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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Egwene retint son souffle. C’était le plan d’urgence, en cas d’obstacle imprévu. Nynaeve devait se faire passer pour une Aes Sedai, si son interlocuteur était susceptible de la croire. Aucune sœur ne serait tombée dans le piège – idem pour les Acceptées – et il aurait fallu une novice bien naïve, mais un palefrenier…

L’homme regarda un moment la bague, puis il releva les yeux.

— On m’avait parlé de deux personnes, dit-il, pas plus perturbé que ça. Une Acceptée et une novice. Il n’a jamais été question de quatre.

Egwene eut envie de ricaner. Liandrin les croyait bien entendu trop gourdes pour décider de récupérer leurs chevaux sans autorisation…

Nynaeve se rembrunit et passa à un ton moins conciliant :

— Tu vas faire sortir ces chevaux de leurs stalles et les seller ! Sinon, tu auras besoin des talents de guérisseuse de Liandrin, si elle consent à t’en faire profiter.

Le palefrenier articula en silence le nom de l’Aes Sedai, comme s’il avait du mal à avaler la couleuvre. Un coup d’œil à Nynaeve le dissuada pourtant de résister. En râlant, mais dans sa barbe, fort heureusement, il fit ce que la jeune femme lui demandait. Min et Elayne revinrent avec leurs montures au moment où il finissait de serrer la sangle de la deuxième selle. Il passa alors au hongre gris de Min et à la jument baie à l’élégante encolure d’Elayne.

Lorsque les quatre femmes furent en selle, Nynaeve s’adressa de nouveau au garçon d’écurie :

— On t’a sûrement demandé de tenir ta langue, et cette partie-là du contrat reste valable, que nous ayons été deux, quatre ou une centaine. Si tu as un doute, pense à ce que Liandrin te fera quand elle apprendra que tu as bavardé à tort et à travers.

En sortant, Elayne lança une pièce au type.

— Pour la peine que tu t’es donnée, mon brave. Tu as été très efficace. (Une fois hors des écuries, la Fille-Héritière se tourna vers Egwene et lui sourit.) La carotte et le bâton, comme dit souvent ma mère, c’est une excellente stratégie, à condition de ne pas oublier la carotte…

— J’espère que nous n’aurons besoin ni de l’une ni de l’autre avec les gardes. Si Liandrin est passée avant nous…

À la porte de Tarlomen, celle qui perçait le mur sud du complexe, bien malin qui aurait dit si les gardes avaient été ou non soudoyés. Accordant à peine un regard aux cavalières – et un salut de la tête plus que distrait –, les soldats leur firent simplement signe de passer. En toute logique, leurs ordres devaient être d’empêcher les fauteurs de troubles d’entrer. Du coup, ils se fichaient de qui pouvait bien sortir…

Venant du fleuve, une bise mordante fournit le prétexte qu’attendaient les cavalières pour remonter la capuche de leur cape. Dans les rues pavées, le bruit des sabots de leurs chevaux fut vite couvert par le vacarme de la foule qui grouillait en tous sens et par la musique qui sortait d’un certain nombre de bâtiments. Comme une rivière qui contourne un rocher, la foule se scindait en deux pour laisser passer les « nobles dames ». De la mode stricte du Cairhien à l’exubérance colorée des Zingari, tous les styles vestimentaires étaient représentés dans les artères surpeuplées de Tar Valon.

Egwene ne prêta aucune attention aux tours géantes, aux passerelles suspendues et aux nombreux bâtiments qui évoquaient davantage des vagues pétrifiées ou des falaises creusées par le vent que de prosaïques structures de pierre conçues pour être habitées ou abriter des commerces. Les Aes Sedai ne boudaient pas la cité et, dans cette foule, les fugitives pouvaient en croiser une à tout moment sans avoir le temps de voir venir le danger. Tendue à craquer, Egwene fut un peu rassurée de constater que ses compagnes sondaient la foule au moins aussi intensément qu’elle. Cela dit, quand le bosquet fut en vue, elle ne put retenir un soupir de soulagement. Les Grands Arbres étaient désormais visibles au-dessus des toits des maisons. Comparés à ces géants, les chênes, les ormes, les hêtres et les pins, pourtant imposants, seraient aisément passés pour des nabots. Une sorte de muraille entourait le bosquet, qui devait bien faire dans les trois mille pas de longueur, mais ce n’était qu’une succession de grandes arches de pierre qui n’avaient à l’évidence aucune vocation défensive. Au-delà de cette enclave, des charrettes, des chariots et des badauds se pressaient dans une rue. À l’intérieur, on se serait crue dans un autre monde, encore un peu sauvage. Les bosquets n’étaient jamais bien « domestiqués », comme les parcs, par exemple, et ils ne cédaient pas à l’anarchie qui régnait dans les forêts. Du coup, ils incarnaient une sorte de « nature idéale », comme s’il ne pouvait pas exister de bois ou de forêt plus proches de l’originelle perfection.

Les feuilles arboraient déjà leurs couleurs automnales, mais encore timidement, comme si le vert refusait pour l’instant de leur céder la place. Malgré sa timidité, Egwene trouva que cet automne était décidément un des plus beaux qu’elle ait jamais vécus.

Quelques promeneurs flânaient entre les arches. Aucun ne parut surpris de voir les quatre cavalières en franchir une et s’enfoncer au milieu des arbres. La cité fut très vite dissimulée par les feuillages, son vacarme lui-même finissant par renoncer à percer la frondaison et le rideau de broussaille. En moins de trois minutes, les quatre femmes eurent le sentiment d’être à des lieues et des lieues de la ville la plus proche.

— La lisière nord du bosquet, marmonna Nynaeve. On ne peut pas être plus au nord que ça, et…

L’ancienne Sage-Dame se tut. Deux chevaux venaient d’émerger à la lumière. Une jument au pelage noir brillant, vit Egwene, et un cheval de bât assez légèrement chargé. Délicate comme tous les équidés, la jument renâcla quand Liandrin la talonna sans ménagement.

— Vous ne deviez en parler à personne ! rugit l’Aes Sedai, folle de rage. Personne !

Egwene remarqua que des lanternes accrochées à des perches étaient attachées au paquetage de la bête de bât. Un détail qui l’intrigua…

— Ce sont des amies…, commença Nynaeve.

— Liandrin Sedai, intervint Elayne, elles n’ont pas manqué à leur parole. Nous avons entendu votre conversation, voilà tout. Nous n’avions pas l’intention de jouer les espionnes, mais ce qui est fait est fait. Min et moi, nous voulons aider Rand al’Thor – et ses deux amis aussi, bien entendu.

Liandrin regarda un long moment les deux « intruses », dont le visage était à demi noyé dans les ombres de leur capuche.

— Eh bien, puisque vous êtes là…, soupira-t-elle. J’avais prévu qu’on prenne soin de vous, mais à quoi bon vous renvoyer, maintenant ? Quatre ou deux, ça ne change rien, pour ce voyage…

— Qu’on prenne soin de nous ? répéta Elayne. Liandrin Sedai, que voulez-vous dire ?

— Mon enfant, toi et ton amie êtes liées aux deux autres, tout le monde le sait. Une fois leur absence découverte, crois-tu qu’on n’aurait pas songé à vous interroger ? Elayne, penses-tu que l’Ajah Noir te ménagerait sous prétexte que tu es la Fille-Héritière ? Si tu étais restée à la Tour Blanche, tu n’aurais peut-être pas vu le soleil se lever, demain matin…

Cette révélation fut suivie d’un long silence.

— Suivez-moi ! finit par lancer Liandrin.

Elle guida ses quatre compagnes jusqu’à une haute clôture, au cœur du bosquet. En fer forgé et couronnée par une haie de pointes acérées, cette enceinte arrondie devait protéger une assez grande zone, car on la perdait de vue parmi les arbres, à droite comme à gauche. Sortant une clé de sous sa cape, Liandrin se pencha, ouvrit la porte qui rompait la monotonie de cette haie de métal, la poussa, entra dans l’enclave, attendit que les autres l’aient imitée, referma le battant et le verrouilla.

Sur une branche, juste au-dessus des cavalières, un écureuil se mit à pépier. Plus lointain, un martèlement régulier retentit : le bruit caractéristique d’un pivert jouant de son bec comme d’un marteau.

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