La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Et je pense à la démarche si élégante de Galad, se dit Egwene, un peu amère. Rand doit aller bien. S’il avait été capturé et apaisé, ce serait arrivé à mes oreilles…
Cette idée fit frissonner la jeune fille. Penser que Rand puisse être apaisé… L’imaginer en train de pleurer comme un gosse, ou d’implorer la mort, à l’instar de Logain.
Elayne s’assit en tailleur à côté de son amie.
— Si tu t’es amourachée de Galad, dit-elle, n’attends aucune sympathie de ma part. Au contraire, je demanderai à Nynaeve de te faire boire une des horribles potions dont elle parle sans cesse. (Elle jeta un coup d’œil à l’ancienne Sage-Dame, qui semblait ne pas s’être aperçue de son arrivée.) Quelle mouche la pique ? Ne me dis pas qu’elle soupire aussi après Galad ?
— Si j’étais vous, souffla Min en se penchant vers ses amies, je ne lui chercherais pas des noises… Irella, une Acceptée maigre comme un clou, lui a dit qu’elle était maladroite comme une vache et encore moins douée pour le Pouvoir… Nynaeve lui a flanqué une taloche. (Elayne fit la grimace.) Bien entendu, elle a été convoquée dans le bureau de Sheriam, et depuis elle est impossible à vivre.
Apparemment, Min n’avait pas suffisamment baissé le ton, car Nynaeve rugit comme si on venait de lui mordre le mollet. Sans crier gare, la porte se rouvrit et une tempête miniature s’engouffra dans la chambre. Ce vent ne dérangea pas la literie d’Egwene, se contentant se faire basculer en arrière Min et son tabouret. Aussitôt après, le calme revint et Nynaeve s’immobilisa, l’air déconfite.
Egwene se précipita vers la porte et jeta un coup d’œil dehors. Le soleil de midi finissait de faire s’évaporer les dernières flaques d’eau de l’orage nocturne. Dans le déambulatoire au sol encore humide qui faisait le tour de la Cour des Novices, toutes les portes des chambres étaient fermées. Les jeunes femmes qui avaient profité du jour de congé pour s’amuser dans le jardin faisaient probablement la sieste. Donc, personne n’avait été témoin de… l’incident.
Egwene referma la porte et alla reprendre place auprès d’Elayne.
— Je suis navrée, Min, dit Nynaeve en tendant la main à sa victime pour l’aider à se relever. C’est mon mauvais caractère, parfois… Bien sûr, je ne te demande pas de me pardonner. Si tu veux me dénoncer à Sheriam, je comprendrai. Au fond, je l’aurai bien cherché…
Egwene regretta d’avoir été témoin de ce mea-culpa. Parfois, la Sage-Dame se montrait susceptible sur ce genre de chose. Cherchant une échappatoire – un moyen de convaincre Nynaeve qu’elle était trop concentrée sur autre chose pour s’être souciée de ses mésaventures –, Egwene entra de nouveau en contact avec le saidar et recommença à jongler avec ses boules de lumière. Elayne se joignit à elle, une aura lumineuse, au-dessus de ses mains, annonçant l’apparition de trois boules identiques aux siennes.
Les deux novices entreprirent de jongler en duo et de dessiner dans l’air des figures de plus en plus complexes. Leur technique n’étant pas encore parfaite, il arrivait de temps en temps qu’une boule disparaisse, puis revienne à l’existence une seconde après, sa taille ou sa couleur légèrement modifiées.
Le Pouvoir de l’Unique emplissait Egwene de vie. Ses sens affûtés, elle captait le léger parfum de rose du savon qu’Elayne utilisait pour ses ablutions matinales. Elle avait également conscience du plâtre des murs et du marbre du sol, sentant leur existence aussi clairement que celle du lit où elle était assise. Enfin, elle entendait la respiration de Nynaeve et de Min, qui conversaient à voix basse.
Et, bien sûr, elle ne ratait pas une miette de leur dialogue.
— Puisqu’on parle de pardonner, dit Min, si tu te montrais indulgente aussi ? Tu es soupe au lait, et moi j’ai la langue trop leste. Bref, je te pardonne si tu me pardonnes.
Avec des déclarations de clémence qui semblaient sincères, les deux jeunes femmes s’étreignirent.
— Mais si tu recommences, plaisanta Min, il est bien possible que je te flanque une taloche !
— La prochaine fois, riposta du tac au tac Nynaeve, je te lancerai quelque chose dessus… (Avisant du coin de l’œil ce que faisaient les deux novices, elle se rembrunit.) Arrêtez ça tout de suite, ou quelqu’un va pour de bon finir dans le bureau de Sheriam. Deux « quelqu’un », même…
— Nynaeve, tu ne ferais pas ça !
Voyant le regard que lui lançait l’ancienne Sage-Dame, Egwene rompit tout contact avec le saidar.
— Très bien, je crois à tes menaces… Inutile de les mettre à exécution.
— Il faut bien qu’on s’entraîne, pourtant ! protesta Elayne. On nous en demande plus chaque jour. Sans exercice, nous ne serons jamais à la hauteur.
Si sereine qu’elle parût, la Fille-Héritière s’était détournée du saidar tout aussi vite que son amie.
— Qu’arrivera-t-il si vous puisez trop de Pouvoir et qu’il n’y ait personne pour vous arrêter ? demanda Nynaeve. J’aimerais que vous soyez plus craintives… Comme moi, par exemple. Vous croyez que je ne sais pas comment c’est ? Le saidar est là en permanence, et on désire le sentir couler à flots en soi. Souvent, c’est uniquement grâce à la peur que je résiste. Je sais que je risque de finir en cendres, mais ça n’apaise pas mon désir… Vraiment, j’aimerais que vous soyez plus craintives.
— Je suis terrifiée…, soupira Egwene. Mais ça ne change rien. Et toi, Elayne ?
— Moi ? La seule chose qui me terrifie, c’est faire la vaisselle ! Et on dirait que cette corvée me tombe dessus tous les jours…
Egwene lança son oreiller sur la Fille-Héritière. Elayne récupéra le projectile et riposta. Mais sa joie enfantine ne convainquit personne, pas même elle.
— Bon, d’accord… J’ai si peur que mes dents s’entrechoquent en permanence. Elaida m’avait prévenue que je serais terrorisée au point de vouloir m’enfuir avec les Gens de la Route. À l’époque, je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire… Un homme qui traiterait ses bœufs comme ces femmes nous traitent serait rejeté par la communauté… Je suis fatiguée tout le temps. Je me lève épuisée et je me couche à bout de forces. Parfois, j’ai si peur de canaliser le Pouvoir dans mon demi-sommeil que je…
Baissant les yeux, Elayne n’acheva pas sa phrase.
Egwene n’en eut pas besoin pour savoir ce qu’elle voulait dire. Leurs chambres se trouvaient côte à côte et il y avait dans la cloison un petit trou, invisible quand on ne savait pas que chercher, qui permettait aux deux amies de converser après l’extinction des feux. Dans la Cour des Novices, presque toutes les cloisons étaient percées ainsi…
Du coup, Egwene entendait souvent son amie pleurer, le soir avant de s’endormir. Et elle aurait parié qu’Elayne avait aussi eu écho de ses propres sanglots…
— Les Gens de la Route sont une solution séduisante, dit Nynaeve, mais fuir ne changera rien à la réalité. On ne peut pas échapper au saidar.
L’ancienne Sage-Dame semblait ne pas beaucoup aimer ce qu’elle disait…
— Que vois-tu donc, Min ? demanda Elayne. Allons-nous devenir de puissantes Aes Sedai, ou finirons-nous nos jours en faisant la plonge ? Ou encore…
La Fille-Héritière s’interrompit, comme si elle répugnait à évoquer la troisième possibilité. L’exclusion. Être jetée hors de la tour. Deux novices avaient subi ce sort depuis l’arrivée d’Egwene. On parlait d’elles à voix basse, comme si elles étaient mortes.