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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Rand eut envie de rire nerveusement. Jouer leur vie sur des éléments si insignifiants !

— Approchez ! ordonna Verin aux autres voyageurs en puissance. Ce sera plus facile si vous êtes à côté de nous. Bien, à présent, il est temps de commencer.

Verin écarta sa cape et posa les mains bien à plat sur la colonne. Mais Rand vit qu’elle le regardait du coin de l’œil. Il entendit des soldats se racler la gorge, Uno injurier un homme qui refusait d’approcher et Mat lancer une plaisanterie douteuse qui ne fit rire personne.

Alors que Loial laissait échapper un petit cri, Rand invoqua le vide.

Tout se passa très facilement. La flamme de la bougie imaginaire consuma sa peur et ses autres sentiments, puis elle se volatilisa, cédant la place au cocon et à la lueur maladive du saidin.

À la fois séduit et révulsé, Rand appela à lui la force souillée et la laissa l’envahir comme une marée tumultueuse. Alors qu’il était immobile telle une statue, il se sentit vivant et libre comme jamais.

Le symbole apparut devant son œil mental. Un cercle percé d’une flèche. Rand laissa le Pouvoir de l’Unique se déverser dans cette énigmatique représentation.

L’image scintilla et ondula.

— Ça commence…, dit Verin. Mais quelque chose…

LE MONDE FLAMBOYA…

La porte explosa, les pièces métalliques du verrou venant s’écraser sur le sol.

Une silhouette se découpa sur le seuil de la maison. Un géant vêtu d’une cotte de mailles qui lui tombait jusqu’aux genoux, des piques hérissant ses épaules, ses poignets et ses coudes. Soudain, Rand vit les étranges cornes de bélier qui surplombaient la tête de l’intrus, touchant presque le cadre de la porte. Là où auraient dû se trouver un nez et une bouche, un museau poilu s’ouvrait sur des crocs acérés.

— File d’ici, mon garçon ! cria Tam. Et cache-toi dans les bois.

Il frappa le monstre avec son épée, le blessant sûrement à mort. Mais le Trolloc s’agrippa à lui, l’entraînant dans sa chute.

D’autres créatures de cauchemar entrèrent, leur visage humain affublé d’un museau ou d’un bec exprimant une haine sans bornes. Alors que Tam tentait de se redresser, tous le frappèrent avec leur bizarre épée incurvée.

— Papa ! cria Rand.

Dégainant son couteau de chasse, il bondit par-dessus la table pour voler au secours de son père et hurla de douleur quand la première lame lui transperça la poitrine.

Alors que des bulles de sang se formaient dans sa bouche, une voix murmura dans sa tête :

J’ai encore gagné, Lews Therin.

LE MONDE FLAMBOYA…

Alors qu’il luttait pour maintenir l’image du symbole, Rand entendit très vaguement la voix de Verin :

— … n’est pas…

LE MONDE FLAMBOYA…

Rand connut le bonheur après avoir épousé Egwene. Même lorsqu’il pensait qu’il aurait dû y avoir quelque chose de plus dans sa vie – quelque chose de différent –, il tentait de ne pas se laisser submerger par ce qu’il appelait sa « mauvaise humeur ». Grâce aux colporteurs et aux marchands venus acheter de la laine et du tabac, des nouvelles du grand monde atteignaient régulièrement le territoire de Deux-Rivières. Des histoires d’émeutes, de guerres et de faux Dragons grouillant un peu partout dans les royaumes. Une année, personne ne vint. Celle d’après, les colporteurs et les marchands rapportèrent que les guerriers des armées d’Artur Aile-de-Faucon – enfin, leurs descendants, plutôt – étaient revenus. Les anciennes nations se désintégraient, et les nouveaux maîtres du monde, qui utilisaient sur le champ de bataille des Aes Sedai enchaînées, avaient rasé la Tour Blanche et Tar Valon, salant le sol où s’était dressée la cité afin que rien n’y repousse.

Aucune Aes Sedai de la tour n’avait survécu.

Pour dramatiques qu’elles soient, ces nouvelles ne changèrent pas grand-chose à Champ d’Emond. Il fallait toujours se charger des semailles, tondre les moutons et s’occuper des agneaux de l’année. Avant d’aller s’étendre sous la terre près de sa femme, Tam eut le plaisir de faire sauter sur ses genoux de merveilleux petits-enfants, et sa vieille ferme s’agrandit en même temps que la famille.

Egwene devint Sage-Dame, et beaucoup de villageois pensèrent qu’elle était encore meilleure que Nynaeve al’Meara, qu’elle était destinée à remplacer depuis des lustres. Ses compétences ne se révélèrent pas superflues. Alors que ses potions faisaient des miracles sur tout le monde, elles parvenaient de justesse à combattre les maladies qui s’attaquaient sans cesse à Rand, le menaçant d’une fin précoce. Au fil du temps, sa « mauvaise humeur » devint de la rage et il prit l’habitude de répéter que sa vie n’était pas ce qu’elle aurait dû être.

Egwene commença à avoir peur, car, lors des crises de fureur de son mari, d’étranges phénomènes se produisaient. Des orages qu’elle n’avait pas entendus dans le vent, des feux de forêt et d’autres catastrophes. Aimant son époux, elle continua de le soigner et l’empêcha de sombrer dans la folie, même si beaucoup de villageois murmuraient qu’il était dérangé et dangereux.

Quand Egwene mourut, Rand resta assis des heures devant sa tombe, sa longue barbe grisonnante imbibée de larmes. Son affection revenant à l’assaut, il perdit l’annulaire et l’auriculaire de la main droite et le majeur de la gauche. Ses oreilles commencèrent à ressembler à des plaies infectées et on murmura qu’il émanait de lui une odeur de pourri.

Son humeur devint encore plus sombre.

Pourtant, lorsque arrivèrent les terribles nouvelles, tous ses concitoyens acceptèrent qu’il parte en guerre à leurs côtés. Des Trollocs, des Blafards et des abominations innommables étaient sortis de la Flétrissure. Malgré toute leur puissance, les nouveaux maîtres du monde, submergés, risquaient d’être impitoyablement rejetés à la mer.

Rand prit son arc – il lui restait juste assez de doigts pour s’en servir – puis boitilla en direction de la rivière Taren en compagnie d’hommes venus de tous les villages et de toutes les fermes isolées de Deux-Rivières. Alors que ses compagnons partaient au combat avec tous les arcs, toutes les haches, les piques à sanglier et les rapières qu’ils avaient pu trouver, Rand portait sur la hanche gauche une épée ornée d’un héron. Une arme découverte dans les effets personnels de Tam, après sa mort, et dont il ne savait absolument pas se servir.

Armées de tout ce qui leur était tombé sous la main, des femmes accompagnèrent leur mari. Certaines, en plaisantant à demi, avouèrent avoir l’étrange sentiment de s’être déjà comportées ainsi dans une vie antérieure.

Sur la berge nord de la Taren, les défenseurs de Deux-Rivières se retrouvèrent face à une horde de Trollocs et d’autres monstres dirigés par des Blafards et prêts à combattre jusqu’à la mort pour la gloire d’un étendard si noir qu’il semblait dévorer la lumière.

Dès qu’il vit cet étendard, Rand pensa que la folie s’emparait de nouveau de lui, car il eut le sentiment d’être né pour affronter cet obscur drapeau. Il décocha dessus toutes ses flèches, faisant mouche avec l’aide de la flamme et du vide, et ne prêta pas une once d’attention aux Trollocs qui traversaient la rivière ni aux hommes et aux femmes qui tombaient autour de lui.

Au passage, avant d’aller semer la terreur et la mort plus loin, un des monstres transperça avec son épée la poitrine du vieil homme qu’était devenu Rand. Alors qu’il gisait non loin de l’eau, regardant le ciel, qui semblait s’obscurcir à midi, le moribond entendit une voix souffler dans sa tête :

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