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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Alar prit le temps de regarder une dernière fois Loial, et ensuite Rand, comme si elle voulait lui rappeler sa promesse. Puis Juin et elle s’éloignèrent et disparurent bientôt entre les arbres.

Un concert de grincements de cuir indiqua que les cavaliers s’agitaient nerveusement sur leur selle.

— Est-ce indispensable, Verin Sedai ? demanda Ingtar, se faisant le porte-parole de ses hommes. En supposant que nous réussissions, comment être sûrs que les Suppôts ont emporté le Cor sur la pointe de Toman ? Je reste convaincu de pouvoir faire parler Barthanes…

— En l’absence de certitude, dit Verin, la pointe de Toman est un très bon endroit où chercher. Ne t’ai-je pas entendu jurer que tu irais jusque dans les entrailles du mont Shayol Ghul pour retrouver le Cor ? Reculerais-tu devant cet obstacle ?

Elle désigna la colonne dressée au pied du grand hêtre.

— Je ne recule devant rien, se défendit l’officier. Conduis-nous sur la pointe de Toman ou au mont Shayol Ghul, si ça te chante. Pourvu que le Cor de Valère m’y attende, j’irais jusqu’au bout du monde.

— Voilà qui est bien parlé ! (Verin se tourna vers Rand.) Tu as voyagé plus récemment que moi grâce à une Pierre-Portail. Approche, mon garçon.

Rand obéit, tenant Rouquin par la main.

— Vous avez utilisé une Pierre-Portail ? (Le jeune homme regarda derrière lui pour s’assurer que les autres ne l’entendaient pas.) Dans ce cas, vous n’avez pas besoin de mes services…

— Je n’ai jamais voyagé ainsi, voilà pourquoi ton expérience est nécessairement plus récente que la mienne. Rand, je suis consciente de mes limites. Si je tentais de canaliser le Pouvoir requis pour un tel voyage, je serais carbonisée sur place. Cela dit, j’en sais assez long sur les Pierres-Portails pour t’être utile. Un minimum, au moins…

— Moi, je ne sais rien sur ces artefacts ! s’écria Rand.

Sans lâcher son cheval, il fit le tour de la Pierre.

— Je me souviens d’une seule chose : le symbole qui représente notre monde. Selene me l’a montré, mais je ne le vois pas ici.

— Bien sûr que non ! Que ferait-il sur une Pierre-Portail qui se dresse dans notre monde ? Ces cryptogrammes sont un moyen d’accéder à un endroit. Quel idiot voudrait voyager jusqu’au lieu où il est déjà ? (L’Aes Sedai soupira à pierre fendre.) Je donnerais cher pour parler avec ton amie Selene. Ou, mieux encore, pour consulter son livre ! Les érudits pensent qu’aucun exemplaire de Miroirs et reflets de la Roue n’est sorti intact de la Dislocation. Serafelle m’a souvent dit que des centaines d’ouvrages prétendument perdus attendaient d’être découverts…

» Bon, inutile de pleurer sur les informations que je ne détiens pas. Je sais quand même pas mal de choses… Les symboles qui représentent des mondes figurent sur la moitié supérieure du monolithe. On n’y trouve pas la totalité des Mondes qui Pourraient Être, bien sûr. Selon les Aes Sedai de l’Âge des Légendes, toutes les Pierres ne donnent pas accès à l’ensemble des destinations, et certaines de celles-ci – des univers potentiels, toujours – ne sont peut-être reliées à aucun artefact. Vois-tu quelque chose qui éveille en toi un souvenir ?

— Non, rien…, avoua Rand.

S’il repérait le bon cryptogramme, il pourrait trouver Fain, sauver Mat et épargner bien des malheurs à Champ d’Emond. Mais, pour ça, il lui faudrait une nouvelle fois entrer en contact avec le saidin. S’il désirait secourir Mat et vaincre Fain, il n’avait aucune envie d’affronter le saidin. Canaliser le Pouvoir le terrorisait. En même temps, il en rêvait comme un homme affamé peut rêver à un festin.

— Je ne reconnais rien…, soupira-t-il.

— Sur l’autre moitié de la Pierre, les symboles représentent tous les artefacts existants. Si tu savais comment ça fonctionne, tu pourrais nous conduire ailleurs que devant cette même Pierre, mais dans un monde différent. En d’autres termes, nous nous retrouverions ailleurs qu’ici, par exemple beaucoup plus près de la pointe de Toman. C’est un phénomène très semblable à ce que nous appelions jadis le Voyage. Hélas, les Aes Sedai ont perdu ce secret parmi tant d’autres. Pareillement, plus personne ne sait utiliser correctement une Pierre-Portail. Si nous procédons à l’aveuglette, nous pourrions bien y laisser la vie.

Verin désigna deux lignes ondulées parallèles barrées par un étrange dessin qui évoquait irrésistiblement… un gribouillis.

— Ce symbole signale une Pierre-Portail présente sur la pointe de Toman. C’est une des trois seules Pierres que je puisse reconnaître, et la seule que j’aie vue de mes yeux. Pour ça, j’ai failli être coincée par la neige dans les montagnes de la Brume, puis j’ai failli crever de froid dans la plaine d’Almoth. Et pour apprendre quoi ? Absolument rien ! Rand al’Thor, joues-tu aux dés ou aux cartes ?

— Le flambeur, c’est Mat… Pourquoi cette question ?

— Mat ? Hum, il vaut mieux le laisser à l’écart de tout ça, je crois… Voici les autres symboles que je connais.

Du bout d’un doigt, Verin suivit les contours d’un rectangle qui contenait huit sculptures. Toutes se ressemblaient – un cercle et une flèche – mais, pour une moitié d’entre elles, la flèche était contenue par le cercle. Pour l’autre, la pointe du projectile transperçait son cadre… Les flèches indiquaient la droite, la gauche, le haut ou le bas. Autour de chaque cercle figurait une inscription rédigée dans une langue que Rand ne connaissait pas – une écriture faite d’une alternance de lignes incurvées et de croches irrégulières.

— Voici ce que je sais sur ces symboles… Chacun représente un monde dont l’étude conduisit jadis à la création des Chemins. D’autres mondes servirent de modèles, mais j’ignore par quoi ils sont représentés. Tu me suis ? C’est là qu’un joueur sera utile. J’ignore à quoi ressemblent ces mondes, Rand. Dans certains, une année doit correspondre à une journée ici, et dans d’autres ça doit être exactement l’inverse. Il doit y avoir des mondes où l’air seul est assez toxique pour nous tuer, et d’autres qui sont à peine assez réels pour tenir debout. Tu vas choisir, Rand. Comme aurait dit mon père, il est temps de jeter les dés !

— La moindre erreur de ma part risque de nous être fatale…

— Tu refuses de prendre ce risque ? Même pour le Cor de Valère et pour Mat ?

— Pourquoi êtes-vous pressée de jouer à quitte ou double ? Je ne suis même pas sûr de pouvoir réussir… Parce que ça ne fonctionne pas à tous les coups.

Même si personne ne s’était approché, Rand regarda une nouvelle fois autour de lui. Tous les regards étaient rivés sur la Pierre, mais ses compagnons étaient trop loin pour l’entendre.

— Parfois, le saidin est là, tout simplement, mais il pourrait tout aussi bien être sur la lune, parce que je ne parviens pas à le toucher. Et, même en supposant que je réussisse, qu’arrivera-t-il si je nous transporte dans un endroit où nous ne pourrons pas respirer ? Quel bien cela fera-t-il à Mat ? Voire au Cor ?…

— Tu es le Dragon Réincarné… Tu peux mourir, bien sûr, mais je doute que la Trame te laisse quitter la vie avant d’en avoir fini avec toi. De plus, les Ténèbres s’étendent sur le Lacis, désormais, et qui peut dire comment ça affecte le tissage ? Tu n’as qu’une solution : suivre ta destinée.

— Je suis Rand al’Thor, pas le Dragon Réincarné. Et je ne serai pas un faux Dragon.

— Tu es ce que tu es… Vas-tu jeter les dés, ou attendre ici que ton ami meure ?

Entendant ses dents grincer, Rand se força à desserrer la mâchoire. À ses yeux, tous ces symboles étaient identiques et les inscriptions ressemblaient à des traces de serres de coq. Puisqu’il fallait choisir, il opta pour une gravure où la flèche désignait la gauche – soit la direction de la pointe de Toman. La pointe transperçait le cercle, sans doute parce que c’était une assez bonne représentation du désir de liberté qu’il éprouvait.

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