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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Le vide disparut, le contact avec le saidin fut rompu et Rand s’écroula, l’impact contre le sol assez rude pour lui couper le souffle – s’il n’avait pas été à demi engourdi, en tout cas. Sous sa joue, il sentit une surface rugueuse et froide qui devait être de la pierre.

Il aperçut Verin, qui luttait pour se relever et réussit à se mettre à quatre pattes. Entendant quelqu’un vomir, il leva la tête et vit qu’Uno, agenouillé, se nettoyait la bouche d’un revers de la main. Tous les bipèdes étaient tombés et les chevaux, pétrifiés de terreur, roulaient des yeux ronds comme des soucoupes. À demi relevé, Ingtar avait dégainé son épée, la serrant si fort que la lame tremblait tandis qu’il fixait le vide, l’air absent. Assis là où il était tombé, Loial semblait avoir oublié jusqu’à son nom. Mat était roulé en boule, un bras enroulé autour de la tête, et Perrin avait enfoncé les doigts dans ses yeux, comme s’il voulait en arracher les horreurs qu’il avait vues – ou peut-être même se débarrasser des globes oculaires sur lesquels elles s’étaient imprimées.

Les soldats n’étaient pas en meilleur état. Masema pleurait comme un gamin et Hurin regardait autour de lui, à la recherche d’un endroit où se cacher, eût-on dit.

— Que… ? commença Rand.

Il dut s’interrompre pour déglutir. Il gisait sur une pierre dévastée par les intempéries et plus qu’aux trois quarts enfouie sous la terre.

— Qu’est-il arrivé ?

— Une surcharge de Pouvoir, répondit Verin en se relevant. (Les jambes mal assurées, elle resserra frileusement sur son torse les pans de sa cape.) Nous étions comme poussés par un vent fou furieux jailli de nulle part. Rand, tu dois apprendre à contrôler le Pouvoir. Un tel déchaînement risque de te réduire en cendres, un de ces jours…

— Verin, j’ai… j’ai vécu… j’étais…

Rand comprit enfin qu’il reposait sur une Pierre-Portail enterrée. Comme si son contact le brûlait, il se releva d’un bond.

— Verin, j’ai vécu et je suis mort un nombre incalculable de fois. Chaque existence était différente, mais il s’agissait bien de moi. Oui, de moi !

— Les Lignes qui relient les Mondes qui Pourraient Être, tracées par ceux qui connaissent les Nombres du Chaos…, murmura Verin, parlant toute seule. Je n’ai jamais entendu mentionner cette possibilité, mais pourquoi ne serions-nous pas nés dans chacun de ces mondes pour y mener une vie différente ? Puisque les événements n’y sont pas identiques, pourquoi nos existences ne divergeraient-elles pas elles aussi ?

— C’est ce qui m’est arrivé ? Je… ou plutôt nous avons découvert nos vies potentielles ?

J’ai encore gagné, Lews Therin.

Non, je suis Rand al’Thor !

Verin s’ébroua pour s’éclaircir les idées et chercha le regard du jeune homme.

— Tu t’étonnes que ta vie puisse être différente si tu fais d’autres choix, ou si des événements divergents se produisent ? Je n’y avais jamais réfléchi, mais… Bon, l’important est d’être ici. Même si c’est loin de correspondre à nos attentes.

— Où sommes-nous ? demanda Rand.

La forêt du Sanctuaire Tsofu avait disparu, remplacée par une plaine vallonnée. Une forêt se dressait cependant non loin de là, à l’ouest, et on apercevait aussi des collines. Quand les voyageurs s’étaient réunis autour de la Pierre-Portail, le soleil brillait très haut dans le ciel. À présent, il sombrait à toute vitesse vers l’horizon occidental.

Rand nota que les rares arbres étaient tout déplumés ou arboraient un feuillage mordoré. La brise qui soufflait de l’est, plutôt mordante, soulevait des colonnes de feuilles mortes.

— C’est la pointe de Toman, dit Verin. Je reconnais la Pierre-Portail. Rand, tu n’aurais pas dû tenter de nous y amener directement. J’ignore ce qui est arrivé, et je doute de le savoir un jour, mais à voir les arbres on devine que nous sommes à la fin de l’automne. Rand, nous n’avons pas gagné de temps. Bien au contraire ! Quatre mois, voilà ce qu’il nous a fallu pour arriver ici.

— Mais je…

— Tu vas devoir te laisser guider par moi… Je ne peux pas te former mais, avec un peu de chance, je t’empêcherai de te tuer – et de nous emporter avec toi – à cause de ton manque de contrôle. Et, même si tu ne te suicides pas, si le Dragon Réincarné se consume comme une bougie, qui affrontera le Ténébreux ?

L’Aes Sedai n’attendit pas les protestations rituelles de Rand. Afin de les éviter, elle alla se camper devant Ingtar.

L’officier sursauta quand elle lui tapota le bras.

— Je marche dans la Lumière ! s’écria-t-il, les yeux exorbités. Je retrouverai le Cor de Valère afin d’anéantir le pouvoir de Shayol Ghul. J’en fais le serment.

— Oui, oui…, fit Verin d’un ton apaisant.

Elle prit entre ses mains le visage d’Ingtar. Sursautant, il s’arracha au cauchemar dans lequel il dérivait. Mais dont les souvenirs le hanteraient longtemps, devina Rand.

— Voilà, ce sera suffisant pour toi… Je vais voir ce que je peux faire pour les autres. Nous retrouverons peut-être le Cor, mais notre chemin est semé de plus en plus d’obstacles…

Alors que l’Aes Sedai faisait le tour des hommes, s’arrêtant devant chacun, Rand alla rejoindre ses amis. Quand il voulut l’aider à se relever, Mat se débattit, puis le saisit par les pans de sa veste.

— Rand, je ne parlerai jamais à personne de… Je ne te trahirai jamais, tu m’entends ? Il faut que tu me croies !

Le pauvre Mat semblait plus mal en point que jamais. Mais c’était surtout l’effet de la peur – avec un peu de chance, en tout cas.

— Je te crois…, souffla Rand.

Quelles existences avait vécues Mat, et qu’avait-il fait d’impardonnable ?

Il a dû me trahir, sinon ça ne l’obséderait pas ainsi…

Rien qui fût à retenir contre Mat, cependant. En quoi était-il responsable des actes d’autres versions de lui-même ? De plus, après certaines variantes de sa propre personne qu’il avait découvertes, Rand était mal placé pour juger.

— Je te crois, Mat. Et toi, Perrin, ça va ?

L’apprenti forgeron écarta enfin les mains de son visage. Rand vit des écorchures là où ses ongles s’étaient enfoncés dans sa peau.

— Nous n’avons pas tant de choix que ça, n’est-ce pas ? Quoi qu’il arrive, et quoi que nous fassions, certaines constantes demeurent. Où sommes-nous, Rand ? Dans un de ces mondes dont vous parliez, Hurin et toi ?

— Non… C’est la pointe de Toman, dans notre monde. D’après Verin, en tout cas. Et nous sommes en automne.

Mat sursauta.

— Comment est-ce… ? Non, je ne veux rien savoir. Mais comment trouver Fain et la dague, à présent ? Le colporteur peut être n’importe où…

— Il est là, assura Rand.

Il espéra ne pas se tromper. En quatre mois, Fain avait eu le temps d’embarquer vers toute destination de son choix. Ou de chevaucher jusqu’à Champ d’Emond… Ou Tar Valon.

Lumière, fais qu’il ne se soit pas fatigué d’attendre ! S’il a fait du mal à Egwene, ou à un de mes amis, au pays, je… Lumière, j’ai tout fait pour arriver à temps !

— Les villes de la pointe de Toman sont toutes à l’ouest d’ici, dit Verin.

Tous les voyageurs s’étaient relevés, à part Rand et ses amis. L’Aes Sedai approcha de Mat et lui imposa les mains tout en reprenant la parole :

— Peu de villages sont assez grands pour mériter ce nom mais, si nous voulons retrouver les Suppôts, c’est par là qu’il faut commencer. Et je propose que nous profitions des quelques heures de lumière qui nous restent…

Quand Mat se fut relevé, l’air un peu requinqué, Verin s’occupa de Perrin. Puis elle tendit les mains vers Rand, mais il bondit en arrière.

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