Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
1 ... 10 11 12 13 14 15 16 17 18 ... 131
Перейти на страницу:

�Vois, disait-il, ils deviennent b�tail et commencent doucement de pourrir� non dans leur chair mais dans leur c�ur.�

Car tout pour eux perdait sa signification. Si tu ne joues point ta fortune aux d�s il est bon cependant que les d�s te puissent signifier en r�ve des domaines et des troupeaux, des barres d'or, des diamants que tu ne poss�des point. Qui sont d'ailleurs. Mais vient l'heure o� les d�s ne peuvent plus rien repr�senter. Et il n'est plus de jeu possible.

Et voil� que nos prot�g�s n'avaient plus rien � se dire. Ayant us� leurs histoires de famille qui se ressemblaient toutes. Ayant achev� de se d�crire l'un � l'autre leur tente quand toutes leurs tentes �taient semblables. Ayant achev� de craindre et d'esp�rer, et d'inventer. Ils usaient encore du langage pour des effets rudimentaires: �Pr�te-moi ton r�chaud�, pouvait dire l'un, �O� est mon fils?� pouvait dire l'autre. Humanit� couch�e sur sa liti�re, sous sa mangeoire, qu'e�t-elle d�sir�? Au nom de quoi se f�t-elle battue? Pour le pain? Ils en recevaient. Pour la libert�? Mais dans les limites de leur univers ils �taient infiniment libres. Noy�s m�me dans cette libert� d�mesur�e qui vide certains riches de leurs entrailles. Pour triompher de leurs ennemis? Mais ils n'avaient plus d'ennemis!

Mon p�re me dit:

�Tu peux venir avec un fouet, et traverser le campement, seul, en les flagellant au visage, tu ne soul�veras rien de plus en eux qu'en une meute de chiens, quand elle grogne en reculant, et aimerait mordre. Mais aucun ne se sacrifie et tu n'es point mordu. Et tu croises tes bras devant eux. Et tu les m�prises��

Il me disait aussi:

�Ce sont l� des carcasses d'hommes. Mais l'homme n'y est plus. Ils peuvent t'assassiner en l�ches, derri�re ton dos, car la p�gre se montre dangereuse. Mais ils ne soutiendront pas ton regard.�

Cependant la discorde s'installa chez eux comme une maladie. Une discorde incoh�rente qui ne les partageait point en deux camps mais les dressait tous contre chacun, car celui-l� les spoliait qui mangeait sa part des provisions. Ils se surveillaient les uns les autres comme des chiens qui tournent autour de l'auge, et voici qu'au nom de leur justice ils commirent des meurtres, car leur justice �tait d'abord �galit�. Et quiconque se distinguait en quoi que ce f�t �tait �cras� par le nombre.

�La masse, me dit mon p�re, hait l'image de l'homme car la masse est incoh�rente, pousse dans tous les sens � la fois et annule l'effort cr�ateur. Il est certes mauvais que l'homme �crase le troupeau. Mais ne cherche point l� le grand esclavage: il se montre quand le troupeau �crase l'homme.�

Ainsi, au nom de droits obscurs, les poignards qui trouaient des ventres nourrissaient chaque nuit des cadavres. Et, de m�me que l'on vide les ordures, on les tra�nait � l'aube aux lisi�res du campement o� nos tombereaux les chargeaient comme un service de voirie. Et je me souvenais des paroles de mon p�re: �Si tu veux qu'ils soient fr�res, oblige-les de b�tir une tour. Mais si tu veux qu'ils se ha�ssent, jette-leur du grain.�

Et nous constat�mes peu � peu qu'ils perdaient l'usage de mots qui ne leur servaient plus. Et mon p�re me promenait parmi ces faces comme absentes qui nous regardaient sans nous conna�tre, h�b�t�es et vides. Ils ne formaient plus que ces grognements vagues qui r�clament la nourriture. Ils v�g�taient sans regrets ni d�sirs ni haine ni amour. Et voici que bient�t ils ne se lav�rent m�me plus et ne d�truisirent plus leur vermine. Elle prosp�ra. Alors commenc�rent d'appara�tre les chancres et les ulc�res. Et voici que le campement commen�a d'empuantir l'air. Mon p�re craignait la peste. Et sans doute aussi r�fl�chissait-il sur la condition d'homme.

�Je me d�ciderai � r�veiller l'archange qui dort �touff� sous leur fumier. Car je ne les respecte pas, mais � travers eux je respecte Dieu��

XII

�Car voil� bien, disait mon p�re, un grand myst�re de l'homme. Ils perdent l'essentiel et ignorent ce qu'ils ont perdu. Ainsi l'ignorent de m�me les s�dentaires des oasis accroupis sur leurs provisions. En effet, ce qu'ils ont perdu ne se lit point dans les mat�riaux qui ne changent pas. Et les hommes contemplent toujours ce m�me m�lange de moutons, de ch�vres, de demeures et de montagnes mais qui ne composent plus un domaine�

�S'ils perdent le sens de l'empire, ils ne con�oivent point qu'ils se racornissent et se vident de leur substance et enl�vent leur prix aux choses. Les choses conservent leur apparence, mais qu'est-ce qu'un diamant ou une perle si nul ne les souhaite: autant du verre taill�. Et l'enfant que tu berces a perdu quelque chose de soi s'il n'est plus cadeau pour l'empire. Mais tu l'ignores d'abord car son sourire n'a point chang�.

�Ils ne voient pas leur appauvrissement car les objets dans leur usage demeurent les m�mes. Mais qu'est-ce que l'usage d'un diamant? Et qu'est-ce qu'une parure s'il n'est point de f�te? Et qu'est-ce que l'enfant s'il n'est point d'empire, et si tu ne r�ves pas de faire de cet enfant un conqu�rant, un seigneur ou un architecte? S'il est r�duit � n'�tre qu'un paquet de chair.

�Ils m�connaissent l'invisible mamelle qui les allaitait nuit et jour, car l'empire t'alimente le c�ur comme t'alimente de son amour et change pour toi le sens des choses la bien-aim�e qui loin de toi s'est endormie et repose cependant comme morte. Il est l�-bas un faible souffle que tu ne peux m�me pas respirer et le monde pour toi n'est que miracle. Ainsi le seigneur du domaine, dans la ros�e de l'aube, porte dans son c�ur, en se promenant, jusqu'au sommeil des m�tayers.

�Mais le myst�rieux de l'homme qui se d�sesp�re si la bien-aim�e s'�carte de lui est que si lui-m�me cesse d'aimer ou cesse de v�n�rer l'empire, il ne soup�onne pas son propre appauvrissement. Il se dit simplement: * Elle �tait moins belle que dans mon r�ve ou moins aimable�� et le voil� qui part satisfait au hasard du vent. Mais le monde pour lui n'est plus miracle. Et l'aube n'est plus l'aube du retour ou l'aube du r�veil dans ses bras. La nuit n'est plus le grand sanctuaire pour l'amour. Elle n'est plus, gr�ce � celle-l� qui respire dans son sommeil, ce grand manteau du berger. Tout s'est terni. Tout s'est durci. Et l'homme qui ignore le d�sastre ne pleure pas sa pl�nitude pass�e. Il est satisfait par sa libert� qui est libert� de n'exister plus.

�Ainsi celui en qui l'empire est mort: �Ma ferveur, se dit-il, �tait aveugl�ment stupide.� Et certes, il a raison. Il n'existe rien en dehors de lui qu'assemblage disparate de ch�vres, de moutons, de demeures et de montagnes. L'empire �tait cr�ation de son c�ur.

�Mais la beaut� d'une femme, o� la loges-tu s'il n'est point d'homme pour s'en �mouvoir? Et le prestige du diamant si nul ne le souhaite poss�der? Et l'empire, s'il n'est plus de serviteurs de l'empire?

�Car celui qui sait lire l'image, et qui la porte dans son c�ur, et s'il lui est li� pour en vivre comme un petit enfant � la mamelle, celui dont elle est clef de vo�te, dont elle est sens et signification et occasion de grandeur, espace et pl�nitude, celui-l�, s'il est retranch� d'avec sa source, est comme divis�, d�mantel�, et il meurt d'asphyxie � la fa�on de l'arbre dont on a tranch� les racines. Il ne se retrouvera plus. Et cependant, alors que l'image p�rissant en lui le fait p�rir, il ne souffre point et s'accommode de sa m�diocrit� sans la conna�tre.

�C'est pourquoi il convient en permanence de tenir r�veill� en l'homme ce qui est grand et de le convertir � sa propre grandeur.

�Car l'aliment essentiel ne lui vient pas des choses mais du n�ud qui noue les choses. Ce n'est pas le diamant, mais telle relation entre le diamant et les hommes qui le peut nourrir. Ni ce sable, mais telle relation entre le sable et les tribus. Non les mots dans le livre, mais telles relations entre les mots du livre qui sont amour, po�me et sagesse de Dieu.

1 ... 10 11 12 13 14 15 16 17 18 ... 131
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)