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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Où allons-nous ? demanda Nynaeve.

Liandrin ne répondit pas.

— Pourquoi nous enfonçons-nous dans ces bois ? insista l’ancienne Sage-Dame. Pour quitter Tar Valon, il faut traverser un pont ou prendre un bateau. Il n’y a ni port ni passerelle ici, et…

— Nous y voilà, dit soudain Liandrin. La clôture sert à éloigner les innocents qui risqueraient de se blesser, mais aujourd’hui nous n’avons pas le choix…

Elle désignait ce qui semblait être une large pierre dressée. Sur la face avant, de délicates sculptures représentaient des sarments de vigne et une multitude de feuilles différentes.

Egwene sentit sa gorge se serrer. À présent, elle savait pourquoi l’Aes Sedai avait emporté des lanternes. Et cette découverte lui déplaisait au plus haut point.

— Un Portail…, souffla Nynaeve.

Les deux femmes se rappelaient très bien les Chemins – beaucoup trop bien, même !

— Nous avons réussi une fois, dit Egwene à Nynaeve – au moins autant pour s’en convaincre elle-même. Et nous réussirons encore !

Si Rand et les autres ont besoin de nous, il n’est pas question de reculer. C’est clair et net.

— Est-ce vraiment… ? commença Min sans pouvoir terminer sa phrase.

— Oui, c’est un Portail, confirma Elayne. Mais je croyais qu’on ne pouvait plus utiliser les Chemins. Ou, plutôt, que ce n’était plus permis…

Liandrin avait déjà mis pied à terre et retiré de son logement la feuille d’Avendesora. Devant elle, le Portail qui semblait désormais couvert de végétaux réels était déjà en train de s’ouvrir, révélant une surface argentée sombre où l’image de l’Aes Sedai se reflétait faiblement.

— Tu n’es pas obligée de venir, dit Liandrin en se tournant vers la Fille-Héritière. Tu peux m’attendre ici, bien à l’abri derrière la clôture. En espérant que l’Ajah Noir ne te trouve pas le premier.

L’Aes Sedai eut un sourire qui n’avait rien d’engageant. Dans son dos, le Portail venait de s’immobiliser, car il était ouvert en grand.

— Ai-je dit que je ne viendrais pas ? demanda Elayne.

Mais elle eut pour le bois environnant un regard plein de mélancolie qui en disait long.

— S’il faut le faire, déclara Min, faisons-le, qu’on en finisse !

Alors qu’elle fixait le Portail, Egwene crut entendre son amie murmurer :

— Que la Lumière te consume, Rand al’Thor !

— Je dois passer en dernier, dit Liandrin. Allez-y et je vous suivrai. (Elle aussi regardait le bois, comme si elle craignait qu’on les ait suivies.) Vite ! Vite !

Egwene n’aurait su dire ce que redoutait l’Aes Sedai. Mais, si des gens arrivaient, ils les empêcheraient sûrement de franchir le Portail.

Rand, espèce d’imbécile heureux, tu ne pourrais pas, au moins une fois, te fourrer dans des ennuis qui ne me forcent pas à jouer les héroïnes de légende ?

Egwene talonna Bela. Après un trop long séjour dans sa stalle, la jument fut ravie de se lancer au galop.

— Lentement ! cria Nynaeve.

Mais c’était trop tard.

Egwene et Bela se ruèrent vers le pâle reflet. Deux juments à long poil se retrouvèrent nez à nez, puis semblèrent se fondre l’une dans l’autre. Ensuite, les sangs glacés, Egwene se fondit elle aussi dans sa propre image. Le temps suspendit son vol, comme si le froid s’emparait d’elle cheveu après cheveu, chaque glaciation prenant plusieurs minutes.

Bela déboula soudain dans une obscurité plus noire que la nuit, si vite qu’elle faillit trébucher et manqua de peu éjecter sa cavalière. Par miracle, elle évita le pire et finit par s’immobiliser. Sautant à terre, Egwene alla vérifier que l’équidé ne s’était pas cassé une jambe. Au moins, l’obscurité avait l’avantage de dissimuler ses joues, qui devaient être rouge sang de honte. Depuis sa première expérience, elle savait que le temps et la distance étaient différents de l’autre côté d’un Portail. Mais elle avait agi sans réfléchir.

À part le rectangle faiblement lumineux du Portail, l’obscurité était partout. Aucune lumière ne parvenant à traverser la surface argentée, Egwene avait l’impression que les ténèbres se pressaient contre cette fenêtre opaque, avides de la franchir ou de la détruire. Derrière, la jeune fille voyait ses compagnes, qui se déplaçaient au ralenti, comme dans un cauchemar. Intraitable, Nynaeve insistait pour que chacune reçoive une lanterne et l’allume. Pressée que tout le monde ait traversé, Liandrin faisait contre mauvaise fortune (très relativement) bon cœur.

Lorsque Nynaeve eut traversé très lentement – presque pouce après pouce –, Egwene eut envie d’aller se jeter dans ses bras. En grande partie à cause de la lanterne, dut-elle s’avouer. Le cercle lumineux était plus petit qu’il aurait dû, comme si l’obscurité tentait de le repousser par la force, et ça n’étonnait pas la jeune fille, car elle aurait juré que cette nuit oppressante pesait bel et bien sur elle.

S’interdisant toute exubérance, elle resta où elle était et dit placidement :

— Bela n’a rien et je ne me suis pas rompu le cou, comme je l’aurais mérité.

Jadis, les Chemins étaient éclairés. Mais la souillure du Pouvoir dont ils étaient issus – le saidin corrompu par le Ténébreux – les avait peu à peu infectés.

Nynaeve leva bien haut la lanterne qu’elle tenait, puis, de sa main libre, elle en dégagea une de sous la sangle ventrale de sa selle.

— Si tu as conscience de mériter un châtiment, souffla-t-elle, c’est que tu mérites d’y échapper… (Elle eut un petit rire.) Parfois, je me dis que ce sont les sophismes de ce genre, plus que tout le reste, qui ont fait la grandeur des Sages-Dames… Comme je suis en verve, en voici un autre : avise-toi de te briser le cou, et je te le réparerai pour pouvoir le briser de nouveau à mains nues.

Une menace pour du beurre, comprit Egwene, qui ne put s’empêcher de rire avec sa compagne. Jusqu’à ce qu’elle se rappelle où elle était. L’hilarité de Nynaeve ne dura pas très longtemps non plus.

Min et Elayne franchirent à leur tour le Portail en tenant comme Nynaeve leur monture par la bride. Portant elles aussi des lanternes, elles semblaient s’attendre à découvrir des monstres rugissants et furent d’abord soulagées d’être accueillies par de banales ténèbres. Mais elles sentirent très vite le poids de cette obscurité peser sur leurs épaules, menaçant de les écraser.

Liandrin remit la feuille d’Avendesora en place et traversa en selle, le cheval de bât à sa traîne.

Sans attendre que le Portail ait fini de se fermer, elle lança à Min la bride de son deuxième équidé et entreprit de suivre une ligne blanche dessinée sur le sol et à peine visible à la lueur de sa lanterne.

Apparemment en pierre, le sol des Chemins semblait dévoré par de l’acide et frappé d’une sorte de petite vérole.

Egwene remonta en selle, mais elle attendit les autres avant de suivre l’Aes Sedai dans un univers où rien n’existait, semblait-il, à part la roche que martelaient les sabots des chevaux.

Droite comme la hampe d’une flèche, la ligne blanche conduisit les voyageurs devant une grande dalle de pierre couverte d’inscriptions en ogier. La petite vérole qui s’attaquait au sol affectait également ces lignes d’écriture.

— Une Plaque d’Orientation, murmura Elayne, très mal à l’aise, en regardant autour d’elle. Elaida m’a un peu parlé des Chemins. Sans m’en dire assez, je crois… Ou en m’en disant trop, au contraire.

Liandrin sortit de sous sa cape une feuille de parchemin, compara le texte aux inscriptions, puis remit en place l’énigmatique document – avant même qu’Egwene ait pu jeter un coup d’œil indiscret dessus.

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