnes, l’Aes Sedai donnait l’impression de ne pas être disposée à rebrousser chemin si l’une d’entre elles tombait ou avait besoin d’aide. Cette observation déprima Egwene. Ses amies devaient avoir le même sentiment, car, à son exemple, elles chevauchaient aussi près que possible de la jument noire.

Egwene s’étonna de constater qu’elle était toujours sensible au charme du saidar. Sentant l’existence de la moitié féminine de la Source Authentique, elle brûlait d’envie d’entrer en contact avec elle et de canaliser le Pouvoir. Sans trop savoir pourquoi, elle avait cru que la souillure des Ténèbres – la cause de la déliquescence des Chemins – l’en empêcherait. Ce n’était pas le cas, même si elle captait aussi la présence de la moitié corrompue du Pouvoir. En revanche, tenter d’atteindre la Source Authentique, ici, reviendrait à passer la main dans la fumée noire et grasse d’un incendie avec l’espoir de récupérer une tasse de porcelaine propre. Tout ce qu’elle ferait avec le Pouvoir serait affecté par la maladie qui rongeait le saidin. Pour la première fois depuis des semaines, la jeune fille n’eut pas besoin de lutter pour résister à l’envie de canaliser.

En termes de temps écoulé depuis le départ, on pouvait considérer qu’il faisait « nuit » sur les Chemins. En prenant pied sur une île, Liandrin annonça que la colonne allait marquer une pause. Juste le temps de manger et de dormir un peu.

— Qu’on déballe les réserves de nourriture que charrie le cheval de bât, ordonna-t-elle sans daigner citer un nom correspondant à cette corvée. Il nous faudra encore deux jours pour atteindre la pointe de Toman, et je ne voudrais pas que vous arriviez mortes de faim. Vous n’avez pas été assez idiotes pour partir sans emporter de vivres, mais comment aurais-je pu m’attendre à ça de vous ?

L’Aes Sedai dessella sa jument et la bouchonna rapidement. Puis elle s’assit sur la selle posée par terre et attendit que quelqu’un lui apporte à manger.

Elayne lui donna son morceau de pain et sa part de fromage. Voyant qu’elle n’était toujours pas calmée, les quatre autres femmes s’installèrent un peu à l’écart, assises en rond sur leurs selles. Au-delà du cercle lumineux des lanternes, l’obscurité paraissait de plus en plus « pesante ».

— Liandrin Sedai, demanda Egwene après un long silence, que se passera-t-il si nous rencontrons le Vent Noir ? (Min articula muettement le nom du phénomène et écarquilla les yeux.) Moiraine Sedai dit que Massin Shin ne peut pas être tué – ni même blessé – et je sens ici l’impatience de la souillure, comme si elle attendait que nous canalisions pour corrompre le résultat de nos efforts.

— Jusqu’à ce que je vous dise le contraire, intervint Liandrin, péremptoire, ne vous avisez pas de seulement penser à la Source Authentique. Si l’une d’entre vous essaie de canaliser le Pouvoir ici, elle risque de sombrer dans la folie, exactement comme un homme. Vous n’êtes pas assez formées pour défier la souillure laissée par les créateurs des Chemins. Quant au Vent Noir, s’il se montre, je m’en chargerai…

Liandrin marqua une courte pause, étudiant gravement un petit morceau de fromage.

— Moiraine en sait beaucoup moins long qu’elle le pense…

Sur ces mots, l’Aes Sedai goba le fromage avec un sourire cruel.

— Je ne l’aime pas…, souffla Egwene, assez bas selon elle pour que Liandrin ne l’entende pas.

— Si Moiraine a pu collaborer avec elle, dit Nynaeve, nous en serons également capables. Je n’aime pas plus l’une que l’autre, note-le bien, mais s’il faut les supporter pour aider Rand et les garçons…

L’ancienne Sage-Dame se tut et resserra sur son torse les pans de sa cape. Il ne faisait pas froid dans l’enclave de lumière, au milieu de l’obscurité infinie, mais ce décor glacial aurait fait frissonner n’importe qui.

— C’est quoi, le Vent Noir ? demanda Min.

Quand Elayne le lui eut expliqué, puisant dans les enseignements de sa mère et d’Elaida, la jeune femme soupira.

— La Trame est confrontée à bien des obstacles… Je doute qu’un homme – n’importe lequel – soit digne de tels efforts.

— Tu n’étais pas obligée de venir, rappela sèchement Egwene. Personne n’aurait tenté de t’arrêter si tu avais voulu quitter la tour…

— C’est vrai, j’aurais pu ficher le camp, admit Min. Aussi facilement qu’Elayne ou toi. La Trame ne se soucie pas de nos désirs, mon amie. Que ressentiras-tu si Rand, alors que tu consens tant de sacrifices, finit par ne pas t’épouser ? s’il choisit une femme que tu ne connais pas, ou Elayne, ou moi ?

— S’il m’épousait, ma mère ne serait pas contente, c’est sûr…, ne put s’empêcher de murmurer la Fille-Héritière.

Egwene ne répondit pas tout de suite. Rand risquait de ne pas vivre assez longtemps pour prendre femme. Et s’il le faisait… Eh bien, il n’était pas du genre à blesser les gens volontairement.

Et quand il sera devenu fou ?

Une question inutile. Il fallait empêcher ça.

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